Gulix, chef du Protocol

Si vous pensez vraiment que Gulix est le nom d’un des irascibles gaulois qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, vous partez de loin. Non, bien sûr, tous les amateurs de « gratuit » fidèles du Fix le lundi (et les autres jours, j’espère !) le savent : Gulix est un de ces acteurs passionnés qui fait vivre le petit monde du JdR francophone en multipliant les posts intéressants et les initiatives sympathiques sur son blog, Le Repaire de Gulix. Là, le bonhomme vient de se lancer dans la publication d’une série de curieux jeux unifiés sous le nom de Protocol. Il nous fallait en savoir plus.

1. Sans MJ, sans scénario, sans préparation… OK, encore un truc qui n’est PAS du JdR qui vient s’immiscer dans les pages du Fix, c’est ça ?

Tout dépend à qui tu le demandes, en fait. C’est sûr que si tu le demandes à Vercingétorix (NDLR : quand même, ça devient troublant cette histoire de noms…), coincé dans son B/X et qui dénonce toute évolution du JdR comme hérétique, Protocol ne risque pas d’être vu comme un jeu de rôle. Mais pour ma part, j’y vois un jeu dans lequel on interprète un rôle, avec des libertés dans le déroulement du scénario. C’est du jeu de rôle. L’auteur le vend comme ça d’ailleurs. Et moi aussi, par la même occasion. Il y aura toujours quelqu’un pour venir crier à l’hérésie, mais ce n’est pas le premier ni le dernier jeu à subir ça.

C’est un peu comme le métal. Il y a le genre global, et ça se sépare en pleins de sous-catégories, qui peuvent plaire ou pas, mais qui restent quand même du métal. Après, la guerre des clochers, ça me fatigue. Bientôt, chaque JdR va avoir sa propre niche. Ce serait dommage. Pour ma part, il y a pleins de jeux qui ne correspondent pas à ma façon de jouer. Bah, je ne les embête pas. Je les laisse vivre leur vie. C’est cool qu’il y ait de la diversité ! Tu sais, je considère Château Aventure comme un JdR, moi. Voire même les Loups Garous de Thiercelieux. Je préfère l’ouverture à l’exclusion.

Et puis, je ne considère pas faire de la tromperie vu que je précise d’emblée que c’est sans meneur et sans préparation. D’ailleurs, petite correction : il y a un scénario ! Il tient surtout en un pitch de lancement, mais il y en a un. Et il définit même clairement l’objectif de la partie (sauver truc, aller à machin, trouver bidule). Et puis, concernant le « sans meneur », c’est un peu faux. En fait, il faudrait presque dire que c’est un jeu avec « tout le monde meneur », mais pas en même temps.

2. Mouais, admettons. Donc, c’est comme Fiasco, en fait. Pas de chance : j’ai déjà.

Hé, moi aussi je l’ai, Fiasco ! Après, on est des joueurs de JdR, alors on accumule pleins de trucs, non ?
Bon, j’avoue m’être aussi posé la question au début. Mais même si un aperçu rapide des jeux peut amener à penser qu’il s’agit de jeux similaires (système très léger, création de scènes à tour de rôle, divers cadres présentant l’univers et les personnages, sans préparation …), les deux jeux proposent des ambiances très différentes. Fiasco propose de faire monter la sauce pour que tout s’écroule ensuite. Un Fiasco. Avec Burn After Reading, Fargo comme inspiration. Protocol propose de jouer des histoires dramatiques, intimistes. Cela peut aussi mal se terminer, mais le ton n’est pas le même.

Il n’y a pas cette escalade que l’on retrouve dans Fiasco, avec l’Embrouille. Et le jeu est plus cadré que Fiasco. Je pense même qu’il est plus facile à appréhender. On ne doit pas sortir une scène de son chapeau, on est aidé : le type de la scène, son propos et le lieu où elle se déroule sont définis par un tirage de carte, quand dans Fiasco tout reste à créer par les joueurs.

Les ambiances des cadres sont également très différentes. Dans Fiasco, un cadre propose un décor, mais laisse l’histoire, le scénario et le déroulement dans les mains des joueurs. Dans Protocol, le cadre pose déjà le scénario et les objectifs des personnages. Le déroulement reste à définir, mais c’est bien plus cadré.

3. Tu te lances dans la traduction en VF de tous les titres de la gamme : c’est du gros boulot. Qu’est-ce qui t’a passionné en fait dans cette série Protocol au départ ?

Alors, déjà, je ne vais pas traduire toute la gamme. Un parce que j’ai d’autres projets et que mon temps n’est pas encore extensible à l’infini. Deux parce que tous les Protocol ne m’attirent pas, et que je travaille aussi au coup de cœur. Et trois parce que je ne suis pas sûr qu’il y ait un marché et une envie pour 50 jeux Protocol en français.

Concernant Protocol, je l’avais sur mon radar depuis quelques temps. Parce que je m’intéresse aux jeux sans préparation, pour des one-shots. Mais j’avais du mal à trouver des informations sur le contenu, sur le déroulement. Quand j’ai écrit mon jeu « Les Experts », j’ai cherché quels autres jeux sans meneur (ou à meneur tournant) existaient dans le genre « Enquête criminelle ». Et je suis retombé sur « The Calendar Man ». Que j’ai acheté, lu, apprécié.

Ce que j’aime dans Protocol, et je l’ai déjà indiqué avant, c’est que le jeu cadre les scènes qui vont être racontées. Les différents types de scènes correspondent à une vision cinématographique / télévisuelle, et ce sont des codes auxquels j’accroche. Les Vignettes correspondent à des scènes san dialogue, d’exposition. Les Interludes permettent d’explorer la relation qui unit deux personnages, et uniquement eux. Les Interrogatoires permettent de poser des questions sur l’intrigue et l’univers à un personnage. En l’interrogeant via un autre personnage, mais pas que (confession, introspection, journal intime …). Enfin, les Ensembles permettent de réunir le cast pour une scène de réunion. C’est bien pensé, et c’est pratique à utiliser dans d’autres jeux (Fiasco, par exemple, mais je commence à utiliser les Vignettes dans d’autres jeux plus classiques).

Ce que j’aime aussi, en tant que grand enthousiaste de Fiasco, c’est la variété des cadres. Et ils sont vraiment différents de ce que j’ai pu être amené à jouer dans Fiasco. Il y a des histoires fortes que j’ai envie de vivre à ma table, et qui sortent un peu de ce que l’on peut proposer en JdR classique.

Enfin, le jeu est court. En 10 pages, le système est posé. Après, 5 pages permettent de définir le cadre. C’est pour ça que je peux en proposer plusieurs. Il y a du copier-coller, pour que chaque jeu soit indépendant, mais la majeure partie des règles est commune. Comme dans Fiasco, une fois qu’on connaît le jeu, on peut piocher un cadre et se lancer facilement.

Au début, j’ai traduit Protocol pour ma gueule. Parce que je voulais y jouer. C’est comme ça que je vois les traductions que je propose. Et puis vu que j’avais fait la mise en page, j’ai contacté Jim Pinto, l’auteur, et lui ai demandé s’il était OK pour une diffusion. Il prend un pourcentage sur chaque vente, et je peux les diffuser en français. L’objectif est de me faire plaisir, de diffuser le jeu, de faire découvrir une nouvelle façon de jouer.

4. Il y a déjà quatre titres de disponibles. Certes, c’est vendu à vil prix mais j’ai un budget vraiment très restreint. Tu me conseilles lequel ?

Tu veux jouer quoi, déjà ? Y a un cadre qui te tente direct plus que les autres ? Parce que c’est le meilleur moyen de choisir.

Pour ces quatre premiers Protocol, j’ai essayé de prendre des classiques, parmi les premiers Protocol à être parus : Le Retour et Joan of Arc. J’ai rajouté L’Épouvantail parce que le thème me botte (Enfance, Superstition et Amérique rurale). Et puis Cinq Épées Brisées était une bonne façon d’inclure du dungeon-like (des aventuriers, une quête, des donjons …) dans le lot.

Si tu ne jures que par le médiéval fantastique, prends Cinq Épées Brisées, tu seras en terrain conquis.

Si tu veux taper dans le drame, dans le dur, avec un scénario pas forcément glop, Le Retour et L’Épouvantail sont de bons choix. À toi de choisir si tu veux jouer des soldats sur le chemin du retour ou des enfants confrontés à une superstition dangereuse ?

Si tu veux quelque chose de plus léger et facilement rejouable, Joan of Arc permet de jouer avec différents types d’univers : Hard-SF, contemporain (remplacez le Joan of Arc par l’ISS), Pulp, Space Opera … Et on peut la jouer en mode Mission Impossible / Armageddon avec beaucoup d’action.

Si vraiment tu ne sais toujours pas, prends Le Retour. C’est le premier Protocol, il n’a pas de règles spéciales, et l’ambiance proposée est originale.

5. Tu proposes donc déjà quatre titres. Il y en a d’autres derrière ou c’est complet là ?

Il y a un cinquième qui va bientôt arriver : Le Tueur du Calendrier (The Calendar Man). Les joueurs vont incarner des journalistes et des enquêteurs lors d’une affaire de tueur en série. Ambiance pluvieuse, Se7en, The Killing, Zodiac, des lieux sordides, des victimes, et une résolution qui n’aura lieu que dans le final. Le but n’étant pas de résoudre l’affaire, mais de voir son impact, de la faire évoluer. Comme dans un bon roman du genre.

La collection aura alors cinq titres, et je ferai une pause. Pour voir les retours, réfléchir à améliorer le format (PS: toute amélioration sera répercutée sur les anciens, ce sera mis à jour !), peut-être proposer plus d’explications si des points d’interrogation reviennent. J’ai commencé à établir une liste des jeux qui m’intéressent, en essayant de conserver une belle variété dans les thèmes et les univers. J’accepte les demandes concernant certains des jeux, et on m’a déjà proposé des cadres que je n’avais pas gardés au premier abord.

Je compte proposer les jeux par vague de 5, et faire des bundles avec une petite réduction. Les proposer sur DriveThruRPG me permet de tester les fonctionnalités du site, qui sont nombreuses. C’est aussi une expérimentation de mon côté. Si je vois que ça n’intéresse personne, j’arrêterai ou alors je mettrai à dispo au compte-gouttes, quand j’en traduirai pour moi.

http://www.drivethrurpg.com/browse/pub/11561/Gulix

2 pensées sur “Gulix, chef du Protocol

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *