Les D6dents du S9

Ils aiment le 6 du D6 System, apprécient le 9 au point de le coller dans le nom de leur studio (Studio 09, donc) et quand il faut répondre à une interview, ils viennent à 4. Bref, ces gens là aiment les chiffres. Ils doivent donc également bien connaître leur calendrier. Passage en revue de l’actualité passée et à venir du Studio 09.

1. Vos productions récentes comme Altro Mondo ou LA 2045 sont vendues soit en PDF, soit en POD. Vous n’avez jamais entendu parler du crowdfunding ou bien ?

Cédric B. : Et bien je pense vos tuyaux sont un peu percés, cher « fixer », car nous avons justement été parmi les premiers à nous lancer dans le crowdfunding avec D6 Galaxies : prologue en 2011 sur la plateforme Ulule. Depuis, nous n’avons pas récidivé pour différentes raisons. La première, c’est que nous ne disposons pas des mêmes moyens financiers que des plus grosses maisons d’édition. Or, pour réussir une belle levée de fonds il faut avoir du visuel qui claque et cela coûte cher. La deuxième raison, c’est que nous tenons absolument à tenir nos engagements. Donc se lancer dans un crowdfunding en annonçant une date de sortie et ne pas pouvoir y parvenir, c’est non. On a réussi ce challenge avec D6 Galaxies : prologue mais on a vu que c’était juste. On préfère prendre notre temps et ne pas faire des promesses qu’on ne pourra pas tenir. Enfin, il faut comprendre que nous n’avons pas les moyens de financer de la publicité. Donc pour nous il est vital de ne pas décevoir nos fans car on n’avance que patiemment, par petits gains et il ne faut pas risquer de tout perdre en terme de réputation sur une entreprise hasardeuse. Plus largement, ce qu’on aime, c’est écrire et jouer. Or, une campagne de crowdfunding, cela demande du temps pour l’animer. Ce temps, on préfère le garder pour produire. Communiquer ou créer, il faut parfois choisir…
Toutes ces contraintes nous font hésiter à revenir sur du crowdfunding. Mais ce ne se sont que des hésitations, pas une politique délibérée de refus. Donc pourquoi pas un jour ? En attendant, je pense que ça vaudrait le coup de s’interroger sur ce nouveau modèle économique : dans beaucoup de secteurs, il est un complément pour des projets alternatifs. Dans l’univers du JdR, il est devenu la norme. Je trouve que ça interpelle.
Radek : Personnellement, je n’ai pas besoin d’être payé à l’avance ou d’avoir des promesses de dons pour être créatif. Je vois plus l’écriture comme un plaisir et pas comme une activité rétribuée.

2. Altro Mondo se présente comme du Med Punk. J’ai rien compris. Tu me la refais au ralenti ?

Intylzah : Le Mediéval Punk pour les nuls ? Imagine la France du Moyen Age où il existerait des milliers de Léonard De Vinci créant tous des machines merveilleuses. Mais pour actionner ces machines, il faut utiliser l’énergie du vivant, concentrée dans les Larmes de verre. Voilà, c’est ça le Med Punk. Et si tu veux en savoir plus, tu as sur le site du studio 09 une explication plus détaillée :
http://www.studio09.net/index.php?option=com_content&view=article&id=198:am-presentation2&catid=42:altromondo&Itemid=45
Radek : Le plus simple : t’achètes Altro Mondo, et tu lis la présentation. Si t’as toujours pas compris, tu rachètes un autre exemplaire. Et tu lis sa présentation. Ça devrait le faire.

3. Le D6 System, j’y jouais quand j’étais encore puceau et qu’on tronçonnait Dark Vador avec nos jedis surboostés chaque week end. C’est pas un peu ringard comme système ?

Cédric B. : Je ne pense pas que la question se pose en terme de querelle des Anciens contre les Modernes. Le D6 System est un système éprouvé, rôdé, qui a fait ses preuves : pourquoi vouloir à tout prix réinventer son propre système sinon pour satisfaire son ego ? Pour moi, le D6 System a de grandes qualités : modularité, adaptabilité et capacité à simuler une grande variété de situations, de poursuites épiques à des négociations diplomatiques basées sur du roleplay. Je ne dis pas que c’est le seul bon système ni même que c’est le meilleur mais il fonctionne, moyennant l’ajout de règles spécifiques, aussi bien pour du Med Punk (Altro Mondo), que du western (Tecumah Gulch), du parodique (Campus) ou du space opera (D6 Galaxies). Utiliser un système de règles de manière récurrente a pour nous un gros avantage : cela nous permet de nous concentrer sur l’univers et l’expérience de jeu et nous garantit de ne pas faire de grosse erreur sur la mécanique. On a tous connu des jeux au univers merveilleux mais malheureusement injouables…
Radek : Je portais déjà des pantalons avec des poches il y a 40 ans et j’en porte encore aujourd’hui, c’est sans doute ringard. Toi, par exemple, tu buvais déjà des bières il y a 10 ans et tu le fais toujours aujourd’hui. Alors, t’es ringard ou alcoolique ?

4. Et donc ? Vous avez des projets en cours autour du D6 ?

Cédric B. : On a trois gammes en cours et l’idée est déjà de poursuivre leur développement. Pour D6 Galaxies, il ne reste qu’un opus en chantier : D6 Galaxies : épilogue. Ce sera une campagne en trois actes qui résout, dans une trame commune, les trois intrigues du jeu : la guerre civile, la rupture avec la Terre et l’invasion So-Ko-Ssel. Un premier supplément pour Altro Mondo doit sortir sous peu et le travail sur celui qui suivra est déjà lancé. Pour L. A. 2045, on a pris du retard sur la finalisation. Mais on a produit beaucoup de matériel et il y a de quoi nourrir de nombreux suppléments dans les années à venir. Par respect pour nos lecteurs qui ont acheté le livre de base, on tient déjà à soutenir ces trois jeux. On verra après pour une éventuelle nouvelle gamme. On a quelques idées et quelques pages de brouillons dans nos disques durs mais rien d’encore vraiment abouti.
Radek : Faire fortune.

5. Il y a pas mal de gens qui écrivent le nom de notre mook à nous « D6dent » et qui, du coup, pensent que c’est lié au D6 Intégral. Et ils sont fort marris après lecture. Ça vous énerve, hein ?

Cédric B. : Nous, non, pas du tout. Mais vous on dirait que oui 🙂 Plus sérieusement, le monde du JdR est devenu trop réduit aujourd’hui pour qu’on se permette d’inutiles querelles de chapelles.

6. A l’origine, votre équipe vient de JDR Mag’. Sans langue de bois, vous en pensez quoi de l’évolution du mag’ ?

Intylzah : Et bien sans langue de bois j’ai arrêté de le suivre après notre départ, et je n’ai feuilleté que quelques numéros de-ci, de-là et acheté un ou deux numéros récents. Du coup, il me paraît difficile de donner un avis argumenté. Néanmoins je peux dire que, pour la visibilité du jdr en kiosque, je suis content que le mag continue et je trouve que sa reprise par les Sombres Projets (c’est ça ?) est une bonne chose amenant le professionnalisme de Sébastien Célerin et Isabelle Perier (que j’ai pu vérifier sur la relecture du scénario Altro Mondo publié dans le n°36).
Radek : Je n’avais pas le temps de le lire quand j’en étais rédacteur en chef, alors imagines un peu aujourd’hui. De plus, mon abonnement à vie d’ancien rédacteur en chef n’est plus actif, donc je dois en fait être mort.

7. JdR Mag’ est toujours en kiosque, Casus Belli tient un très beau rythme en boutiques spécialisées : ça sert encore à quoi un webzine comme le Maraudeur ?

Jérôme « Sempaï » Bouscaut : La première chose qui me vient à l’esprit est le fait qu’à la différence de JdR Mag’ ou Casus Belli, nous sommes gratuits. Au-delà de ça, c’est plutôt le fait que nous cherchons à être accessibles. Nous ne souhaitons pas mettre de barrière à l’entrée en rendant notre mag’ payant. De ce fait, avoir un mag’ numérique devient vite une obligation et à l’intérieur même du fichier, on travaille sur la navigation et on cherche toujours à l’améliorer. Cette accessibilité, sans coût d’acquisition au départ est un moyen de permettre à des personnes qui ne connaîtraient pas notre loisir de s’y intéresser et cela sans avoir à débourser ne serait-ce qu’un euro. Surtout, on n’a pas de souci de modèle économique, donc on peut se permettre de donner sa chance à des inconnus qui ont envie d’écrire des articles, scénarios, etc. On ne fait pas la chasse « aux noms » dans le Maraudeur pour vendre plus vu qu’on est gratuit, ni mettre des dragons sur les couvertures pour être plus téléchargé. Bien entendu, nous sommes très heureux quand un Fabien Fernandez nous propose un scénario pour Star Wars, ou qu’un Thomas Munier ou Frédéric Sintes nous écrivent un article de fond (car ce sont des personnes que nous apprécions) mais nous sommes également très heureux de voir des personnes comme Romain Darmon ou Odillon, notamment, qui nous proposent des articles de qualité depuis pratiquement le début du webzine. Le fait d’être un objet dématérialisé nous permet de nous affranchir des limites de signes des articles. Ainsi, même si on donne un cadre d’écriture à nos chroniqueurs, ces derniers sont suffisamment libres pour pouvoir s’exprimer librement sans contraintes de place dans le magazine. Cela a pour effet « négatif » qu’on perd en concision mais qu’on y gagne, souvent, en offrant un panorama relativement détaillé à nos lecteurs. Enfin, sans rentrer dans une polémique stérile concernant l’indépendance, le Maraudeur n’appartient pas à une maison d’édition et nous n’en sommes donc pas son organe de communication. De ce fait, nos lecteurs attendent de nous, principalement au niveau de nos chroniques ludiques, des avis qui ne soient ni partisans ni noyant le poisson pour ne pas prendre position de peur de vexer un auteur ou une maison d’édition. Toutefois, nous sommes très regardant sur le contenu des chroniques. Nous ne sommes pas là pour « balancer », mais bien pour argumenter autant que possible. Bien entendu, malgré toute la bonne volonté qu’on y met à vouloir être objectif, les chroniques restent subjectives mais en expliquant notre position clairement, le lecteur peut se dire qu’il partage ou pas l’avis du chroniqueur et savoir ainsi si ce jeu (ou supplément) est fait pour lui. Il est une chose importante à savoir c’est qu’à l’origine du Maraudeur, ce webzine était rédigé par les membres du Studio09. Or, avec le temps, le fait que les équipes évoluent, des chroniqueurs arrivent, d’autres partent, cela a conduit au fait qu’à la très grande majorité les chroniqueurs n’appartiennent plus au Studio09, hormis quelques rares irréductibles comme Radek. Ainsi, le Maraudeur a pris, on pourrait dire, son indépendance par rapport au Studio09. D’ailleurs, on n’y trouve que rarement des pages de publicité pour des produits du Studio09.

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