Fabien Fernandez : nouveau départ

C’est la période du mercato, paraît-il. Dans les rangs des effectifs du jdr francophone, Fabien Fernandez fait partie des valeurs sûres : auteur, éditeur, illustrateur… vous pouvez le mettre à tous les postes. En plus, il est expérimenté. Ce n’est donc pas surprenant de le voir quitter le petit club de CDS (de toute façon relégué) pour rejoindre une plus grosse écurie. Faisons le point avec le joueur… euh… l’auteur.

CDS Editions, c’est fini. Tu en étais à l’origine et un membre actif (Project : Pélican, Islendigar). Tu peux nous en dire plus sur la fin de cette aventure éditoriale ?

En fait c’est simple, comme beaucoup de cadre associatif, on commence à plein, on finit à deux. En l’occurrence nous avons mené la barque avec ma femme, Charlotte (Bousquet). Nous avons fait de beaux projets, rencontré de belles personnes (et quelques gros nases aussi mais on préfère les oublier). Et puis la vie nous conduit a faire plein de choses très variées. Charlotte publie de plus en plus de romans, et moi je tsuis très chronophagé par mes diverses casquettes (cf. à la fin de l’interview pour le détail). Donc, plutôt que de faire les choses à moitié et que l’on sorte des livres avec des erreurs, ratés, trucmuches pas bien,on préfère arrêter. C’est aussi simple que ça. C’est donc une fin avec le sourire, et non pas à cause d’obligation, désespoir de mauvaises ventes ou autre. Et je dois ajouter une chose importante : sur tous les livres CDS, notre plus beau succès commercial, c’est Achéron. Une maison d’édition qui tient le cap grâce au jdr, oui mossieur !

J’ai finement remarqué que Islendigar publié chez CDS était désormais disponible sur la boutique en ligne des XII Singes. Boutique qui ne vend que des titres des XII Singes. CQFD ?

ff C’est vrai ! On peut donc en déduire que ces stocks leur appartiennent. On peut même imaginer que lorsque le dernier livre du stock aura disparu on pourrait parler d’une v2 : autre format, suppléments promis, truc du genre. On pourrait, mais de là à savoir si c’est la réalité, il vaut mieux poser la question aux Singes. Après c’est leur boutique, non ?

Bon, à part ça, il se dit que tu aurais un projet jdr très avancé à paraître chez Le Matagot. Allez, dis-nous tout !

C’est vrai ! Décidément, le Fix vous avez des espions partout. Ça s’appelle D-Start. C’est un jeu de rôles en coffret contenant une dizaine de livrets. Le premier, ce sont des règles en moins de 10 pages : système light pour jeu immédiat. D-Start propose une initiation au jeu de rôles avec des parties ne dépassant pas 1h30. Pour ce faire, la mécanique de jeu est liée au temps qui passe. Plus les aiguilles tournent, plus les PJ ont de dés spéciaux. Ces dés représentent le stress. Ils en acquièrent en situations intenses et toutes les demi-heures. Chaque fois qu’ils sont lancés, leurs résultats comptent double : aussi bien en succès qu’en échec. Cela crée des situations explosives, catastrophiques ou épiques.

Ce système de jeu, notamment testé au salon du livre de la jeunesse de Montreuil il y a deux ans, s’embarque sur des livrets de scénarios/univers avec des prétirés. Chaque histoire connote un univers fort, une référence culturelle dans laquelle on cerne tout de suite le cadre : école pour jeunes magiciens, mission de rebelles dans l’espace, cadets des mousquetaires, jeux mortels dystopiques opposants des ados, etc. Le petit plus est de changer d’univers à chaque fois et de mettre un encadré final pour souligner les inspirations, notamment littéraires. Tout ceci sort prochainement vu que les textes sont terminés et les illustrations en cours

Hum. Les jeux d’initiation n’ont pas toujours bonne presse chez les rôlistes qui les jugent souvent inutiles. Qu’est-ce qui te fait penser que ce projet peut réussir dans ce domaine difficile ?

Le fait que ça ne soit pas destiné aux rôlistes. Ils pourront faire leur râliste cependant, vu que D-Start s’adresse principalement à des adolescents qui veulent découvrir notre passion, ils n’auront plus qu’à bougonner dans leur coin et voir (je l’espère) débarquer de nouveaux joueurs à leurs tables. De plus, on s’appuie sur des univers à inspirations très connotées. Pas besoin d’expliquer un univers pendant trois heures avant de commencer. Au pire, les rôlistes pourront réutiliser le système de jeu s’il leur plaît.

Parmi tes multiples talents, tu es aussi illustrateur et directeur artistique. Qu’est-ce qu’on peut attendre au niveau formel de ce futur jeu ?

Des illustrations super-sympas, mais pas du tout réalisées par mes petites mains. Je prends de plus en plus de plaisir à monter des projets pour qu’ils soient interprétés visuellement par d’autres. C’est pour ça que j’ai notamment des projets BD en cours. Donc les illustrations du jeu seront faites par le talentueux Radja Sauperamaniane ! Il possède un trait qui correspond tout à fait au jeu. Je le coache pour donner un regard extérieur afin d’avoir une bonne unité graphique ajuster éventuellement l’âge des prétirés, mais sinon c’est le boss Matagot qui gère ça.

Chez Le Matagot, il y a deux écoles question jdr : Te Deum pour un massacre et sa gamme anémique ou Metal Adventures et sa gamme pléthorique. Alors ? Ce sera plutôt quelle voie pour ton jeu ?

Ça dépend surtout du succès du jeu. S’il est bien accueilli, j’espère pouvoir produire de nouveaux livrets/univers pour proposer encore d’autres choses à des nouveaux joueurs. Il y a tellement de belles choses dont on peut s’inspirer…

Comme d’autres auteurs de jdr, tu es aussi romancier avec notamment un titre jeunesse à paraître très prochainement chez Oskar, Cœur sauvage. Quel lien fais-tu entre ces deux activités ?

Décidément vous savez tout, ou presque. Toutes mes activités créatrices tournent autour de : créer et raconter des histoires différemment, partager des univers, des moments, des émotions…. Et sinon, en dehors de Cœur sauvage qui sort en août prochain, j’ai un autre roman qui sortira chez le même éditeur l’année prochaine… sur les enfants soldats. Il a pour le moment comme titre : L’enfant mitrailleuse. Le lien direct est pour moi que j’écris depuis longtemps maintenant du jdr, ça m’a servi à respecter des délais, imaginer des univers cohérents, décortiquer les mécaniques scénaristiques, bref me faire l a main pour ensuite me lancer sereinement dans les nouvelles et les romans. Le jdr a entretenu ma créativité et m’a professionnalisé. Après il a fallu encore pas mal de travail, car ce n’est pas le même exercice ou la même manière d’écrire, mais là j’ai eu la chance d’être bien entouré.

Plus concrètement, on sait que tu as dirigé Dimension Necropolice chez Rivière Blanche. Que penses-tu des univers de jdr partiellement développés sous forme de nouvelles et de romans ?

Quand c’est bien fait, c’est super. J’aime lire des enrichissements d’univers plaisant, voire réutiliser certains détails en partie. J’ai un faible pour le storytelling transmédia, donc tout ajout intelligent à un monde existant est forcément palpitant. C’est comme pour Star Wars, certes il y a des ratés (notamment dans les épisodes I, II et III) mais il y a des perles rares. Et je ne parle forcément de roman, mais par exemple d’animation avec le Star Wars Rebels. Inversement, s’inspirer d’un roman pour en faire un jdr (en s’affranchissant des héros à rencontrer ou qui définissent des timelines ou verrouillent tout), ça peut aussi être très plaisant. Mais il faut que les joueurs soient les véritables héros de l’histoire, pas qu’ils passent dans l’ombre du héros/héroïne de l’histoire d’origine.

Bon, nous disons donc : un roman, des illus, un nouveau jdr… c’est moi, tout ça ! J’espère que tu as d’autres projets en cours, quand même !?

Une flopée ! Attention, préparez-vous ça va être un véritable capharnaüm dans trois secondes ! En BD, j’ai par exemple trois projets. L’un est dans le tiroir, en attendant le bon dessinateur (roman graphique dans le monde réel sans magie). Le second est dans un cadre viking avec Gabriel Pardon au crayon. Un roman graphique que l’on espère en noir et blanc et approchant des 100 pages. À l’heure où je vous parle nous préparons doucement notre dossier pour démarcher les éditeurs. Le dernier, avec Sandra Violeau : un autre style tout aussi génial pour une bd de fantasy ado. La semaine prochaine, je me lance dans un nouveau roman : un truc rock’n’roll contre le racisme.

Côté roman, je viens d’en boucler un pour adolescent avec de l’aventure, des pirates et de la magie. Mes bêta lecteurs sont dans l’ultime relecture avant que je corrige trois trucs et envoie ça aux éditeurs. J’ai deux nouvelles à sortir dans l’anthologie Dimension Moyen Âge, et Dimension New-York, encore un truc avec des Vikings et du polar pour la seconde ; une autre nouvelle (La nuit du poète, Dimensions Antiquité) nominée au Prix Rosny aîné. Allez voter, il y a un grand choix de textes et ce sont les lecteurs qui choisissent : www.noosfere.org/rosny.

Niveau jdr, j’en ai un en co-écriture avec Nicolas Henry (mais si, le type d’Achéron et Wu Lin !). On en est au début. Je pourrais balancer Nicolas et dire qu’il n’avance pas assez vite, mais il paraît qu’il travaille un peu à côté… À part ça, j’ai un projet top secret de jdr avec… et…., …, sur… J’ai aussi un jeu d’espions dont je viens de boucler la base, tout le système de jeu et dont il faut que j’écrive un peu plus de background pour pouvoir l’amener sous le nez d’un éditeur. J’ai débuté un autre jdr qui aura au moins un pied en fantasy et l’autre dans la renaissance. J’ai aussi un projet secret d’adaptation de licence en jdr avec… sur… On attend le feu vert officiel pour se lancer. Ah, on a aussi initié un nouveau supplément pour Necropolice. On visitera quelques points dans le monde… Je suis content (en plus de la team d’origine Charlotte Bousquet, Sandy Julien et Benoit Attinost) d’avoir embarqué Guylène Le Mignot dans cette histoire. Sinon j’ai un Pelican qui devrait se la jouer Phénix aussi, mais pour le moment, seule la phase de réécriture est faite. En dehors de ça, je suis toujours prêt à dégainer mon blaster pour écrire des scénar’ Star Wars, et je remplis aussi ma Toys box. Ce dernier bidule est une tocade. Suite à ma participation à un concours de jdr en 200 mots, j’ai décidé de faire un recueil de microjeux. Juste comme ça, sorte de fourre-tout pouvant servir d’idées à développer, d’univers à jouer tels quels, de conceptions farfelues, mécaniques de jeu expérimentales… je ne sais pas sous quelle forme ça sortira au final, mais je tente de le faire en mode bilingue.

Niveau illustrations, c’est plus calme en ce moment. Nous sommes au mois de juin et je me contente d’images plus personnelles, et d’une couverture en commande pour les éditions du Riez. Là où Akae vient de nous pondre une couverture avec un bateau. Ah, et je viens de boucler la fresque du festival Les Imaginales. Quatre jours de peinture avec une super équipe : Akae, Sandra Violeau et Diane Özdamar.

Sinon, à part faire les carreaux, la vaisselle et laver par terre, j’ai aussi du Pop up sous le coude. Des projets plus mainstream/tout public dans le tiroir et des séries lovecraftiennes sur le bureau. J’ai pondu un Cthulu et un Nyarlathotep. Tirages limités à 20 ex, tout à la main (coupe et peinture) que je vends. Une fois que j’aurai fait une dizaine de bêbêtes du Mythe, ma santé mentale aura assez chuté pour trouver un éditeur courageux et publier un livre animé rassemblant le tout.

Voilà, je crois que c’est presque tout, je vous laisse le soin d’aller fouille le Net pour le name droping et différents trucs.

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