Star Wars : Aux confins de l’Empire

Devant l’ampleur de la tâche (et surtout du livre), j’avais remis à mes congés d’été la lecture de la nouvelle édition du JdR Star Wars des éditions Edge. C’est donc dans une ambiance de farniente que je me suis attelé à la lecture de ce magnifique ouvrage à couverture rigide, de 450 pages tout en couleur et papier glacé, et largement illustré. Comme d’habitude c’est un sans-faute de Edge sur la forme, normal me direz-vous pour un ouvrage qui approche les 60€.
Mais au-delà de la forme, ce n’est pas une mince affaire que de tenter de renouveler la licence Star Wars en JdR, tant elle est populaire, attendue, et tellement la version D6 a laissé un bon souvenir dans le cœur des fans.
A la lecture des premières pages on comprend que la présentation du jeu sera extrêmement pédagogique, pleinement dans le prolongement du kit d’initiation, afin de tenter de gagner de nouveaux joueurs en profitant de la popularité de la licence. Le pari semble bon jusqu’au moment où l’on prend conscience de la relative complexité du système, des règles, ce qui ne semble pas forcement compatible avec l’objectif initial.

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Le système
Au niveau du système de jeu, les auteurs ont voulu renouveler le genre et créer un système « révolutionnaire » à l’aide de nouveaux dés, couverts de symboles cabalistiques, qui permettent d’induire dans le jeu une part de narrativisme par les joueurs, que le MJ devra intégrer en temps réel dans sa partie. Pour ce faire, on retrouve l’habituel duo caractéristique/compétence. Mais à la place de valeurs, on y trouve un nombre de dés spéciaux à lancer (exemple : Ruse 3 + Perception 1 = 2D verts et 1D jaune, le dé jaune remplaçant avantageusement le 3ème dé vert de la caractéristique), auxquels s’ajoutent des talents spécifiques à chaque type de profession (dont on peut facilement se passer).

Le meneur, de son coté, viendra compléter ce pool de dés avec des dés violets et rouges et, éventuellement, des dés de bonus (bleu) ou de malus (noir). Au final, une fois les dés lancés, certains symboles s’annulent et on comptabilise s’il reste plus de symbole « positifs » ou plus de symboles négatif pour voir si l’action réussit ou pas. Le nombre de symbole restant indiquant la marge de réussite. La différence est donc que l’on fait les « calculs » avant de résoudre l’action (« tu as le soleil dans les yeux quand tu tires, je te rajoute un dé noir ! », « Tu as dépanné le fils du marchand avec lequel tu négocies, je te rajoute un dé bleu ») pour une lecture du résultat immédiate. Contrairement aux systèmes où on applique les modificateurs une fois les dés jetés. Et concrètement, une fois que l’on s’est habitué à la lecture des symboles cabalistiques, on peut dire que le système est efficace.

En réalité à bien y regarder, il n’y a là, qu’échec et succès critique, amélioration ou détérioration de la qualité du succès, rien de bien neuf en somme (on n’a rien inventé depuis la charte Angoumoise), si ce n’est un coup marketing pour vendre des kits de dés (entre 12 et 15€ constaté sur internet). Et il est illusoire de croire que l’on pourra utiliser des dés classiques que l’on convertira suivant une table fourni dans l’ouvrage, mais non reprise dans l’écran (sic). A noter que dès que vos personnages auront pris un peu de bouteille et augmenté leurs compétences, il faudra sûrement investir dans un deuxième kit afin de pouvoir constituer votre pool de dés. Heureusement une application Smartphone à un prix beaucoup plus modique (3.76€) permettra de contourner cet investissement supplémentaire.
On notera aussi la règle des « obligations» ayant pour but d’« épaissir » le background des personnages mais aussi de donner des leviers au MJ pour impliquer ses personnages dans les scénarios.
Enfin, de vraies bonnes idées comme par exemple la notion de stress mécanique pour les vaisseaux qu’on oblige à des manœuvres éprouvantes, ou la prise en compte du gabarit des vaisseaux dans les confrontations spatiales.
La seule véritable petite « révolution » réside donc dans la proposition que le MJ fasse ses jets de dés devant les joueurs, ces derniers pouvant influencer le court du jeu grâce à ceux-ci.

La création du personnage

Dans « Aux Confins de l’Empire » (ACE), les auteurs ont pris le parti de faire jouer des personnages vivant en marge du système légal, ou de la classique opposition Empire/Rébellion. Contrebandier, colons, chasseurs de primes, mercenaire, technicien, explorateur, sont les six professions proposées. Chacune possédant ses trois spécialisations propres (avec les arbres de talents à choisir qui vont avec) et cumulées aux huit races qu’il est possible de jouer, les possibilités de variations sur ce même thème sont donc presque inépuisables. Le jeu contenant énormément d’éléments de background, on pourra cependant avec un peu de travail créer des scénarios ou des campagnes beaucoup plus proches de la trame des films, à l’exception notable de tout ce qui concerne la Force et les jedis qui ne sont peu développés (ils le seront dans le 3ème jeu de la gamme : « Force and Destiny », actuellement en version beta en VO).
Un catalogue consistant de matériel, d’armes, de prothèses cybernétiques (un petit appel du pied aux joueurs de Shadowrun ?) et de vaisseaux, tous issus de la saga, complète la création de personnage. Sur ce point, rien à redire sinon qu’il manque quelques illustrations de vaisseaux, ce qui est dommage vu la richesse graphique de l’ouvrage, et que tous ces éléments sont améliorables avec des options à acheter, qui rajoutent des possibilités d’utilisations à l’objet, ou améliorent ses caractéristiques. Vous pourrez donc facilement « kiter » le vaisseau de votre groupe, telle une Honda Civic dans le Pas-de-Calais.

La partie du MJ

Elle contient une rapide présentation de la galaxie lointaine, très lointaine, notamment des régions les plus reculées propres à accueillir les aventures de ACE. De nombreux conseils pour les MJ débutants sur l’art de maitriser une campagne, sur l’interprétation des jets de dés, etc… sont présentés ainsi qu’une galerie d’adversaires potentiels et une aventure de vingt pages qui entrainera les PJ à la poursuite d’un infâme pirate. Il s’agit bien évidement là d’un scénario d’introduction ayant pour but de faire découvrir règles et monde aux joueurs, mais les auteurs ont réussi à bien masquer ce fait en agrémentant l’intrigue principale de nombreux détails et éléments d’ambiance qui rendent ce premier épisode agréable à jouer, même à des rôlistes confirmés.

Finalement, le jeu semble vouloir faire la synthèse entre narrativistes et simulationnistes, entre débutant et joueur confirmé et tout ça dans le respect des fans de la licence.
Et malgré mes remarques ci-dessus (qui aime bien châtie bien), il est proche d’y réussir. En effet, l’ouvrage dégage une incontestable impression de qualité, et de travail, et le fait de pouvoir ignorer ou moduler un certain nombre de règles permettra aux moins simulationnistes d’entre nous d’adapter leurs parties à leurs convenances. Le nouveau système de dés, s’il peut effrayer de prime abord, n’est pas non plus si compliqué et amateurs comme joueurs confirmés pourront rapidement se familiariser avec.

A mes yeux, le seul véritable problème reste donc le prix assez élevé à mon goût des nombreux éléments de la gamme qui ne manqueront pas de sortir. En effet, au moment où j’écris ces lignes, l’écran et un premier gros scénario (« Par-delà la Bordure ») sont déjà disponibles. Mais pour une fois qu’un éditeur propose du contenu rapidement, de qualité et sans faire appel à un crowdfunding, on ne va pas bouder notre plaisir.

L’écran

Dans la foulée du livre de base, j’ai jeté mon dévolu sur l’écran, vendu aux alentours de 19 € et sorti quasi simultanément avec le jeu. Ce qui mérite d’être souligné à une époque où on peut attendre des mois, voire des années, l’écran d’un jeu, même si ce dernier s’est bien vendu (oui mon petit Deadlands, je pense à toi).

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Au niveau de la forme, l’écran est un quatre volets format A4 tout en couleur, impression mat, reprenant les plus belles illustrations des personnages du livre de base. A l’intérieur une quantité impressionnante de tables, pour lesquelles il manque juste un peu d’espace pour être parfaitement lisible, mais qui devrait grandement aider les MJ dans l’utilisation du nouveau système de jeu.
L’écran est accompagné de son habituel livret d’une trentaine de pages qui a le bon gout de contenir une nouvelle aventure (et non un errata comme trop souvent) ainsi qu’une aide de jeu pour développer ses Némésis (grands méchants du jeu) et les faire évoluer en même temps que les personnages des joueurs.

« Qui paye ses dettes s’enrichit » est le nom du scénario proposé dans le livret. Comme le livre de règles et l’écran, ce scénario est magnifique, tout en couleur et couvert d’illustrations originales qui participent grandement à l’immersion dans l’histoire. Par contre, étant la deuxième aventure mis à dispositions des MJ, on pouvait s’attendre à une intrigue moins simpliste et moins didactique que celle fournie dans le jeu. Si, comme dans le livre de base, les intrigues secondaires et les nombreux éléments d’ambiance tentent de masquer la simplicité de l’histoire, ce deuxième scénario semble moins bien y parvenir : les PJ sont mandatés par un Hutt pour prendre le contrôle d’une station minière sur une planète hostile, et à leur arrivée les occupants de la station semblent avoir tous disparus…

Rien de bien original dans ce pitch, ce qui me laisse penser que l’éditeur vise plutôt un public de MJ et de joueurs néophytes plutôt que des vieux de la vieille. La démarche peut se comprendre pour ce premier jeu de la gamme, mais il faut espérer que cela ne devienne pas une habitude et que rapidement, Edge soit en mesure de nous proposer des histoires plus conséquentes, voire peut-être une campagne qui serait la digne héritière de « Darkstryder » de la version D6.

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En conclusion : sautez dans votre vaisseau, et passez en hyper espace pour foncer acheter ce bon jeu (ainsi que son écran), que ce soit pour son contenu ludique, la beauté de l’ouvrage ou tout simplement la nostalgie de revivre quelques belles aventures dans cette galaxie lointaine.

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