STRISCIA : un petit grand jeu !

Striscia est la dernière production des Livres de l’Ours, la structure d’édition et de création d’Alexandre Jeanette mieux connu sous le nom de Kobayashi (on nous signale dans l’oreillette que ce pseudo renvoie à un réalisateur japonais et non à l’Arlésienne d’Usual Suspects). Rappelons tout d’abord que cet auteur a une production assez conséquente et que la fréquentation des forums des Livres de l’Ours est un endroit épatant pour ramasser des aides de jeu en tout genre et une tripotée de créations payantes de qualité. Striscia est donc le dernier né de cette production de qualité.

 

Tout en 66 pages

Striscia est un petit livre. Dans ses 66 pages on trouvera tout ce dont on a besoin : la création du personnage, le système de résolution et de combat, les règles de magie, un bestiaire, des éléments sur le monde dont une encyclopédie en trois pages. Avec 17 pages d’illustration (en empruntant principalement à l’art du Grand Siècle), le texte est réduit. Il est cependant très bien écrit. Des phrases courtes qui n’oublient pas d’être poétiques, comme cet aphorisme issu des règles sur le combat « Un personnage possède en moyenne 10 PV, une rapière inflige 2d6 points de dégâts. Tirez-en les conclusions qui s’imposent. Évitez les combats ou frappez le premier ». Il convient de noter que le texte contient également des conseils de maîtrise très utiles et bien vus, des listes de noms, de prénoms, de descriptifs de lieux et également deux pages sur la cité de Vicerezzo, une ville inspirée par Venise qui peut servir de lieu de départ pour les aventures des PJ. Le livre est donc très compact et efficace.

Le Baroque sombre

Ainsi que l’avait noté Narbeuh dans la news annonçant la sortie du jeu, Striscia est après Shellshock et Operation Whitebox un autre jeu de Koba traitant de la guerre et des gens de guerre. On y joue en effet un membre de cette partie de la population qu’on a qualifié de gens de sac et de corde: mercenaires, spadassins et autres soudards (ou leurs équivalents féminins) dans un cadre de jeu inspiré de l’Europe du 17ème siècle. L’ambiance du jeu emprunte à la fois à des films comme « La Chair et le Sang » (film de Verhoeven de 1985 qui est au film de cape et d’épée ce que Conan est à Willow) et au roman picaresque (La saga du Capitaine Alatriste est évoquée dans les inspirations). La référence faite par l’auteur à Gagner la Guerre, le formidable roman de Jean-Phiippe Jaworski m’a tout de suite parlé (et si elle ne vous parle pas, c’est probablement que vous devriez cesser de lire cette critique et vous procurer le livre). L’ambiance du Vieux Royaume décrit dans ce roman (et qui transparaît également dans le Dodécaèdre de Nicolas Dessaux, également cité dans les inspirations du jeu) se retrouve en effet dans l’univers de Striscia. Celui-ci n’est pas décrit dans ses grandes longueurs mais ses principales caractéristiques transparaissent à la lecture. Il s’agit d’un monde qu’on peut qualifier de Baroque sombre : le continent est ravagé par la guerre, les villes sont sales mais connaissent un essor artistique, religion et sciences sont en conflit sur le fond de superstitions et de mystères, complots et intrigues déchirent le corps social à tous les niveaux. Il est à noter que le jeu inclut des éléments de fantastique et permet aux joueurs de pratiquer la magie, mais celle-ci a un coût et peut attirer l’attention d’autorités religieuses et politiques bien peu compréhensives. Le fantastique se manifeste également par l’intermédiaire de créatures surnaturelles bien pensées et adaptées au contextes telles que le golem de canons, l’œuvre d’art devenue vivante ou des esprits sylvains. Pour ceux qui seraient allergiques à cette proposition, le jeu fonctionne cependant très bien sans ces éléments.

Mercenaires, spadassins et soudards

Dans Striscia, on incarne un pion qui vit des conflits qui surgissent entre riches et puissants qu’ils soient des cités-états, des nobles puissants, des guildes ou même des écoles d’escrime. Pour ce faire, le personnage est défini par des caractéristiques orientées vers l’action. Un personnage est ainsi défini par quatre caractéristiques : l’habileté, la vigueur, la volonté et l’astuce (comprises entre 0 et 3 à la création) ainsi que trois caractéristiques déduites, l’attaque, la défense et les points de vie. Les vocations et les réputations que doit choisir le joueur pour donner vie à son personnage sont également tournée vers l’action. Le jeu ne se réduit cependant pas à des affrontements acharnés sur les champs de bataille ou dans des ruelles sordides. Citant la campagne La Spada Rossa dans ses inspirations, les PJ de Striscia sont des frères d’armes issus d’une même école d’escrime et leurs aventures les emmener à jouer les justiciers, à enquêter pour retrouver des personnes ou des objets, escorter une personnalité, cambrioler une maison ou saboter une représentation à l’opéra.

Une apocalypse light

Comme dans beaucoup de jeux de Kobayashi, le moteur ludique est souvent la déclinaison allégée d’un système qui a fait ses preuves. Pour Striscia, c’est le système Apocalypse qui est réduit à sa plus simple expression : pour réussir une action, on lance 2d6 + le score d’un attribut ajusté par une difficulté. Tout résultat supérieur à sept étant une réussite, et les résultats inférieurs induisant un échec ou des complications en fonction des actions. En combat, les 2 et les 12 correspondent à des échecs critiques ou des réussites particulières. Pas de moves ou de playbooks cependant, les vocations et les réputations que doivent choisir les joueurs à la création les remplaçant par des avantages à usage limité. La progression du personnage s’effectue par le gain de points d’expérience qui ouvrent droit à des augmentations de caractéristiques, de points de vie, des scores d’attaque ou de défense ou à l’obtention de capacités particulière. La mécanique ainsi mise en œuvre est remarquablement lisse et facile à utiliser.

En conclusion

Remarquablement court et compact, Striscia a un charme indéniable et remplit parfaitement sa mission de permettre de jouer dans un univers picaresque et baroque, sensible et violent. Il illustre également à merveille la démarche de Kobayashi : proposer des jeux simples, accessibles mais typés et cohérents dans la manière dont ils déclinent leurs thématiques. Il se situe cependant sur un créneau où brille Brigandyne, la franche réussite de James Tornade.

Il n’est donc pas sûr, que pour toutes ses qualités, le jeu bénéficie de la lumière et de l’attention auquel il pourrait prétendre.

Notre avis

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