Le Scriptorium, un éditeur très D100 (1)

Alors qu’il existe des éditeurs qui, enfermés dans leur tour de faux ivoire imitation plastoc made in China, accumulent mépris et condescendance vis à vis des (maigres) médias rôlistes soucieux de parler de leurs productions avec objectivité et sans complaisance, il y a aussi des éditeurs, certes petits, certes discrets mais qui savent faire preuve de patience, d’humilité et de cordialité, attendant sans ruer dans les brancards ou crier au complot que l’on pense, tout simplement, à s’occuper d’eux. Le Scriptorium/D100.fr fait partie de ces éditeurs-là. Alors, cher lecteur, ne soit pas berné par le ton usuellement potache de nos questions et crois-nous sur parole : on kiffe ce genre de rôlistes 🙂 Alors, interview en deux parties pour mettre enfin en lumière leur travail de passionnés.

(1ère partie)

1. Le Scriptorium, le Scriptorium… attends, ça me parle : c’est vous qui faîtes Rêve de Dragon et Défis Fantastiques, c’est bien ça ?

Tu y es presque ! Ceux qui réalisent Rêve de Dragon et Défis Fantastiques sont le Scriptarium, qui accomplissent d’ailleurs un boulot formidable.

L’origine du Scriptorium remonte à 2007. Cette communauté très prolifique de passionnés de JdR avait réalisé de nombreuses aides de jeu pour D&D 3.X, Fantasy Craft et RuneQuest, ainsi que des jeux amateurs. Cependant, comme la communauté s’était étiolée au fil des années et que les fondateurs n’avaient plus le temps de s’occuper du site, une petite équipe prit le relai en 2015 pour soutenir les projets qui lui tenaient à cœur.

Le Scriptorium est désormais un collectif de traduction et de création, qui édite pour l’instant les jeux de rôle Portes, Monstres & Trésors et Saveur, ainsi que l’univers Niil. Notre label d100.fr est le site support officiel des VF d’OpenQuest et de Mythras ; il propose aussi des actualités et des aides de jeu pour Revolution d100, nouveau venu dans la famille d100. Enfin, nous préservons dans un site dédié les documents de l’ancien Scriptorium.

2. Ah bon ? D100, D100… attends, ça me parle : c’est L’Appel de Cthulhu, en fait, c’est bien ça ?

En termes de succès commercial et de notoriété, l’Appel de Cthulhu est sans aucun doute la vitrine des jeux d100. Toutefois, le Grand Ancien est en vérité RuneQuest ! Car c’est lui qui donna naissance au Basic Role-playing, le système utilisé par des jeux tels que l’Appel de Chtulu, ElfQuest ou Stormbringer.
Aujourd’hui, il existe de nombreux systèmes d100 : outre l’Appel de Chtulu, Basic Role-playing et RuneQuest, on peut aussi mentionner par exemple Fire and Sword, Legend, Magic World, Mythras, M-Space (basé sur Mythras), OpenQuest, Renaissance ou Revolution d100.

La plupart de ces systèmes partagent les traits communs suivants :
— Distinction entre inné (les caractéristiques) et acquis (les compétences) d’un personnage.
— Les caractéristiques permettent de calculer des attributs secondaires tels que les points de vie et établissent aussi les valeurs de départ des compétences. Elles vont en général de 3 à 18 pour un personnage humain et elles ne changent guère d’un jeu à l’autre : on retrouvera le plus souvent Force, Dextérité, Constitution, Intelligence, Pouvoir et Charisme et parfois Chance.
— Les valeurs de compétences sont évaluées en pourcentage.
— Pour réussir une action, il faut obtenir moins que la valeur de la compétence avec un dé à 100 faces.

Malgré ces similarités, les systèmes d100 sont loin d’être identiques : certains privilégient la simplicité et l’abstraction alors que d’autres préfèrent une approche plus complexe.

3. Ah, OK ! Mythras, Mythras… attends, ça me parle : donc c’est Runequest, en fait, c’est bien ça ?

Oui et non. Désolé par avance, je vais devoir t’infliger un peu d’histoire éditoriale.

Lawrence Whitaker et Pete Nash, les fondateurs de The Design Mechanism (TDM) avaient créé en 2010 la cinquième édition de RuneQuest, éditée par Mongoose. Lorsque Mongoose décida de ne pas renouveler sa licence RuneQuest et de privilégier Traveller, son JdR phare, ils sautèrent sur l’occasion : ils créèrent TDM, obtinrent la licence et réalisèrent la sixième édition (RQ6).

Chaosium, après ses restructurations de 2015, a récupéré ses droits sur RuneQuest, qu’il avait vendus en 1984. Afin de produire une nouvelle édition dédiée au monde de Glorantha, l’éditeur a décidé de ne pas renouveler la licence que le précédent détenteur de la marque avait accordée à TDM. Malheureusement, cela impliquait d’annuler un supplément gloranthien pour RQ6 que TDM avait pratiquement terminé. TDM fut chargé de réaliser cette nouvelle édition, basée sur le système de RQ6 ; cependant, au bout de quelques mois, le partenariat entre les deux entreprises prit fin et Chaosium annonça que le système de RQ6 ne serait pas utilisé pour le prochain RuneQuest.

Comme RQ6 devait être retiré de la vente en juillet 2016, TDM republia les règles sous le nom de Mythras à ce moment. Au final, Mythras est grosso modo le même jeu que RQ6, avec quelques améliorations mineures et une maquette beaucoup plus efficiente (150 pages en moins pour le même contenu). Toutefois, il est désormais indépendant de la marque RuneQuest et son système est différent de celui du prochain RuneQuest.

En ce qui concerne la VF, ces bouleversements éditoriaux sont un mal pour un bien. À l’époque de RQ6, nous travaillions bénévolement et en naviguant à vue à cause des coups de théâtre éditoriaux. Désormais, nous bénéficions d’un partenariat officiel avec The Design Mechanism, ce qui nous donne plus de visibilité sur le long terme et nous permet de rémunérer un peu l’équipe. De plus, l’obligation de retirer la VF de RQ6 de la vente a été l’occasion de retravailler en profondeur la traduction et la maquette pour proposer un ouvrage nettement mieux fini, avec en prime une belle carte réalisée par Ronan Salieri de jeuxetfeerie.org.

4. À l’époque de FATE, Apocalypse, etc., le système D100, c’est pas un peu vintage ?

Comme je l’ai signalé, il existe en fait plusieurs systèmes d100, et la plupart sont loin d’être bloqués dans les années 70 ! Mythras n’est pas le plus novateur des systèmes d100, mais représente à mes yeux un bel équilibre entre tradition et modernité. Sans renier l’héritage des premières éditions de RuneQuest, le jeu a revu en profondeur de nombreux mécanismes, du combat à la magie en passant par la création de personnages, tout en intégrant des idées de jeux plus ou moins récents.

Bien entendu, Mythras ne conviendra pas à tout le monde et n’a pas vocation à concurrencer FATE ou Apocalypse, mais il peut plaire aux rôlistes qui veulent un système suffisamment détaillé pour faire ressortir les spécificités d’un cadre de jeu, tout en reposant sur des bases simples et cohérentes qui facilitent l’apprentissage des règles.

Mythras vous permet tout d’abord de créer des personnages fouillés, qui sont non seulement définis par leur culture, leur profession ou leurs compétences, mais aussi par leurs passions, leur réseau familial ainsi que les organisations ou les cultes auxquels ils adhèrent. Les passions d’un personnage ne sont pas de simples éléments décoratifs et peuvent influer sur la partie, à la manière du fameux JDR Pendragon. Par exemple, un chevalier peut utiliser sa passion Amour de la reine pour essayer de briller lors d’un duel livré sous les yeux de sa belle.

Et grâce aux cinq types de magie, vous pouvez aussi bien incarner un chamane bardé de fétiches, un sorcier qui fabrique des objets enchantés, un mystique aux réflexes extraordinaires, un prêtre devenant l’incarnation de son dieu ou un simple rebouteux connaissant deux ou trois charmes simples. Chaque type de magie distille une ambiance spécifique : par exemple, le théisme est puissant mais rigide, alors que la sorcellerie est beaucoup plus souple grâce aux possibilités de paramétrage des sorts.

Ensuite, Mythras propose un système de combat intense qui récompense le sens tactique. En fonction du résultat du jet opposant son personnage à un adversaire, le joueur peut choisir un ou plusieurs effets spéciaux pour obtenir un avantage : maximiser les dégâts, endommager l’arme, faire trébucher, traverser l’armure, etc. Et ces effets spéciaux peuvent s’avérer décisifs ! Un paysan rusé peut ainsi humilier un guerrier trop orgueilleux à l’aide de quelques effets bien choisis…

Si vous aimez concevoir vos propres cadres de jeu, vous serez servis, car Mythras propose de nombreux conseils pour adapter la magie à vos besoins ou encore pour créer des cultes et des organisations vraisemblables. Si vous préférez vous lancer dans le feu de l’action, lisez d’abord Mythras Fondamentaux, qui fait seulement 32 pages, puis consultez la Saga d’Anathaym. Divulguée au fil du livre de base, cette saga illustre les règles et présente le monde de Méros, un cadre de jeu antique-fantastique simple d’accès. Vous serez alors fin prêts pour tester les deux aventures du supplément gratuit Héros de Méros.

5. J’ai été jadis grand fan du Runequest version Oriflam et, de ce fait, pour moi, c’est Glorantha sinon rien. Ce système D100 sans Glorantha, ça fait bizarre, non ?

Personnellement, cela ne me fait ni chaud ni froid. J’aime beaucoup les suppléments du début des années 80 comme Griffin Mountain, ainsi que le guide publié par Mongoose sur le Deuxième Âge, mais cela fait longtemps que je ne joue plus dans Glorantha, car mes goûts ont évolué : j’utilise de préférence des univers faits maison ou plus simples d’accès. En outre, mes dernières excursions gloranthiennes se faisaient plutôt en compagnie d’HeroQuest que de RuneQuest.

En VO, seules les deux premières éditions de RuneQuest furent spécifiquement liées à Glorantha ; les quatre éditions suivantes furent conçues comme des jeux génériques. Par exemple, les éditions Mongoose comprenait des gammes Elric, Hawkmoon, Nehwon (Lankhmar) ainsi que des suppléments historiques sur les pirates, les Vikings ou le Japon de l’époque de Heian.

Mythras poursuit dans cette voie, et je m’en réjouis, car on peut ainsi varier les plaisirs sans avoir à réapprendre un nouveau système. La gamme VO offre déjà beaucoup de choix. Vous avez aimé les romans de Bernard Cornwell sur la Bretagne Arthurienne ? Mythic Britain est fait pour vous. Vous voulez vivre des aventures fantastiques dans le style des nouvelles de Howard ou de Leiber ? Jetez-vous sur Book of Quests. Vous préférez la SF et les voyages temporels ? Jetez un coup d’œil sur Luther Arkwright.

(à suivre…)

https://d100.fr/

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