Eglalité – Libreté – Farternité (2)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les foulancements ne manquent pas en cette période automnale. Les early birds s’amassent tels des étourneaux sur nos arbres déplumés et les bonus PDF tombent comme les feuilles mortes. Du coup, certains crowdfundings, plus sobres et plus innovants risqueraient de passer inaperçu. C’est notamment pour éviter cela que nous nous tournons vers Vivien Féasson, auteur du jeu Libreté, actuellement en financement sur Ulule : https://fr.ulule.com/librete/

(2nde partie)

6. Si le projet est financé il s’agira d’un des premiers jeux francophones à choisir l’Apocalypse System (adapté du jeu Apocalypse World). (…) Mouaif. T’as pas de bol : je ne supporte pas. En quoi Libreté se différencie des autres jeux utilisant le même système ?

Décidément ! Je vais commencer par dire en quoi il ne s’en différencie pas vu que je n’ai pas choisi ce système sans raisons : des feuilles d’archétypes permettant de typer rapidement son personnage, de l’expérience et des apprentissages pour le rôliste qui aime gagner de nouvelles capacités mécaniques, la possibilité d’influer sur son environnement sans pour autant sortir de son personnage, un meneur de jeu permettant l’exploration d’un univers cohérent avec son lot de surprises, et des actions qui mettent l’accent sur l’avancée de l’intrigue et les rebondissements. Je sais que le livre de base d’Apocalypse World est parfois un peu aride ou redondant, j’espère avoir su retranscrire avec clarté ce que j’en avais tiré.

Je ne me suis cependant pas contenté de copier sur Vincent Baker. J’ai ajouté un questionnaire pour créer son propre cadre de jeu d’abord, afin de s’assurer que les personnages soient bien intégrés dans la ville et éviter le syndrome de l’étranger qu’on retrouve dans la plupart des jdr. J’ai aussi ajouté la mécanique de la bile noire, un système mettant l’accent sur le stress qui habite les enfants perdus et les pousse vers le conflit ; cette règle assez simple met énormément l’accent sur l’intériorité des personnages et permet généralement aux joueurs de s’approprier pleinement leur alter-ego. On trouve enfin dans le jeu un principe de réussites excessives : poussés par la bile noire, les enfants vont parfois trop loin et commettent des actes qu’ils regrettent ensuite, faisant peu à peu avancer Libreté vers sa chute.

7. Dans le jeu les joueurs sont responsables du fait de piocher (ou de ne pas piocher) des jetons de « bile noir » qui sont un marqueur de l’état mental des PJ et leur infligent des malus à certains jets de dés. Wah, tu connais pas mes joueurs, toi ! S’ils ne veulent pas le faire, le système devient bancal, non ?

Bon précisons d’abord que la bile noire n’inflige pas des malus aux jets de dés. C’est même tout le contraire puisqu’elle est utilisée pour donner de l’énergie aux actions : il y a donc bien un choix à faire entre investir de la bile dans un conflit, et courir le risque d’aller trop loin, et la garder pour soi, et courir le risque d’échouer. Le système tourne même quand on le pousse un peu vers ses extrêmes donc faut pas s’inquiéter de ce côté là, un optimisateur ne fera pas complètement dérailler la partie.

Ensuite, ma philosophie actuelle est de redonner du pouvoir aux joueurs ; j’estime notamment qu’ils sont les mieux placés pour juger de l’état mental de leur personnage. J’avais essayé au départ de contraindre tout cela avec des mécaniques automatisées, mais j’ai finalement cassé volontairement ma belle machine parce qu’au fond rien ne vaut la décision humaine et son infinie subtilité – ce n’est pas pour rien si l’on joue encore avec des amis et pas avec des machines. Jouer à Libreté, c’est ainsi accepter de réfléchir sincèrement à l’état mental de son personnage, et c’est prendre de la bile noire en fonction de cet état mental ; piocher des jetons juste pour gagner, c’est un peu comme mettre le dé sur 6 quand les autres ont le dos tourné.

couverture-librete

8. Bon, quand même, je vois que tu vas mieux : y a désormais de la couleur dans les illustrations de tes jeux. Tu peux nous en dire plus sur les choix artistiques liés à ce nouveau projet ?

Pour des raisons de coûts, la couleur ne sera que sur la couverture avec le travail d’Herror Graphico, un dessinateur espagnol dont j’aime énormément le style expressif et minimaliste. Cela dit le noir et blanc de Mathieu Chevalier n’a rien à envier à celui de son collègue, et ses entrées de chapitres racontant l’histoire muette d’un enfant arrivant à Libreté mettent en un instant le lecteur dans l’ambiance de ce qui l’attend, jusqu’au dénouement.

Mon rôle là-dedans ça a surtout été de les trouver (et encore, Mathieu m’a contacté de lui-même) et puis de répondre à leurs questions et propositions. Herror est plutôt du genre à attendre du commanditaire qu’il soit précis, quand Mathieu a été davantage force de proposition. Sinon on a essayé de faire en sorte qu’une continuité soit perceptible entre Perdus sous la pluie et Libreté (avec encore une couverture montrant une fille et un garçon, genre ce sont les mêmes qui ont grandi et la petite a troqué son parapluie contre une batte à clous), et entre le style de l’un et celui de l’autre. La maquettiste a enfin apporté ses propres propositions ; on a fait des essais en format carré puis on a tranché en faveur du A5 tout en gardant le concept d’une couverture minimaliste avec bandeau noir – pour le reste, Laure Afchain a fait des propositions vraiment dans l’esprit d’un manuel de jeu, mettant en valeur le texte et facilitant la lecture sans jamais verser dans l’excès.

9. C’est quoi la suite pour toi ? Une adaptation jdr du film « Les parapluies de Cherbourg », c’est ça ?

Beurk j’aime pas trop Demy, désolé pour les fans. La suite c’est d’abord et avant tout la mise en page du jeu, sa relecture finale, l’impression et l’envoi. Et puis les éventuelles aides de jeu débloquées à faire, mais ça au moins ça ne ralentira pas l’étape principale. Après, je vais essayer de faire vivre un peu Libreté, peut-être en créant des cadres ou d’autres aides sur mon site. J’ai notamment une variante avec des enfants pilotant des robots géants, un hommage sans ambiguïté à Evangelion et au jeu Bliss Stage (enfin hommage, j’ai surtout envie de jouer dans un tel univers, c’est un désir assez égoïste).

D’autres jeux derrière ? Oui, ça se bouscule dans ma tête mais il faudrait aussi que je prenne du temps pour faire avancer ma thèse et trouver des traductions à faire vu que c’est mon autre passion, plus rémunératrice celle-là.

Une pensée sur “Eglalité – Libreté – Farternité (2)

  • 19 novembre 2016 à 13:33
    Permalink

    Perso je vais pas tarder à craquer ! J’ai envie de faire découvrir autre chose à mes joueurs, principalement des joueuses d’ailleurs, et je pense qu’elles vont adorer !

     
    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *