L’autre CoC

Et allez, un autre foulancement CoC à chroniquer… bon, allons-y… ah tiens, c’est sur Kickstarter… oh, dis donc, 2600 % des objectifs atteints quand même… aaargh, 380 000 $ collectés !! Bon, c’est sûr, cette fois-ci, il y a Profond sous roche, il faut qu’on aille voir ça de plus près. Rencontre avec l’auteur du projet Chronicles of Crime, David Cicurel.

 

1. Bonjour David. Tu es le créateur du jeu Chronicles of Crime actuellement sur Kickstarter pour encore quelques jours. Peux-tu nous présenter ce projet ?

Chronicles of Crime est un jeu d’enquête et d’investigation policière. C’est un jeu hybride, c’est-à-dire qui mixe jeu de société et nouvelle technologie. Les joueurs se retrouvent devant le tableau d’indices que l’on retrouve dans toutes les séries policières et doivent décider où aller et qui interroger, le téléphone fait office de maitre de jeu / PNJ et va guider l’histoire (lorsque les joueurs scannent le QR code des cartes devant eux). C’est au joueur de décider ensemble de leurs actions avec soin car chaque scan fait dépenser du temps de jeu et l’enquête doit être résolue au plus vite si l’on veut plaire au commissaire.

Le jeu propose également de transporter les joueurs sur la scène de crime en Réalité Virtuelle afin de relever les indices et faire progresser l’enquête.

2. Ah mais, ce n’est pas du JdR alors !? Pourtant, il me semble avoir lu le nom de Mark Rein-Hagen (Vampire, Ars Magica…) dans les crédits : c’est quoi l’embrouille ?

Le jeu est un jeu à scenario, volontairement très narratif (rien à voir avec un jeu de déduction généré aléatoirement, c’est donc plus proche d’un JdR que d’un Cluedo).

Le matériel de jeu a été créé dans l’idée que chaque auteur de jeu peut se l’approprier et crée sa propre histoire. Grâce à un contenu téléchargeable sur l’application, la boite de jeu permet de créer une infinité de scenario sans avoir à racheter de matériel de jeu.

J’ai proposé à un certain nombre d’auteurs connus d’écrire des scenarios, certains ne m’ont juste pas répondu ou n’ont pas vu mon message (Stephen King si tu nous lis, je suis prêt à te pardonner et te laisser écrire un scenario !). Mark , que je ne connaissais que grâce à ses jeux, a tout de suite été emballé par le jeu qu’il a trouvé très novateur et disposant d’un mécanisme de design qui fonctionne très bien. Il a, pour ma plus grande fierté, accepté d’écrire un scenario.

La plupart des auteurs, connus ou moins connus, sont d’ailleurs des rôlistes chevronnés (mais il ne faut pas le dire trop fort, on pourrait croire à un complot 😉 ).

3. Donc, en fait, tu es rôliste et tu es capable de lever plus de 350 000 $ sur KS. Dis, tu aurais pu en profiter pour publier un JdR quand même, vil traître !

Malheureusement, j’ai vite compris que je ne serais pas forcement capable de donner vie au projet tout seul, si je voulais toucher un plus grand nombre. C’est pour cela que j’ai signé le projet avec un éditeur. Le projet plaisait tellement que j’ai eu la chance de pouvoir choisir parmi plusieurs éditeurs intéressés. Lucky Duck Games était le bon choix, ils ont une vraie affinité avec l’international (le jeu sera traduit en beaucoup de langues) et c’est vraiment eux qui ont permis au Kickstarter de décoller.

Loin de trahir mon amour du JdR, je vois Chronicles of Crime comme une passerelle qui permet une bonne introduction aux jeux à histoire.

Le jeu dure 1h/1h30 donc beaucoup moins qu’une vraie partie de JdR, il est donc plus accessible.

4. Bon, plus sérieusement, en quoi ta propre expérience de rôliste rejaillit-elle dans le game design de Chronicles of Crime ?

Je n’aurais jamais pu créer Chronicles of Crime sans le jeu de rôle car celui-ci m’a amené à cette vision d’une histoire non linéaire où la liberté est donnée aux joueurs. Loin d’être des enquêtes rigides, Chronicles of Crime amène à des investigations très différentes jusqu’à proposer des fins différentes (faites gaffe de ne pas mettre un innocent en prison).

J’ai également écrit des GN (jeu de rôle grandeur nature) principalement en huis-clos. La manière d’écrire ces histoires est un peu similaire. Et si le côté rôle et improvisation n’est pas présent dans Chronicles of Crime, la discussion et la réflexion constituent la clef de la résolution de l’enquête.

Ensuite, nous avons ajouté des extensions qui amènent les joueurs dans d’autres univers. L’une d’entre elle (Welcome to Redview) reprend des codes du JdR. Les joueurs incarnant un personnage, on pourra effectuer des tests de compétence (avec des dés) et les réussir…ou les rater.

5. Ton jeu fait donc un usage très impressionnant des nouvelles technologies (QR code, réalité virtuelle, etc.). Penses-tu que le game design du JdR gagnerait aussi à aller voir du côté de ces nouveaux outils ?

J’en suis intimement persuadé. Je pense également que nous ne sommes qu’au début des recherches de ce qui peut être fait et que pour réussir la technologie ne doit pas prendre le dessus sur l’essence du jeu de société (société étant le mot clef ici). Dans le milieu de JdR, des outils comme roll20 ou fantasy ground prennent déjà une importance chez certains rôlistes. J’ai plein d’idées pour amener des innovations hybrides dans le JdR, espérons que j’aurais un moment le temps et les ressources pour explorer celle-ci.

6. Ah, une question pour finir. L’acronyme de Chronicles of Crime, ça donne CoC. Exactement comme Call of Cthulhu. Hasard ou coïncidence ?

On peut en parler dans la salle à côté, il y a un escalier vers une cave assez sympa que j’aimerais te faire visiter….

 

La page du Kickstarter (attention, il ne reste qu’une poignée de jours pour souscrire !) :

La page de présentation du projet en Français : https://luckyduckgames.com/coc-fr/