C’est Lundi, c’est… gratuit !

Et ouais : toujours. Même après le confinement. Même après l’été caniculaire. Même pendant le reconfinement (misère !). Le Fix continue chaque lundi à valoriser ces innombrables publications gratuites qui font le dynamisme de notre milieu. En effet, parfois dans un anonymat déprimant, tous les acteurs passionnés de notre loisir, éditeurs, auteurs, simples rôlistes, mettent à votre disposition jour après jour des scénarios, articles, aides de jeu, kits de découverte voire des jeux complets.

Tout cela finit plus souvent qu’à son tour dans le warp du terrible web 2.0. Alors, à la mesure de nos maigres moyens, nous essayons d’attirer votre attention sur ces pépites chaque semaine.

Au programme cette semaine, un numéro spécial consacré à une initiative étonnante qui devrait plaire à tous les amateurs de gratuit du lundi, Rolis. Pour nous en parler, nous avons posé quelques questions au généreux bienfaiteur : Amaury.

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1. Bizarrement, le lundi/gratuit du Fix n’a encore jamais évoqué le projet Rolis. Peux-tu nous le présenter brièvement ?

Rolis est un site qui propose à la fois des scénarios multi-jeux sous licence libre, un éditeur de scénarios et un catalogue qui liste des JdR sous licence libre. « Multi-jeux », ça veut dire que les scénarios sont jouables avec plusieurs jeux différents. Quand on télécharge un scénario, on sélectionne le jeu avec lequel on va y jouer ; les tests, les dégâts et les caractéristiques des PNJ sont adaptés automatiquement. Pour le moment, 18 jeux sont supportés, et la liste s’allonge.

L’éditeur de scénario facilite l’écriture des scénarios et des campagnes, en proposant une interface pratique pour gérer les scènes, les PNJ et les lieux. Quand on crée une campagne, on peut facilement en réutiliser les lieux et PNJ dans les scénarios de la campagne. On peut aussi ajouter des pistes sonores aux scènes, en partenariat avec TabletopAudio.com. Et au final on obtient une mise-en-page plutôt sympa, visible en ligne ou téléchargeable en PDF au format A4 ou livret A5.

Tout ça est gratuit, il n’y a rien à vendre sur le site, ni même de publicités. Il y a juste des liens si vous voulez faire un don aux auteurs des scénarios. L’utilisation de l’éditeur de scénario est gratuite, mais en contrepartie les scénarios sont obligatoirement sous licence libre. C’est un échange qui semble raisonnable : tous les MJ qui écrivent des scénarios pour leurs tables de jeu ont maintenant un outil pour le faire, et qui leur permet de partager directement leurs créations avec la communauté.

Pour aller plus loin, je vais peut-être me présenter, puisque Rolis est mon projet 😉

Jusqu’ici, mon principal fait d’armes ludique était dans le domaine des jeux de société. J’ai gagné le Trophée des Créateurs au festival de Parthenay en 2005, avec le jeu Pandocreon Menhir. Un petit jeu rigolo, dans lequel on fait pousser des menhirs.

On avait créé une association pour faire une micro-édition du jeu, qui s’est vendue à 600 exemplaires. On était fier du résultat, mais on y consacrait du temps et de l’énergie ; les jolies boîtes en bois étaient poncées et vernies à la main, je remplissais des sachets en tissus avec des cailloux en granit. On les vendait presque à prix coûtant, parce qu’on y prenait du plaisir et que le jeu était vraiment sympa.

Déjà, à l’époque, mes jeux étaient sous licence libre. Ça me semblait évident, car je crois fermement aux vertus du « libre ». Ce n’est toujours pas très répandu dans le monde des jeux de société, mais c’était déjà bien implanté dans le milieu informatique et dans le jeu de rôle (grâce à Simulacres et D&D, notamment).

Rolis a commencé fin 2019. Au début, ce n’était qu’une liste de jeux sous licence libre, que je partageais avec des amis. J’aurais aimé trouver un site comme ça, alors je l’ai créé. Mais ça faisait longtemps que je voulais faire quelque chose dans le monde du JdR, et j’avais deux projets en tête : faire des scénarios multi-jeux, et développer un éditeur de scénarios.

Les scénarios multi-jeux, ça fait très longtemps que j’y pense. Depuis l’époque où je convertissais moi-même des scénarios pour y jouer avec les jeux que j’aimais. J’ai converti des scénarios D&D, Warhammer, Rêve de Dragon, Cthulhu… pour y jouer avec Simulacres ou le dK System. J’ai converti du Star Wars vers Serenity, du Shadowrun vers Cyber Age

À moins de jouer à un jeu hyper connu, et de jouer les campagnes du commerce, tout le monde se retrouve à faire ce genre de conversions. J’ai toujours trouvé que ça fonctionnait plutôt bien, mais ça demandait un peu de boulot de préparation. Il devait bien y avoir un moyen pour rendre ça plus simple et rapide.En parallèle de ça, il y a eu une époque où j’écrivais des nouvelles de science-fiction. Je me suis donc intéressé aux logiciels de traitement de texte spécialisés pour écrivains, dont certains permettent de créer une base de données, avec les lieux et les personnages, pour faciliter l’écriture. Ça semblait évident que ce genre d’outils a du sens aussi pour écrire des scénarios de jeux de rôle.

Les deux sujets, les scénarios multi-jeux et l’éditeur de scénarios, convergent naturellement ; l’un peut difficilement aller sans l’autre. Là encore, j’aurais aimé que ça existe, alors je l’ai fait. Je me suis lancé en mars 2020. Il fallait à la fois créer le système de conversion multi-jeux, et développer l’éditeur de scénarios. Ça a pris quelques mois, et les premiers scénarios multi-jeux ont été publiés en septembre.

2. Et là, ça en est où ? Techniquement, il y a combien de scénarios disponibles ?

Actuellement, il y a 9 campagnes, pour un total de 26 scénarios représentant plus de 65 heures de jeu 😄
Pour être précis, il y a :
3 campagnes médiévales-fantastiques (dont une dark fantasy)
2 campagnes science-fiction (l’une dystopique, l’autre western spatial)
1 campagne steampunk
1 campagne à la Indiana Jones
1 campagne mythologique
D’autres campagnes sont en cours d’écriture.

À côté de ça, il y a 53 jeux sous licence libre listés dans le catalogue.

De quoi s’amuser pendant des centaines d’heures 😉

 3. Alors, fun fact, comme on dit : si on a attendu tout ce temps pour parler de Rolis, c’est que quand on explorait le site, on ne voyait à chaque fois que le résumé en 2/3 pages généré par le site en fonction du choix du jeu. On s’est alors dit « oué, super, un générateur de post-it ». Finalement, on a découvert par inadvertance qu’il y avait bien des pépites de dizaines de pages (parfois très bien illustrées même !) à télécharger mais il faut bien comprendre où cliquer, quoi. Tu es conscient qu’il faut améliorer l’ergonomie du site, hein ?

On reparle de ton formulaire de contact qui ne marche pas ? 😉😂

Plus sérieusement, je suis très humble par rapport à ce genre de choses. Le site évolue, je suis à l’écoute de toutes les remarques qui me sont faites. Les pages qui présentent les scénarios multi-jeux sont récentes, elles ont été lancées en septembre. Je les ai déjà modifiées plusieurs fois, et je sais qu’il reste du boulot pour améliorer tout ça.

J’ai plus d’idées d’amélioration que de temps pour les mettre en œuvre.

4. Donc, on résume. Ce sont des scénarios gratuits mais rémunérés. (…) Tu as gagné à l’Euromillion, c’est ça

C’est marrant dès qu’il y a de l’argent dans l’équation, ça semble louche. On m’a déjà posé la question sur des forums ; habituellement, juste après on me demande comment je compte rentabiliser tout ça. Et ça semble encore plus bizarre quand je dis que je ne vais rien rentabiliser.

Je pense que Rolis a un vrai potentiel. Il pourrait avoir un impact très positif pour la communauté rôliste francophone. Mais pour ça, il faut qu’il soit connu. Je pourrais faire le meilleur éditeur de scénarios de la planète, et un super système de scénarios multi-jeux, personne ne s’y intéressera si ce n’est qu’une coquille vide sans contenus. Et j’aurais fait tout ça pour rien.
Donc oui, je casse ma tirelire pour payer des auteurs, afin qu’ils écrivent des scénarios de qualité, et les mettre à disposition de tous.

Mais je ne suis pas complètement fou non plus, hein. Je ne compte pas me ruiner ; le but est de lancer la machine. Idéalement, des gens utiliseront l’éditeur de scénarios pour leurs propres besoins, et mettront leurs créations à disposition de la communauté.

Et tout ça gratuitement, sans publicité, et sous licence libre. Si ça fonctionne, ce serait génial, non ?

5. Tu as une ligne éditoriale pour le choix des scénarios ou bien tu prends tout ce qu’on t’envoie ?

Pour les scénarios que je paye, je demande aux auteurs de respecter un format qui me tient à cœur : des mini-campagnes de 3 scénarios courts, chacun jouable en 2 heures environ. Je pense que ça répond à un usage. En tout cas, si j’invite des potes à venir faire une partie de 6 ou 8 heures, ils ne viendront pas ; par contre, si je les invite pour une partie de 2 heures, ils viendront, et on en fera sûrement une deuxième voire une troisième.

Ensuite, je leur demande de m’envoyer un ou plusieurs synopsis, et on en discute. Il n’y a pas vraiment de ligne éditoriale ; j’essaye de trouver un équilibre entre des sujets qui plairont au plus grand nombre, et d’autres aventures plus originales. Si j’imagine que des gens peuvent prendre plaisir à y jouer, ça me va.

Pour les futurs scénarios qui seront écrits sans être rémunérés, je n’aurai évidemment pas mon mot à dire sur ce qui sera écrit. Il y aura juste une modération avant que ce soit publié, pour ne pas mettre n’importe quoi en ligne non plus.

Je suis très content d’avoir publié des campagnes venant d’auteurs déjà publiés, mais aussi de jeunes auteurs que je vais peut-être aider à se faire connaître.
D’ailleurs, je suis toujours à la recherche de scénaristes. Les personnes intéressées peuvent me contacter à l’adresse contact@rolis.net

6. Pourquoi mettre en avant le « multi-jeux » ? Tu ne crois pas que pour être intéressant un scénario doit être spécifique à l’univers de jeu ?

Je vois deux aspects à ta question.

Est-ce qu’un scénario doit être spécifique à un univers pour être intéressant ? Peut-être.
Mais il y a des scénarios « one-shot » qui sont passionnants, et des campagnes au long court qui sont barbantes par moments.

Après, d’un point de vue strictement légal, on ne peut pas publier sur Rolis des scénarios qui utilisent des éléments (personnages, lieux, etc.) qui sont des marques déposées. Donc quel que soit l’univers que tu aimes, je ne pourrais rien y faire.
Mais j’ai quand même quelques idées par rapport aux univers (je vais y revenir en réponse à ta dernière question).

L’autre manière de comprendre ta question, c’est de savoir si un scénario doit être spécifique à un jeu (au sens « système de jeu »). Et ça, c’est un sujet très délicat chez les rôlistes ! 😂

Pour commencer, comme je l’ai dit plus haut, je me suis retrouvé très souvent à adapter des scénarios à des JdR différents. Et encore une fois, nous sommes très nombreux à devoir faire ça pour pouvoir jouer à nos jeux préférés. C’est juste factuel.

Ensuite… Bon, je ne vais peut-être pas me faire des amis… Je pense effectivement que dans la grande majorité des cas, le système de jeu importe peu pour pouvoir jouer à un scénario donné. Donc autant permettre aux gens de jouer avec le système qu’ils préfèrent, celui avec lequel ils se sentent le plus à l’aise.

Et sincèrement, je trouve que la plupart des systèmes de jeu peuvent être utilisés de manière générique (j’en connais qui vont me traiter d’hérétique).

Après tout, on se balade dans l’espace avec Spelljammer et Starfinder, tous les deux dérivés du jeu médiéval-fantastique le plus connu. On peut aussi remarquer que Chroniques Oubliées a des versions Fantasy, Contemporain, Western, Galactiques et Cthulhu. J’ai de bons souvenirs du système D6 dans Star Wars ; son successeur, l’Open D6, est décliné en D6 Aventures, D6 Fantasy et D6 Galaxies. Ou encore, la mécanique de Star Marx (jeu de SF parodique) dérive de celle de Tranchons & Traquons − qui n’a aucun rapport avec la science-fiction ni avec le communisme soviétique. Et on peut trouver plein d’autres exemples.

Pour moi, c’est un peu comme les langues vivantes. On peut dire qu’il y a des langues qui transmettent mieux que d’autres certains concepts, certaines subtilités. Mais l’important, c’est qu’on peut traduire à peu près n’importe quel livre dans n’importe quelle langue. Les gens ont le droit d’avoir accès à ce qu’ils veulent dans leur langue maternelle.

J’ai une anecdote : Avant de lancer Rolis, j’avais parlé de cette idée sur des forums. On a essayé de me démontrer que c’était inutile de faire un système multi-jeux, parce qu’il serait impossible de gérer 100% des systèmes de jeu, ni d’en gérer absolument toutes les subtilités. Mais c’est débile : il n’y a pas besoin de gérer tous les jeux de la planète à la perfection pour que ce soit utile à un très grand nombre de joueurs. C’est amusant ce besoin de décourager les initiatives…

7. Le site accueille aussi un répertoire des jeux gratuits disponibles sur le web… oh, tu veux nous casser notre jouet ou bien !?

Ahahah tu m’as découvert ! 😄

Je pense que nos buts restent subtilement différents. Je cherche à mettre en avant les jeux sous licence libre. Parce que c’est ce qui respecte le mieux l’aspect protéiforme du jeu de rôle. Par essence, on adapte les jeux et les scénarios, on les transforme, on les traduit, on en fait ce qu’on veut pour servir au mieux nos tables de jeu… mais tout ça se fait en dehors de tout cadre légal. Avec les licences libres, on a le droit de faire tout ça. C’est ce qui est le plus naturel et respecte le plus les joueurs.

J’ajouterais que cela n’est pas antinomique avec un écosystème commercial dynamique, bien au contraire. Plus il y aura de joueurs de jeux de rôle, plus il y aura de consommateurs de jeux de rôle. Tout le monde a à y gagner, y compris les éditeurs, gros comme petits.

 8. Le site te plaît comme il est maintenant ou bien tu as encore des rêves inassouvis pour Rolis ?

J’ai deux grosses évolutions dans les tuyaux.

Pour commencer, une refonte complète de l’éditeur de scénarios. Je vais en faire une vraie application web, complètement séparée du reste du site, avec une ergonomie complètement différente. J’ai déjà commencé, mais ça va me prendre des mois (voire plus), donc ce n’est pas une raison pour ne pas utiliser l’éditeur actuel, qui est déjà très pratique.

L’autre chose, c’est que j’aimerais pousser la création d’univers dans l’éditeur. Actuellement, l’éditeur permet de mutualiser des descriptions de lieux et de PNJs au sein d’une campagne : si un lieu/PNJ est utilisé dans plusieurs scénarios de la même campagne, il n’y a pas besoin de le décrire plusieurs fois ; on le fait une seule fois, au niveau de la campagne, puis on n’a qu’une case à cocher dans chaque scénario qui en a besoin, pour qu’il y apparaisse.

Il est aussi possible de faire la même chose en créant des univers. Un univers peut contenir des lieux, des PNJs, des campagnes et des scénarios. Tous les lieux/PNJs d’un univers peuvent être utilisés par les scénarios qui sont dans l’univers eux aussi. Le but est de faciliter la réutilisation.

Là où je souhaite aller plus loin, c’est de proposer des « univers ouverts ». Dans un univers ouvert, n’importe qui peut ajouter un scénario (ou une campagne), en utilisant les lieux et les PNJs proposés dans cet univers. L’idée est d’avoir des univers sous licence libre, auxquels tout le monde pourra contribuer. Le concept existe déjà dans l’éditeur actuel, mais il n’est pas assez élaboré pour être vraiment utilisable. Je veux l’améliorer.

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Bonne semaine à toutes et à tous… et, à nouveau, bon courage à tous ceux qui sont impactés par le reconfinement. 🙁

Une pensée sur “C’est Lundi, c’est… gratuit !

  • 16 novembre 2020 à 13:25
    Permalink

    Ah voilà un beau projet. A l’heure des financements participatifs plétoriques et complètement disproportionnés dans leurs objectifs – si ce n’est pour alimenter une collectionnite aigüe en phase terminale – revenir à du libre, du partagé et d’un peu d’huile de coude, je trouve ça rafraichissant. Souhaitons que la pompe s’amorce vite et bien. Ca donne envie de participer en ressortant nos productions maisons du placard.
    Longue vie !

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