My little Friponnie

On vous en a déjà parlé dans le Fix voici quelques jours : le jeu Friponnes est en cours de foulancement. Ça se passe bien pour lui, merci (plus de 405 %  de l’objectif initial). Mais ça n’empêche pas de lui faire du bien en lui apportant votre propre souscription à votre tour. Ça a beau être le genre foulancement modeste, vous savez comment c’est : il y a toujours un petit palier par ci, par là à faire sauter. Pour vous convaincre, on a été poser quelques questions au Grand Fripon, Étienne Bar. Interview.

1. Bon, Étienne, je souhaite t’interviewer parce que les copains du club m’ont dit que tu es l’auteur d’un jeu qui, je cite, « contient des scènes sexuellement explicites ». Ouh, cool. Tu m’en dis plus, dis ?

Il me semble que cette notion doive obligatoirement mentionner sur le livre, un peu comme la liste des colorants sur les fraises tagada. De plus, on savait bien que ça attirerait l’attention et tu penses bien qu’on n’allait pas passer à côté d’une pub pareille.

Le livre contient en effet des nouvelles qui mettent en scène des messieurs et des dames qui font ensemble des choses très agréables. Ceci étant dit, les passages vraiment explicites y sont très rares, les paragraphes concernés se comptent sur les doigts d’une main alors que le livre fait plus de 370 pages… mais ils existent, et il est important que cela soit dit !

Cela dit, ça reste un jeu de rôle où l’Amour (avec un grand A) a toute sa place. Les friponnes (c’est ainsi qu’on appelle les PJ, qu’ils soient mâles ou femelles) sont encouragées à tomber amoureuses et en sont même récompensées en termes de jeu par l’obtention de points de peps qui peuvent leur fournir des bonus divers.

Après, c’est à chaque table de trouver son équilibre autour du sujet des relations entre adultes consentants. Certaines parties que j’ai pu mener étaient du Marc Dorcel RPG (à titre d’exemple, un joueur avait pris une compétence gang-bang et a réussi à s’en servir pour la réussite de la mission) alors que d’autres étaient beaucoup plus proches de la Belle au Bois Dormant, version Disney.

2. Eh, pourquoi ce jeu s’appelle-t-il Friponnes alors que cela m’a tout l’air d’avoir été écrit par un sacré fripon, hein ?

Initialement, le jeu s’appelait Fripon(ne)s RPG. A la relecture, Michel et moi avons trouvé très lourdes les phrases comme “Les fripon(ne)s peuvent tomber amoureux(ses)” et on s’est dit qu’il serait amusant de tout passer au féminin.

Pour en revenir à l’auteur du jeu, tu vas être déçu, mon lapin. Je vis avec la même femme depuis plus de 30 ans à laquelle je suis on ne peut plus fidèle, je ne fréquente pas les clubs échangistes, les bouquins érotiques ont une toute petite place dans notre bibliothèque.

Après, ce serait mentir de ne pas reconnaître que j’aime bien les blagues grivoises et les allusions polissonnes.

3. C’est un univers de fantasy où, je cite, « les dragons ne thésaurisent pas mais s’allient aux hommes (…), les magiciens sont plutôt sages et soucieux d’améliorer le sort d’autrui ». (…) Aaaaah, OK, j’ai compris : c’est un monde chiant, en fait, c’est ça ?

Tu as aussi des envahisseurs cupides, des pirates assassins et violeurs, des barbares cannibales, des démons, des cultistes, des fanatiques religieux et même parmi les gentils, des individus qui ont pété les plombs depuis longtemps ou des tarés de naissance qui sont parfois encore plus dangereux que ceux évoqués au début de cette phrase.

Cela dit, j’avais envie d’un univers positif où la majorité des gens sont à priori aimables, dans tous les sens du terme. Étant donné que les friponnes n’ont ni l’ambition ni l’appât du gain comme moteur, faut bien qu’ils aient une raison d’aller se prendre des baffes. Le fait de protéger ces sociétés agréables (et, aussi, le plaisir de mettre des bâtons dans les rues à différents affreux) leurs en fournit une excellente.

De plus, si mon univers était majoritairement dur et violent, les friponnes le seraient aussi et ce n’est pas ce que je veux. Laisse-moi t’assurer que le fait de devoir vaincre les affreux en usant d’autres chose que de sa vorpale favorite ou de boules de feu fournit une expérience de jeu vraiment différente.

Pour les joueurs, ça change que la plupart des PNJ qu’ils croisent n’aient pas forcément l’intention de leur faire des crasses et leur veuillent à priori du bien . C’est reposant. Et ça rend les salauds et les pourris, par contraste, encore plus immondes.

Et puis, le glauque, le sombre, on a déjà bien assez donné en termes d’univers, non ? Et , hélas, ce n’est pas fini et ce n’est définitivement pas ma tasse de thé. J’aime bien les utopies. Quitte à inventer des mondes, autant en faire de chouettes endroits.

4. Attends… en fait, tu voulais faire un reboot de Animonde et Croc a refusé de te céder les droits, c’est bien ça ?

Je n’ai pas lu Animonde, même si j’ai lu des articles qui en parlaient. Et ce principe de refaire de resservir périodiquement des vieilles recettes, même améliorées, me parait moins intéressant que d’essayer de sortir des trucs originaux, même si c’est plus casse gueule.

Après, mes friponnes ne sont pas forcément non-violentes. Mais le jeu est prévu pour que les bastons soient dangereuses pour pousser les joueurs à trouver d’autres solutions que le “moi vois-moi tue”.

5. Tu as d’abord développé l’univers des Folandes dans des romans et seulement ensuite en JdR. Oulah, c’est pas un peu casse-gueule comme exercice, ça ?

Ce sont deux facettes pour explorer le même univers.

Je crois que mes joueurs apprécient d’explorer l’univers autrement qu’en en lisant la description, de croiser les héros de mes romans durant leurs aventures, voire de les interpréter.

Non, vraiment, mon petit lapin, je ne vois pas en quoi c’est casse-gueule. Tu me fais un dessin ?

6. Le jeu est motorisé par le système FU (…) OK, je vois : c’est Michel de Stellamaris (qui publie le système sous forme de livre de base) qui t’a obligé, pas vrai ?

Pas du tout.

J’ai découvert FU avant que Stellamaris ne le publie et même avant que Bruno Bord le ne traduise.

J’ai eu le coup de foudre pour ce système à la première lecture et je ne me lasse pas de l’utiliser. Honnêtement, il est d’une élégance folle, d’une simplicité absolue et on peut tout faire avec. Vraiment tout. Je me suis amusé à faire de la fantasy (hors Folandes), du steampunk, du Dirty Harry. Je ne m’en lasse pas.

Je n’exclus pas le fait que Friponnes RPG soit motorisé par FU ait poussé Michel, qui a envie de développer une gamme “FU” à éditer le jeu, mais c’est à lui qu’il faut poser la question. Je crois plutôt qu’il a eu un gros coup de cœur pour l’univers.

7. Bon, soyons sérieux une seconde. Tu sais que j’aime bien tout comprendre de travers. Cela dit, là, objectivement, tes intentions sont claires (les PJ « combattront les colonialistes, les trafiquants d’esclaves (…) les banquiers véreux ») : on peut parler d’un jeu progressiste. Du coup, te prendre dans les dents sur les réseaux sociaux des critiques de « néoféministes » qui jugent le jeu réac’ sur la foi d’un titre et d’une demi-phrase, ça te donne foi en l’humain ou bien comment c’est ?

Je ne vois pas le jeu de rôle ou, du moins, ce jeu de rôle, comme un média d’éducation populaire.

Que certains s’emportent et se mettent la rate en court-bouillon en se méprenant sur mes intentions, c’est triste. Mais ça ne m’empêche pas de dormir et ça ne me met même pas en colère. A l’extrême limite, ça me fait soupirer.

Dans la discussion à laquelle tu fais allusion, j’ai vu des gens (que je ne connais absolument pas et que je remercie sincèrement) prendre la défense du jeu de façon plus posée que je n’aurais pu le faire. Si j’étais intervenu, mes propos auraient été sans doute lus de travers. Là, le troll est retombé. Vraiment, il n’y a pas de quoi en faire un plat.

Je prends la question du féminisme très au sérieux. Au même titre que celles de l’écologie ou des inégalités et du partage des richesses. Si certains veulent considérer que je suis un gros macho ou simplement que la façon dont Michel et moi présentons notre jeu est maladroite, qu’ils le fassent.

Mon seul regret dans cette histoire est donc que personne n’ait dit “Hé, les gars, c’est un jeu. Un truc pour s’amuser entre grands gosses. Vous croyez vraiment que ça vaut la peine de s’insulter pour ça ? Plutôt que de vous balancer des arguments spécieux à la face, faites donc quelque chose qui vous fait vraiment plaisir”.

Quant à la “foi en l’humain”, c’est un terme qui me parait bien creux. L’humain, moi le premier, est capable du meilleur comme du pire, comme bousiller la planète sur laquelle il vit ou pourrir l’existence de ses semblables juste pour arriver au cimetière en ayant amassé un max de brouzoufs. Il peut aussi se montrer aimable, altruiste, généreux, spirituel, empathique…

8. Le jeu est en foulancement depuis un petit moment déjà et, coup classique, il a largement dépassé l’objectif minimum qui était fixé à… 700 euros. (…) 700 misérables euros !? Oh, les mecs, vous voulez casser le jouet ou quoi ?!

En ouverture de “Face aux démons”, un excellent livre que j’ai écrit et qu’il faut vraiment lire (d’ailleurs, à ce sujet, mon petit lapin…), il y a cette citation suivante d’Edgar Allan Poe : “C’est dans le mépris de l’ambition que doit se trouver l’un des principes essentiels du bonheur sur la terre”. Et ça, ça me correspond vraiment bien, j’y crois dur comme fer et je m’efforce de l’appliquer au quotidien.

Oui, on aurait pu fixer l’objectif minimum à 4000 ou 5000 euros.

J’aurais mal dormi tant qu’on ne serait pas arrivé à ce montant. Quand je vois à quel point je suis invivable après une nuit d’insomnie, je ne veux pas infliger ça à ma tendre et chère et à tous les gens que je côtoie au quotidien. On ne va pas se ruiner la santé pour un jeu. Nom d’un Verougue à roulettes, j’ai bien assez d’angoisses et de peurs au quotidien comme ça pour en rajouter !

D’autre que moi ont fait des foulancements à 250 euros et personne (à part peut-être toi , mon petit lapin) n’a trouvé rien à redire. Je ne suis pas sûr qu’on “casse le jouet” en procédant ainsi. Je n’en dirais pas forcément autant de certaines grosses productions qui assèchent les comptes en banque de nos éventuels souscripteurs et occupent presque tout l’espace médiatique. Si le tickets d’entrée pour les foulancements était à 10 000 euros, plein de projets sympas ne verraient pas le jour et ce serait triste, non ?

Mais je te promets, on fera mieux la prochaine fois. Michel et moi travaillons actuellement sur une campagne Friponnes qui fera aussi l’objet d’un financement participatif pour pouvoir payer notre merveilleuse illustratrice et pour qu’on puisse s’offrir quelques bonnes bières. On essaiera cette fois un objectif à 4 chiffres. Comme ça, si on se plante, on saura à qui venir tirer les oreilles…

https://fr.ulule.com/friponnes-rpg/

2 pensées sur “My little Friponnie

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