Reste-t-il encore un chemin pour Pathfinder ?

On a récemment franchi le cap des 200 ouvrages estampillés Pathfinder traduits et publiés par BBE depuis 7 ans. Cela valait bien une petite interview dédiée, non ?

1. 200 ouvrages… waow, ça fait beaucoup quand même. Problème : je suis raide. Si je ne peux m’en payer que 5, lesquels me conseilles-tu ?

Damien C. : Alors, je te propose deux réponses, en fonction de ton appétence (ou pas) au numérique. Si tu penses pouvoir te référer facilement aux ouvrages numériques ou à un site Internet, sache que le Manuel des joueurs et le Bestiaire, indispensables pour jouer à Pathfinder, sont disponibles soit en PDF à 10€ chacun – un petit prix – soit gratuitement sur le site très bien fait http://regles-pathfinder.fr. En plus, actuellement, il y a notre opération « La Sacoche sympatoche Pathfinder », qui te permet pour 50€, 100€ ou 150€ de mettre la main sur de grosses quantités de PDF de la gamme (règles, règles + univers, règles + univers + campagnes).
Si tu ne jures que par le papier, alors là, il faudra être plus sélectif. Pour te lancer : le Manuel des joueurs, le Bestiaire, la campagne L’Eveil des Seigneurs des runes édition anniversaire. Avec tout ça, tu as 6 mois à un an de jeu clef en main, via une campagne qui a marqué son époque et sa façon de mettre en scène les adversaires des PJ. Ah, les gobelins qui foutent le feu à tout et n’importe quoi et détestent les chiens !


2. Eh, quand même : 200 ouvrages, quoi. Y a forcément une brebis galeuse dans le lot. Allez, y a prescription, tu peux balancer.

Damien C. : Nous avons évidemment essayé de sélectionner ce qu’il y avait de mieux. Mais bien sûr, à nos débuts sur la gamme, on a fait des erreurs. Je préfère ne plus jamais parler des Sept épées du pêchés. En convention, c’est un donjon rigolo et mortel, mais sur le papier, ce n’est pas top.

3. Non mais sérieusement : 200 ouvrages, mince. A vue de pied, ça doit bien faire dans les 5000 euros pour se prendre la totale. Sans compter les ‘gurines, les cartes, etc. Pathfinder, c’est un loisir pour riches, non ?

Damien C. : Tu as deux façons de voir les choses. Car il faut toujours se rappeler que le jeu de rôle, contrairement à beaucoup de loisirs commerciaux, n’a jamais besoin que d’un MJ et de joueurs. Les ouvrages sont accessoires face à l’imagination. Tu n’es donc pas obligé de tout acheté et l’achat d’une campagne de temps en temps, promesse, de nombreuses heures de jeu, peu suffire après le Manuel des joueurs.
La deuxième idée, c’est de voir la chance que nous a donné Pathfinder… en effet, aucun rôliste n’avait jamais eu la possibilité de bénéficier d’un tel luxe de matériel pour sa table de jeu. Notamment pour des campagnes du commerce. Avec Pathfinder, vous avez la possibilité d’utiliser de magnifiques figurines prépeintes dont les monstres et PNJ sont les exactes répliques des adversaires que vous rencontrez dans la campagne. Sans compter les flip-mat correspondant aux lieux visités, les cartes des PNJ et d’objets magiques de la campagne, les musiques de la campagne (via l’excellente appli Syrinscape), etc. Bien sûr, tout cela a un prix, mais mise à part les figurines prépeintes (agréablement compensées par les pions cartonnés, très abordables), tout cela est proposé à des tarifs intéressants. Si l’on veut tout, oui, cela coûte de l’argent, mais pour bénéficier d’un tel luxe, il faut absolument s’entendre avec ses joueurs. Ils en bénéficient aussi, et en participant, la facture deviendra raisonnable pour le MJ. C’est frustrant pour ceux qui ne peuvent se permettre tous ces achats, mais il est possible de picorer dans ce qui, à mes yeux, une sacré chance pour les passionnés que nous somme de voir autant de choses directement liées à des campagnes de JdR (et pas du matériel prévu pour d’autres loisir à adapter tant bien que mal).


4. Vous aviez lancé l’idée de Pathfinder mensuel (un petit supplément hors campagnes par mois) mais ça fait un moment qu’il n’y a pas eu de sorties de ce genre. Le mensuel pas tous les mois, c’est un nouveau concept ?

Damien C. : En fait, nous avons tenu le mensuel pendant un bon moment, avant d’arrêter. Vous n’avez pas peut-être pas vu l’annonce passer. C’était une sacré expérience en terme de suivi, mais avec l’accumulation des titres, après presque 10 ans de publication pour Pathfinder, il est normal qu’il y est une forme de lassitude des rôlistes. Nous allons continuer les 64 pages cartonnés, mais en les insérant dans les précommandes participatives des campagnes Pathfinder, où les fans retrouvent de l’enthousiasme à suivre le contenu proposé pour Pathfinder.

5. Du côté des campagnes, vous avez dû vous résoudre à les sortir en version compilée à l’issue d’un foulancement et non pas par épisodes réguliers comme en VO. Ça dit quoi du marché francophone du JdR ? Que c’est la lose ?

Damien C. : Il y a ceux qui voient tout en noir et les autres. 🙂

On a passé du temps à se morfondre de la petitesse du marché français et des coûts de production très élevés à assumer pour une société comme nous. Cela n’a jamais apporté rien de bon. Nous voyons le bon côté : on reste entre passionnés dans ce milieu, ce n’est pas une petite chose dans le commerce où c’est parfois très dur. Et le mauvais, c’est qu’il faut travailler beaucoup et se battre pour être toujours en phase avec le publique et les nouveautés. Le financement participatif a été une chance, nous l’avons saisie. Quand au format, pour la petite anecdote, David, le boss de BBE, avait tout de suite pronostiqué que les 6 volumes feraient trop pour les rôlistes français et que la meilleure manière de toucher le plus grand nombre serait de proposer des volumes compilés. La qualité de notre partenariat avec Paizo a fait le reste, ils nous ont fait confiance et résultat, on a réussi à publier deux campagnes en une année l’année dernière. Chose impossible avant.

6. Moi, je suis un fidèle petit lecteur de Casus Belli. Je crois tout ce que me dit mon journal préféré, même. Du coup, j’ai retenu que Pathfinder, c’est ‘achement mieux que D&D5, j’ai bon ?

Damien C. : Je ne crois pas 🙂

c’est le jeu de la communication, certain-e-s retiennent parfois une phrase sortie du contexte sur un ensemble plus vaste. Pathfinder s’est construit sur ce qui est, c’est vrai, un « monstres. » La quatrième édition de Donj’ a été mal vécue, malgré les qualités techniques évidentes du système de jeu, par un public qui souhaitait des évolutions plus qu’une révolution. Je reconnais que cette épisode, même si Pathfinder l’a gagné en quelque sorte, n’a pas forcément été une bonne chose pour la communauté. Car il est vivant désormais et rejailli partout.
Pour D&D5, le retour aux bases a conquis le public. Les fans de Pathfinder qui ont adhéré continuent de suivre au moins les campagnes, toujours les meilleures sur le marché sur la globalité, même si Wizards a produit quelques campagnes de grande qualité pour sa nouvelle édition (Out of the Abyss !).
Quand à Casus, lors de la sortie, la critique était dithyrambique ! Mais vous semblez avoir retenu uniquement le second avis en marge, qui évoquait celui que nous avions constaté dans nos relais de joueurs, à savoir que le jeu avait fait des choix (le système avantage/désavantage, le manque de customisation) et des erreurs (les sorts non mis à jour au niveau de la modification des règles des jets de sauvegarde) qui ne plaisaient pas à certains joueurs de Pathfinder. Ce que je considère être toujours vrai. En fait, je crois que ces deux avis étaient bien équilibrés et représentatifs, le but n’étant pas de convaincre, mais plutôt de parler au rôliste de sorte qu’il parvienne à savoir si tel ou tel jeu est fait pour lui. Rien de pire pour notre magazine que d’inciter un joueur à acheter un jeu qui n’est manifestement pas fait pour lui. Le rôle du mag, c’est d’informer. Que la réalité sur le terrain correspond au mieux à ce qu’ils lisent, de sorte qu’ils puissent faire confiance à la rédaction quand celle-ci lui dit de s’intéresser à tel ou tel jeu.

7. Non mais sérieusement : avec votre licence D&D5, Héros & Dragons et tout, Pathfinder VF, c’est fini, non ?

Damien C. : Comme je le disais, les campagnes Pathfinder restent le top du medfan, donc non, ce n’est pas fini. Après le Règne de l’hiver, nous allons proposer la campagne Cthulhu (Strange Aeons), un succès énorme aux US et justifié selon moi, l’édition spéciale de la Malédiction du Trône écarlate (ma campagne préféré en tant que MJ, comme joueur, ce fut Kingmaker) et le Régent de Jade, désigné par vote par les fans.

8. Starfinder, c’est Pathfinder dans l’espace. Un peu comme Metamorphosis Alpha était D&D dans les étoiles, c’est ça ?

Damien C. : Comme beaucoup de rôlistes, je n’ai malheureusement pas été intéressés par les quelques jeux qui ont essayé de mettre dédé dans l’espace. Le concept est on ne peut plus casse-gueule, et face à Star Wars, comme dire… tout cela paraît pas évident.
Mais voilà, c’est l’équipe Paizo. Les types ont réussi à faire ce que dédé n’avait jamais réussi à faire par le passé (là je parle du suivi de campagnes de qualité). Nous allons recevoir le PDF du jeu complet prochainement, mais notre séance de test, évoqué sur un blog de notre site, raconte le bien qu’on a pensé de tout cela. Le fait qu’une campagne « à la Pathfinder » soit également prévue et que les idées de background qui ont filtrées paraissent très bonnes nous fait penser qu’ils peuvent une nouvelle fois surprendre le public en bien. Réponse dans quelques mois, le jeu sort à la Gencon cet été et à la rentrée vraisemblablement en France.
Merci !

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