Dans la Fleurus de l’âge

On vous en parlait il y a quelques temps : les jeux d’auto-initiation pour les juniors semblent devoir être une des tendances du moment. Plusieurs éditeurs généralistes se lancent sur ce créneau, notamment Fleurus dont nous allons parler dans cet article.

Pour séduire les futurs jeunes rôlistes, l’éditeur a fait le choix un peu surprenant de miser sur des petits livrets tout maigrelets de 48 pages, certes vendus à prix très accessible (autour de 10 e). Surprenant car, d’instinct, comme d’ailleurs les autres éditeurs du marché, on aurait plutôt misé sur la boî-boîte pleine de petits trucs et de machins. Là, y a même pas un dé biscornu, rien. Hardcore.

En revanche, ces livrets de 48 pages sont bien remplis et comportent chacun pas moins de 4 scénarios (courts) dans un univers partagé. Pour le moment, on a inévitablement le medfan classique et un univers plus original, une sorte de Potter-like avec une pointe de SF.

Dans ces deux jeux, les PJ sont (pré-)définis par une poignée d’attributs évalués sur une échelle de 1 à 3 correspondant au nombre de D6 à lancer pour les tester. Sur un 4/5/6, c’est une réussite et une réussite suffit pour emporter le morceau. Simple. Basique. Comme dit le poète normand.

Les réussites surnuméraires apportent une qualité supplémentaire de réussite et/ou sont utiles pour battre d’autres adversaires dans un jet en opposition. Des talents (= super-compétences) et un unique point d’héroïsme permettent d’obtenir des réussites automatiques. Enfin, une faiblesse peut, si elle entre en ligne de compte dans une scène, nécessiter de relancer un dé qui indiquait pourtant une réussite.

Voilà, c’est tout et c’est, à mon avis, suffisant. C’est même un des systèmes « pour jeunes » qui me semble le mieux fagoté de ceux que j’ai pu voir jusqu’ici.

Il y a bien quelques précisions sur la magie (spoiler : on dépense des points de magie pour lancer des sorts), le combat, les poisons, etc. mais le reste de la partie « règles » est plutôt dédié à des conseils bien faits de mise en œuvre de ce drôle de jeu avec un exemple de début de partie (avé les dialogues) et à des tips formulés de façon à être accessibles aux plus jeunes.

On passe ensuite à une courte mais efficace présentation d’un petit setting medfan qui se résume à une île infestée de dragons. C’est sur 3 pages, c’est lisible par les joueurs curieux, il y a une petite carte sympathique : tout va bien.

Ensuite, on rentre dans ce qui est sans doute le gros, gros point fort de cette série : les scénarios. Nan, je vous arrête : pas l’originalité des scénarios. Si je vous dis que le premier s’intitule La princesse disparue, je pense qu’on a tout dit à ce niveau là, non ? Ici, il faut s’intéresser à : la mise en page de ces scénarios. Clairement, c’est là-dessus que les auteurs ont choisi de faire porter leur effort d’initiation, bien plus que sur le système de jeu (classique et léger) que sur l’univers (euh… léger et classique ?).

Les scénarios sont découpés en scènes clairement identifiées. Alors, bien sûr, ce n’est pas un signe de grande ouverture façon « bac à sable » mais on parle là de jeux pour grands débutants donc cela semble incontournable. Tout y est indiqué très clairement avec un code couleurs, des icônes, etc. qui disent quand il faut lire à voix haute, lancer les dés, lesquels, etc. Franchement, je crois qu’il y a là matière à s’inspirer pour les jeux pour adultes : même pour un MJ expérimenté, retrouver efficacement les infos dans des textes touffus est souvent un frein à une maîtrise fluide alors…

Les scénarios ont le bon goût de s’enchaîner dans ce qui peut former une mini-campagne et présente même une petite règle d’expérience pour faire progresser les PJ au milieu des 4 scénarios. Là aussi, c’est le bienvenu car cette continuité, c’est un des atouts du JdR dont la plupart des autres jeux d’initiation se privent en ne proposant souvent que des one shot.

A noter que, miracle de la technologie, on trouve aussi tout au long de ces scénarios des QR Codes qui permettent d’activer très simplement des extraits sonores d’ambiance. Les gadgets (électroniques ou papier/carton) sont loin d’être essentiels ici mais, entre nous, on sait parfois comment réagissent les gamins, hein ? ^^

Pour les mêmes raisons « kids friendly », Fleurus n’a pas omis d’inclure dans ses livrets des cartes et des pions à découper. Les cartes à jouer servent à choisir son PJ (pas de création) et à gérer son inventaire. Les pions sont utilisés pour les différents compteurs (comme les points de magie). Enfin, atout de ce format livret, leur couverture cartonnée est conçue pour pouvoir servir de paravent du MJ.

Contre toute attente, Fleurus a donc choisi une voix particulièrement sobre et, à mon sens, tout à fait efficace pour aller vers l’auto-initiation. On ne mise pas (trop) sur l’esbroufe mais plutôt sur l’efficacité à tous les niveaux pour rendre la bascule vers la maitrise franchement accessible.

Accessible aussi au niveau du prix. La sobriété a du bon et les petits livrets permettent d’assurer confortablement plusieurs après-midi de jeu pour une mise de départ ridiculement faible.

Toutefois, au cas où la sobriété ne paierait pas, l’éditeur a d’ores et déjà programmé la sortie d’un coffret « deluxe » avec des éléments en dur pour la fin de l’année 2020. En attendant, les deux livrets seront, eux, disponibles à la mi-mars.

4 pensées sur “Dans la Fleurus de l’âge

    • 3 mars 2020 à 14:54
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      En vrai (c’est-à-dire pas selon les conseils de l’éditeur), j’aurais tendance à dire plutôt à partir de 10 ans pour faire le MJ mais cela dépend tellement de chaque enfant. Pour jouer, aucun problème dès que l’enfant sait à peu près lire et compter sur ses doigts.

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  • 22 février 2020 à 11:37
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    Les geeks ont gagné, épisode XXXVII…

    Quand on voit le désert d’il y a seulement dix ans (une malheureuse boîte Chroniques Oubliées même pas remplie ras la gueule), on frise le trop plein avec le matériel d’initiation maintenant (qui menace de dégueuler même dans les rayonnages de grande surface, en attendant ce qu’Asmodee va nous mijoter pour sa reprise de D&D5).

    Entre chaque gamme qui a maintenant sa boiboite de découverte, et tous les nouveaux entrants sur le marché, c’est bien mais attention à l’indigestion !

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  • 23 février 2020 à 15:15
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    C’est génial ! Sobre, synthétique et pourtant si bien pensé, si efficace, c’est parfait 🙂 Y a plus qu’à en acheter 5000 et en mettre dans toutes les bibliothèques et toutes les écoles ^^

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