Une allocution de L. Jospin

Alors, c’est vrai que, selon un article de 1986 de Jeux & Stratégie, l’ancien premier ministre Lionel Jospin aurait à l’occasion joué à D&D avec ses enfants. Mais vous n’y êtes pas du tout. Là, nous avons donné la parole à Laurent Jospin, auteur et illustrateur d’un nouveau JdR : Oreinidia. Cet étonnant projet personnel vient tout juste de passer à l’étape du foulancement sur Ulule. Ça valait bien un peu d’explications.

1. Oreinidia, c’est chelou comme nom. J’ai tout de suite pensé à un jeu sur les Oréo, j’ai bon ?

Le monde serait donc un Oréo géant sur le dos de quatre éléphants eux même sur le dos d’une tortue ? C’est séduisant, mais ce n’est pas le cas pour Oreinidia !

Je me rappelle avoir passé quand même un peu de temps à tester différents noms. Oreinidia a été obtenus par déformation progressive de Onirique. Le cheminement exact s’est perdus avec mes souvenirs mais ça devait ressembler à:

Tenter sottement d’inverser le n et le r: Orinique (ricanements dans le fond)
Urgemment remplacer le suffixe -que par -dia: Orinidia
Ajouter un e comme touche finale: Oreinidia.

La prononciation juste est Or . é . i . ni . dia. À la base il y avait un tréma sur le i, mais pour d’obscures raisons historiques (le responsable d’un des premiers events où le nom est apparus officiellement l’a mal recopié sur le site) il a disparu par la suite.

2. Pour le moment, ce qu’on voit de ton projet, c’est plein de chouettes illus, un clip et même une bande son. C’est toi qui fait tout ça avec tes dix doigts ?

Non, pas seulement avec mes dix doigts, j’utilise aussi assez fréquemment mes yeux, mes bras, mon ordi et même parfois mon cerveau !

Plus sérieusement oui, je suis un touche à tout maladif et donc gère beaucoup d’aspects du projet, dont l’illustration et la composition de quelques morceaux qui forment une « bande originale » mais aussi la mise en page et la rédaction.

Il y a quand même une équipe un peu plus large derrière, dont des bêta testeurs et des relecteurs (Je précise que je ne suis pas Schizophrène).

3. La direction artistique évoque pas mal les albums pour enfants. C’est un jeu à destination des jeunes ou pas du tout ?

L’explication courte c’est que Oreinidia est un jeu de rôle pour rôliste confirmé mais dans un monde de livre pour enfant…

Vous avez pas suivis ? Très bien, j’élabore !

Il est vrai que l’univers graphique est très inspiré de ceux des livres pour enfants, je pense notamment aux Passiflores de Loïc Jouannigot dont l’un des livres, « La leçon de peinture », a été mon premier vrai cour de dessin. Mais on peut aussi citer l’univers des Contes du joli bois (par Tony Wolf), qui m’a beaucoup inspiré étant plus jeune. Oreinidia tient aussi un héritage de la saison 1 de Toad Patroll, que j’avais suivie à l’époque.

Néanmoins il ne faut pas croire que ces univers de fantasy animalière soient réservés aux livres pour enfants, il existe aussi de très bons ouvrages pour les « grands » voir même parfois des livres/bd/j’en-passe franchement pour adulte qui ont ce genre d’univers. Je cite en vrac Le vent dans les saules (Kenneth Grahame), Donjon (Lewis Trondheim), Narnia (Clive Staples Lewis) et Les légendes de la Garde (David Petersen, qui dispose d’ailleurs d’une très bonne adaptation en JdR). Il y en a encore d’autre.

Et les univers fantasy n’ont pas le monopole des animaux anthropomorphes, j’aimerai encore citer ici les BD Picsou de Don-Rosa et la série Blacksad de Diaz Canales et Guarnido (elle aussi adaptée en JdR).

J’ai lu ces ouvrages et tous ont contribué d’une manière ou d’une autre à la construction de l’univers d’Oreinidia, et il n’y a pas que des livres pour enfants. Nous avons donc un univers riche, remplis de mystères et de défis qui saura ravir les rôlistes confirmés, surtout ceux qui ont apprécié l’un des ouvrages cité au-dessus.

Mais que ceux qui attendaient un univers pour jouer en famille se rassurent, ce monde est aussi « enfant – friendly ». Dans le sens qu’il permet assez simplement de mettre en place des scénarios simples qui cette fois seront semblables à ceux des livres pour enfants.

4. En tout cas, voilà enfin un jeu où on peut jouer un panda roux ou un lapin. Kawaiiii ! Cela apporte quoi, selon toi, les « furries » dans un univers de jeu ?

Une esthétique de prime abord, mais c’est bateau de répondre cela. Alors venons-en au cœur du problème. Vous avez remarqué que dans ces fameux « livres pour enfants » il est courant de voir carnivore et herbivores vivre ensemble ? Cette approche, trop bisounours, ne me convenait pas !

Il y a ensuite une approche plus « naturelle » dirons-nous. Je pense à celle des Légendes de la Garde, où les différentes espèces de proies et prédateurs sont le plus souvent en conflit ouvert. Le résultat aurait été un JdR essentiellement axé sur ces conflits, hors cela existe déjà, le JdR des Légendes de la Garde justement, et ce n’est pas ce que je voulais rendre.

Il existe encore des approches in-between telle que celle de la BD Yakari ou du webcomic Sandra&Woo qui se résument en général à « J’attaque les individus de mes espèces proies sauf si c’est mes amis ». Les playtests ont montré que cela pouvait induire des complications en cours de partie (oui, vraiment).

Aucune des approches ne semblait satisfaisante, j’ai donc choisis une approche que je qualifierais d’hybride. En partant de la légende amérindienne des wendigos, j’ai dit que les êtres conscients de cet univers qui en mangeraient d’autres (y compris d’espèces différentes) se transformeraient en monstres ! Il y a bien sûr des wendigos, mais aussi des ogres et tout un tas d’autres joyeusetés que vous pourrez découvrir dans les ouvrages de la gamme et, si vous avez de la malchance, croiser in-game !

Et les carnivores me direz-vous ? Parce que certes, cela résout le problème des canards (https://www.neogaf.com/threads/is-donald-duck-a-cannibal.1235567/) mais mon perso chat/chien/tigre de Tasmanie il fait comment pour ne pas mourir de faim ? Quelle chance, on y a pensé, il existe dans ce monde des animaux qui ne sont pas des « furries » (pas des êtres conscients dans le jargon) que vos carnivores pourront chasser en toute quiétude d’âme.

Donc, pour revenir à la question initiale, les « furries » apportent au jeu une chouette problématique et un paquet d’ennemis intéressants et porteur d’accroches dramatiques (qu’allez-vous faire quand vos fils/fille/femme/maris/parents/amis deviendront cannibales ?) !

Non, c’était pas ça qu’il fallait répondre ? Bon, ok, ça permet aussi de draguer les geekettes fans de tout ce qui est kawai et fluffy, j’avoue !

5. « Voyageurs », « marchant sur les traces des héros précédents », « secrets magiques oubliés qui dorment en attendant d’être réveillés », etc. : en lisant le pitch, j’ai pensé à Rêve de Dragon. J’ai eu tort ?

Je sais pas, j’ai jamais testé Rêve de Dragon, je suis sans doute trop jeune (ou j’ai simplement pas encore eu l’occasion de me pencher sur ce jeu).

Je pense que les éléments qui ont inspirés ces secrets magiques oubliés et ces héros précédents doivent plutôt être cherchés du côté du Silmarillion (de Tolkien Père et Fils) et de certains webcomics. Je citerai surtout Blindsprings (http://www.blindsprings.com/comic/blindsprings-cover-book-one) et aussi un peu Gunnerkrigg Court (https://www.gunnerkrigg.com/?p=1)

Oreinidia n’est pas forcément un jeu à secret, mais l’historique de l’univers a été rédigé avec beaucoup de détails. Qui plus est il y a une particularité. Cet historique ne sera pas présenté de manière détaillée dans le livre de base où dans un livre du maître. Il sera présenté sous forme de contes et de légendes, que les MJ pourront utiliser comme sources d’inspiration pour rédiger leurs scénarios.

Je trouve que cette approche donne plus de libertés, et permet aux MJ qui ne voudraient pas suivre le fil officiel de la campagne (à venir) d’avoir plus de liberté et aux joueurs qui auraient lu ces légendes de ne pas être spoilé (de toute manière les gens les racontent dans l’univers du jeu, donc les joueurs ont le droit de savoir).

Et comme l’ombre des ombres d’Esteren et leur fameux livre des secrets plane encore sur nous précisons le : il y aura plusieurs livrets de contes mais le premier sortira en même temps que le livre de base !

6. En revanche, je n’ai rien trouvé sur les règles. Tu peux nous en dire plus ?

Le système de jeu est traits simples ! Oui, oui, il n’y a pas d’erreur, il s’agit du système traits simples. C’est un dérivé ultra-léger du système Fu qui se base sur les axiomes suivants:

– Les personnages sont entièrement décrits par des traits.
– Les traits sont une description suivie d’un niveau.
– Seuls les joueurs devraient lancer les dés, toute l’opposition est figurée par des défis.
– Chaque défi explicite les jets à réussir, et les conditions pour réaliser ces jets.

En pratique c’est un peu plus compliqué, mais cela donne un système pratique, proche des grands classiques mais extrêmement simple à gérer (une fois qu’on a l’habitude, la création de perso se fait en moins de 5 minutes par exemple).

Quand je disais que le jeu est « enfant – friendly », cela comprend le système ! Mais attention, « enfant – friendly » ne veut pas dire inintéressant. Au contraire, les joueurs expérimentés trouveront dans le système traits simples un bon moyen de lancer rapidement des partie et de ne pas se prendre la tête tout en conservant l’expérience de jeu à laquelle ils sont habituée.

Et comme il semblerait que ce soit capital précisons le, le jeu utilise des d10 !

7. Tu fais le choix audacieux de passer directement au foulancement. Tu n’aimes pas les éditeurs ?

J’aime beaucoup les éditeurs, je n’exclus pas que si l’un d’entre eux me fait une proposition intéressante je l’accepte, mais comme je sais à peu près m’auto-éditer je ne vois pas le besoin de laisser quelqu’un d’autre prendre des décisions sur le système de jeu, l’univers ou la couleur des illustrations.

Qui plus est l’auto-édition permet d’envisager la publication de projets qui sont trop petits ou pas assez rentables pour des éditeurs classiques. De plus, l’objectif initial (3500 CHF, environs 3200 euros) est relativement bas comparé à d’autres projets du même genre, tout simplement parce que je calcule qu’au final mon budget doit-être simplement à 0, ce qui ne serait pas forcément le cas avec un éditeur classique.

Je n’exclus pas néanmoins gagner de l’argent, comme vous le verrez les paliers de financement vont bien au delà de l’objectif initial.

https://fr.ulule.com/oreinidia/

4 pensées sur “Une allocution de L. Jospin

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