Zéros & Dragons

Et des zéros, il y en a pas mal dans cette histoire.

On parle là, bien sûr, des zéros qui doivent se trouver sur les contrats et sur les menaces de procès qui animent cette intrigue à trois bandes liant l’éditeur de D&D, Wizards of the Coast, son éphémère traducteur et distributeur français, Black Book Editions, et son… euh… intermédiaire Gale Force Nine, chargé de négocier les droits de la star planétaire à l’international.

Pas facile, pour nous, d’aborder cette actu. On a pas des masses d’infos. Et on ne s’y connaît pas plus que ça en D&D et consorts. Le plus sage serait alors de n’en rien dire. On est bien d’accord. Cela dit, nous savons que pas mal d’entre vous ne s’informent sur le JdR qu’à travers le Fix alors on cherche, malgré tout, une forme d’exhaustivité.

Bref, l’info : la gamme Héros & Dragons, publiée par BBE, c’est fini. Mort de chez mort.

Un différend est survenu entre Wizards of the Coast, Battlefront [NDLR : l’éditeur en titre de la version française de D&D5] et Black Book Editions concernant la gamme de produits de BBE « Héros & Dragons ».

Sans aucune reconnaissance de faute, mais dans le but d’éviter un litige, les parties sont parvenues à une résolution commerciale satisfaisante de leur différend.

BBE arrêtera la gamme de produits « Héros & Dragons » le 9 février 2021 pour les ventes de livres numériques et le 28 février 2021 pour les ventes de produits physiques.

Les parties ne s’exprimeront pas davantage sur le sujet, au-delà du présent communiqué.

BBE remercie chaleureusement les auteurs, les illustrateurs, les fidèles de la première heure comme les nouveaux venus qui lui ont apporté leur confiance, et toutes les personnes associées de près ou de loin au projet.

À très vite pour vivre ensemble de nouvelles aventures !

En clair, si vous êtes fan de cette gamme, dépêchez-vous (jusqu’à la fin du mois) de compléter votre collection en livres physiques. Pour le PDF, c’est déjà trop tard.

Si vous envisagiez de vous lancer, changez vos plans et lancez-vous plutôt dans Elfes ou dans Pathfinder 2.

Si vous vous en battiez les flancs jusqu’ici, continuez à le faire consciencieusement. Et ce quand bien même vous êtes fan de Laelith ou de Rôle n’ play. D’après l’éditeur, même si, d’évidence, il faudra apporter des précisions sur ces projets « compatibles », il n’y aura aucun impact.

Difficile de bien lire la stratégie de WotC là-dedans. Rappelons que, dans un premier temps, le puissant éditeur (filiale du géant Hasbro, rappelons-le) semble s’être désintéressé de la diffusion internationale de son poulain. Manque de confiance ? En tout cas, des mots même de la maison-mère, il n’y avait aucune projet de cet ordre en ligne de mire. Pour compenser, WotC offrait, royal, le SRD (la base des règles sans rien de plus, pour les Béotiens) en usage libre pour tout le vil peuple des pays non-anglophones. C’est sur ce créneau que nos éditeurs hexagonaux, BBE mais aussi Agate (la gamme Dragons) se sont engouffrés. OK, c’est quoi un jeu D&D-like ? C’est le SRD avec du background et des belles illus autour, non ? On sait faire nous autres frenchy alors, zou cacahuète, on se lance.

Là dessus, un ponte de WotC qui s’ennuyait dans son bureau décide d’un soudain changement de stratégie. Ce D&D5 a l’air de se vendre pas mal. Alors, essayons de le vendre à l’international. Mais sans trop d’efforts, ‘faut pas pousser. Cela veut dire passer par un éditeur tiers, en l’occurrence Gale Force Nine, chargé, lui, de négocier les droits à l’international et d’en organiser l’exploitation. En France, ils choisissent BBE, éditeur puissant, bien installé et adossé à une revue respectée. Logique.

Et puis, re-changement de stratégie. WotC se réveille. Entre en conflit avec GF9. Fait changer de partenaire français (de BBE à Asmodée). Cherche des noises au projet de BBE basé sur le SRD. Et ainsi de suite. Au point, apparemment absurde, de bloquer en France (mais aussi dans la plupart des autres pays) la traduction et la diffusion des ouvrages D&D5 qui sortent au compte-gouttes et avec un retard considérable sur la gamme VO.

Ce genre de boîte est gérée par des gens trop intelligents pour avoir juste comme projet « se saborder ». D’autant que de la bouche même de Wizards, on apprend que cela ne marche pas trop mal finalement cette petite histoire de D&D5 :

Les revenus de Dungeons & Dragons ont augmenté pour la sixième année consécutive, et nous investissons de manière significative dans les deux marques [NDLR : l’autre, c’est Magic] afin d’encourager les histoires captivantes, tout en développant de nouveaux jeux numériques avec une croissance rentable à forte marge sur le long terme.

Ou bien encore, dans la même veine :

Wizards est également fier d’annoncer une augmentation stupéfiante de 300 % des ventes de ses coffrets de lancement, ainsi qu’une augmentation de 65 % des ventes en Europe, un taux qui a plus que quadruplé depuis 2014.

Si on y ajoute la sortie prochaine de jeux vidéo promis au succès comme Baldur’s Gate 3, un film à la Paramount et peut-être une série TV… cela commence à sentir bon pour les actionnaires de chez Hasbro, ça. Pour cela, évidemment, il ne faut plus avoir GF9 dans les pattes et remettre tout à plat. Cela pourrait bien être là l’origine de toute cette histoire (vous avez vu le conditionnel ?). Les grosses boîtes US (ou pas US, d’ailleurs) payent une armée d’avocats pour débusquer les petites clauses qui fâchent et, quand on veut remettre en cause un accord, il est rare de ne pas trouver.

Bon, vous et nous, on n’a pas d’actions chez Hasbro alors on va juste attendre de pouvoir avoir enfin une gamme viable, régulièrement alimentée en sorties pour que D&D5 puisse jouer son rôle historique sur le marché national.

On va aussi souhaiter à BBE de bien se remettre de ce coup dur mais ça, on en est à peu près sûrs. Finalement, devoir mener ce projet semble avoir redonné le goût de la création francophone à l’éditeur hexagonal et depuis on a toutes sortes de déclinaisons de Chroniques Oubliées, du Monstres, du Elfes, etc. Alors, espérons que BBE persiste dans cette voie et s’y épanouisse.

5 pensées sur “Zéros & Dragons

  • 11 février 2021 à 09:30
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    Merci pour cet article car je fais partie de ceux qui suivent l’actualité du jdr principalement sur le fix. C’est hallucinant… et bien triste.

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  • 11 février 2021 à 11:27
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    Toutes les bonnes blagues ont une fin, pas sur que cet adage s’applique à WotC en ce moment…

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  • 11 février 2021 à 18:19
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    « quand les fondateurs clapsent, les rats se mettent à danser… »
    Franchement, que se soit pour Apple ou D&D, il semblerait que l’adage se vérifie.
    Mais ces bons Mister Johnson oublient que c’est nous les joueurs qui sommes les vrais dragons… et « never deal with a dragon ! » ;)=

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  • 11 février 2021 à 21:39
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    Vous êtes sûr de cet enchaînement : WotC se réveille. Entre en conflit avec GF9. Fait changer de partenaire français (de BBE à Asmodée) ?

    J’aurais mis (conditionnel aussi 🙂 : WotC se réveille. Fait changer GF9 de partenaire français (de BBE à Asmodée). Entre en conflit avec GF9. En profite avec ce conflit pour en remettre une couche sur BBE. GF9 après avoir planté une première fois BBE, les replante à nouveau pour sortir de conflit. Fin du match et Vae Victis. Jusqu’au prochain round.

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  • 12 février 2021 à 12:07
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    Quant je vois tout cela, je suis content d’être à pathfinder.

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