Ceux qui s’en privent ont Torg

OK, je vous laisse deux minutes reprendre votre souffle après la profondeur escherienne de ce titre.

(…)

Ça va ? OK, alors, parlons un peu de ce TORG actuellement foulancé par BBE dans un format original : le foulancement éclair d’une semaine. En même temps, c’est un jeu sous licence de l’éditeur allemand Ulisses Spiel. Les Allemands, les opérations éclair, tout ça… ça se tient.

Soyons honnête : pour avoir déjà joué à Torg, dont une première version française est sortie chez Jeux Descartes en 1990, il faut être vieux. Je le suis. Donc, oui, j’ai déjà joué un Chevalier des Tempêtes luttant contre les sbires de la Cyberpapauté en jouant une carte « tournoyer autour de ses ennemis » pendant que mon acolyte jouait une carte « sarcasmes » pour les rendre fous. (soupir) Et, du coup, si j’avais du miser sur un retour en grâce de ce jeu 30 ans plus tard et, bien, je n’aurais pas risqué ma chemise.

Il faut dire que l’accueil du jeu avait été modeste. Oh, bien sûr, pas un fiasco non plus. Les moyens déployés à l’époque avaient été tels qu’il était difficile de ne pas se laisser séduire par une gamme étoffée, une boîte de base bien fournie, des campagnes de pub pleines page dans la presse de l’époque, etc. Descartes a quand même sorti pas moins de 10 suppléments et réimprimé le livre de base en 1993. Ce n’est pas rien.

Mais, pour tout dire, le jeu avait un côté tellement marketé au petit poil que je ne me souviens pas avoir jamais rencontré un fan du jeu. J’y ai joué. On y a joué. Ils y ont joué. Mais un peu comme on va au MacDo. Par habitude. Parce que tout le monde y va. Pas parce qu’on trouve ça bon.

Le jeu a été créé par West End Games, une compagnie plutôt branchée wargames et jeux de plateau mais qui venait alors de rencontrer un succès étincelant avec son fameux Star Wars (D6). Du coup, leurs créatifs s’étaient mis à cogiter sur un nouveau jeu de rôle dont l’inspiration était tellement… euh… absente qu’ils l’appelèrent : The Other Roleplaying Game. Ouaip. « L’autre truc qu’on doit sortir après Star Wars ». Ah ouais, quand même.

Le concept est simple : on va mettre tous les univers de JdR en un seul et hop, on va en vendre des caisses. Le cyber est à la mode ? Paf, la Cyberpapauté. Vous voulez des super-héros ? Il y en a plein. Où ça ? Bah, euh, pourquoi pas en Égypte ?  Et les dinosaures, c’est cool, les dinosaures, non ? Allez, on en colle en Amérique. Et ainsi de suite jusqu’à avoir du steampunk, du pulp, des chevaliers de la Table Ronde, des vampires, etc. Bien sûr, il y a un vague machin méta autour pour expliquer que ce sont des créatures surpuissantes qui ont envahi la Terre et en remodèlent la réalité à leur pogne selon l’endroit où elles se sont installés mais personne n’est dupe, pas vrai ? Le jeu a une saveur préfabriquée très différente de, mettons, un Rifts qui possède le même côté foutraque mais qui sembla avoir été conçu à grands renforts de « eh, et si on mettait des robtots-chiens intelligents, qu’est-ce qu’on s’en fout !? » bien plus sympathique.

Du coup, double combo, salto arrière, rétablissement : pour un MJ de Torg, il faut acheter un sourcebook pour chacune de ces enclaves avec les règles spéciales qui vont bien. Une gamme assez énorme qui a sans doute eu pour effet de décourager les nouveaux entrants et qui explique en partie le désamour rencontré par le jeu après la hype du début des années 1990.  Des rééditions ont été annoncées à deux reprises mais jamais abouties. Finalement, la licence est rachetée par Ulisses Spiel qui fait aboutir ce projet dans l’édition Eternity, foulancée à plus de 350 000 $ (!!) en 2017. Comme quoi…

C’est cette édition que BBE nous propose aujourd’hui. Là aussi, le succès est au rendez-vous avec plus de 400 % de l’objectif alors que le foulancement est à peine commencé (mais bientôt fini aussi : relisez le début de cette news). Nostalgie des années 90 ou bien vrai reboot réussi ? A voir.

Le CF propose donc bien sûr un livre de base, finalement assez ramassé (280 pages) compte tenu de la largeur de champ de l’univers. Si je vous dis qu’il existe aussi une version collector avec une couverture toute noire, vous me croyez ou bien ?

Pas plus surprenant, on retrouve l’inévitable écran du MJ (3 volets) à l’illustration… euh… heureusement provisoire. Il s’accompagne d’un paquet de 16 fiches tirées à part pour choisir son archétype : une bonne idée. En option, vous avez aussi un bloc de feuilles de perso. Wow : old school ^^

Et puis, venons en au fait. Ce qui justifie la pratique du foulancement pour un jeu si connu soutenu par un éditeur si installé, c’est bien sûr que Torg possède une originalité et, vous l’avez compris, ce n’est pas dans son univers de jeu. C’est donc dans son système et c’est l’utilisation de cartes en cours de jeu. Ah, bien sûr, ce n’est pas neuf désormais mais, en 1990, c’était drôlement audacieux et on pouvait sans doute voir là l’influence des jeux de plateau dont WEG avait fait sa spécialité.

Du coup, pour jouer, il vous faut obligatoirement la boîte de 180 cartes également financée dans ce CF. Si le moteur de jeu de Torg est relativement simple et classique (« jette-moi ce D20 et fais beaucoup ! »), il est largement enrichi par ces cartes parmi lesquelles on retrouve les Cartes d’Action qui déclenchent des événements spéciaux lors des rencontres, des poursuites et des tâches importantes (comme dans de nombreux jeux de plateau, en fait) et, surtout, les Cartes de Destin qui permettent aux héros de modifier la réalité et d’accomplir des exploits. Une vraie innovation audacieusement narrativiste à l’époque.

A cette base indispensable, vous pouvez ajouter toutes sortes d’options et de goodies comme une boîte de rangement, une carte du monde, des dés spéciaux, une BO (et oui !) et, surtout, le recueil Jour Un, une compilation de 7 scénarios en 144 pages.

Attention, si vous voulez participer, il ne reste qu’une poignée de jours.

https://www.gameontabletop.com/cf282/torg-eternity.html?fbclid=IwAR3Qcazs0lCoQtGeiCZVLWI7hpQ8UQ5Xz3idAMjnPG7G2opFgdlOX99Ol3E#item-updates-4257

3 pensées sur “Ceux qui s’en privent ont Torg

  • 5 décembre 2019 à 13:21
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    Et hop une nouvelle licence chez BBE et pas des moindre. Déjà il faut débourser près de 100 euros pour le livre de base, l’écran et le paquet de cartes plus les cadeaux débloqués ce qui n’ai pas rien. Et quand on sait qu’il devrait y avoir au moins un supplément par régions envahies plus les campagnes/scénarios et surement quelques livres de matériels et autres il faudra un MJ bien aise et patient pour s’offrir la gamme. Il faut déjà espérer que BBE sorte le livre de base à la période indiquée (été 2020). En espérant que d’ici là les foulancements en retard arrivent avant !
    Même si le principe du jeu tiens la route ce n’est qu’une manière de proposer différentes périodes en un seul endroit. Et le système de cartes pour aider à faire du roleplay je n’ai jamais vraiment apprécié. Le jeu de rôle c’est avant tout l’imagination du joueur et pas un système qui joue à ta place.

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  • 6 décembre 2019 à 23:09
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    La Cyberpapauté, Aysle et l’Empire du Nil sont de retour ? Déjà à l’époque, la suspension de crédulité était durablement entamée avec ces décors improbables. Je suis curieux de savoir comment ces contextes vont être remis au goût du jour, qui a pris quasiment 30 ans depuis et beaucoup de nouvelles exigences quand on voit la production rololudique actuelle.

    Espérons que le concept de Guerre des Réalités sera désormais amené de façon plus subtile, tordue, réfléchie… Plus mature quoi. On est en droit de l’attendre avec ces 30 ans passés…

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