Dishonored, vainqueur par chaos

Dishonored est, à la base, un jeu vidéo développé par les frenchies d’Arkane Studio et édité par Bethesda en 2012. La même année, il reçut le prix du meilleur jeu d’action/aventure, ainsi que de nombreuses nominations dont la meilleure conception de jeu, la meilleure narration, les meilleurs visuels et le meilleur jeu de l’année. Excusez du peu. Le jeu connut des extensions, une suite (en 2016) et un spin off (en 2017). Des romans et comics furent également publiés pour lier les jeux entre eux, voire pour prolonger l’histoire (le dernier roman The Veiled Terror paru en 2018, raconte les événements après la mort de l’outsider). Bref, l’univers de Dishonored semble tellement riche qu’il y a de quoi raconter pleins d’histoires.

Et ça tombe bien puisqu’un jeu de rôle a été développé par Modiphius (en 2020) et vient d’être traduit en français par Arkhane Asylum Publishing.

Et justement, tant qu’à vivre une histoire dans l’univers de Dishonored, je m’attends à travers cette déclinaison rôlistique à découvrir ce monde riche, mais aussi à le faire bouger, comme c’était le cas dans les jeux vidéo !

Alors, aura-t-on le droit à une simple visite touristique dans l’Empire des Îles ou une vraie implication dans son histoire et son devenir ?

Disons le clairement, l’intérêt principal de Dishonored est son univers !

Très inspiré du Londres victorien à la Charles Dickens, que ce soit dans son esthétique (la révolution industrielle) ou ses thèmes (la lutte des classes), le jeu n’a pourtant rien d’historique. C’est un monde original pétri de magie et de technologie (à base d’huile de baleine).

Le jeu de rôle décrit donc tout ce qui fait la richesse de cet univers : la pègre et les forces de l’ordre, les principales villes et leurs quartiers, la noblesse et le monde ouvrier, les différents cultes et mouvement religieux.

Pour faire simple, l’ouvrage condense tout ce que l’on trouve dans les jeux vidéos. Les villes détaillées sont celle où prennent place Dishonored 1 et 2. Les deux autres îles (Morley et Tivia) sont rapidement évoquées, tout comme Pandyssia, le continent inexploré. Idem pour les factions et les PNJ. Jouez aux jeux vidéo et lisez le wiki qui leur ait dédié et vous aurez sensiblement le même contenu.

La liste et la description de chaque faction sont exhaustives (même si parfois sommaires). Par contre, il manque cruellement d’illustrations (d’autant plus qu’on imagine qu’il doit exister de nombreux dessins déjà réalisés). Mais ce manque se fait surtout ressentir dans la description des factions. On aurait aimé avoir un exemple visuel des harponneurs, des gardes ou du culte de l’outsider.

Par contre, l’un des points forts de l’ouvrage est de proposer pour chaque quartier, pour chaque lieu, pour chaque faction et pour chaque type d’ennemi présent dans le « bestiaire » des accroches de scénarios. Présentés en deux-trois phrases, ceux-ci ne donnent pas forcément de quoi en faire une campagne à chaque fois, certes, mais il y a de quoi donner vie à l’univers. Ça peut être des bouts d’aventures à faire vivre aux joueurs ou des histoires vécues par un PNJ racontées au PJ.

Par contre, il manque un chapitre dédié au meneur qui indique comment lier tous ces éléments entre eux. Même si la description de chaque factions est suffisante, on a l’impression qu’ils vivent tous les uns à coté des autres. Si on n’a pas joué au jeu vidéo, on peut se demander comment imbriquer toutes ces intrigues au mieux. Mais l’espoir existe puisque le Kit du meneur (sorti uniquement en VO pour le moment) contient un livret proposant des conseils aux meneurs pour démarrer une campagne.

Le kit du meneur. Disponible que en VO pour le moment.

On retrouve donc tout l’univers qu’on a aimé dans les jeux vidéos, mais malheureusement, on ne retrouve que ça. On n’aura pas le droit à de nouveaux secrets ou à une version « univers étendu ». Il faudra attendre la sortie d’un éventuel Dishonored 3 pour ça.

Le JdR expliqué en BD

Sans surprise, Dishonored le jeu de rôle utilise le système 2D20 de Modiphius. Loin d’être un simple système générique que l’éditeur applique basiquement à chacun de ces jeux, la mécanique est à chaque fois adaptée au jeu et à son univers. Et, disons le tout de suite, Dishonored fait partie des bonnes adaptations.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce système, voici son fonctionnement de base en quelques mots : votre personnage est défini par des compétences et des styles (cf. feuille de personnage ci-dessus). Pour réaliser une action, vous devez faire la somme d’une compétence et d’un style (choisis selon l’action à entreprendre), jeter 2D20 et faire en dessous de la somme précédemment calculée. Chaque valeur en dessous est une réussite et la difficulté (allant de 0 à 5) indique le nombre de réussites à obtenir. Un « 1 » sur un D20 compte comme deux réussites.

Toutes les réussites excédentaire génèrent des « points d’impulsions ». Ces derniers peuvent être dépensés pour acheter des D20 supplémentaires, poser une question au MJ ou ajouter un élément narratif. Tous les points d’impulsions non dépensé vont dans un pot commun pour les joueurs (avec un maximum de 6 points pour la table).

Votre personnage peut également avoir des Talents, issus de son passé ou de son métier, qui peuvent vous octroyer certains bonus, que ce soit le nombre de dés à lancer, le nombre de réussites à obtenir ou permettre d’avoir d’autres actions possibles en dépensant des points d’impulsion.

Par exemple :

  • Marché noir : Lorsque vous effectuez un test de compétence pour négocier avec des criminels ou pour tenter d’acheter ou de vendre des produits illégaux ou illicites, vous pouvez lancer un D20 supplémentaire.
  • Expert cartographe : La difficulté de tous les tests de compétence que vous effectuez pour tracer la carte d’une zone ou fournir des informations détaillées destinées à s’orienter quelque part diminue de 2, pour un minimum de 0.
  • As de la gâchette : Vous pouvez dépenser 1 pt d’impulsion pour viser soigneusement avant d’effectuer une attaque à distance, ce qui en réduit la difficulté de 1.

Dans le jeu vidéo, il y a un élément de gameplay important : le chaos. Plus le comportement du joueur est violent (tuer des innocents) plus le jeu devient sombre : la peste s’intensifie, les passants appellent à l’aide quand ils nous croisent et les interactions avec l’Outsider ne sont pas les mêmes. Cet élément important est bien évidemment repris dans le jeu de rôle. Le MJ débute chaque scénario avec 2 pts de chaos par joueur.

Ces points de chaos sont l’équivalent des points d’impulsion. Le meneur peut les dépenser pour ajouter des dés aux PNJ, introduire des éléments narratifs, etc. Le jeu propose en option une autre utilisation intéressante des points de chaos, mais qui, pour moi, est mal exploitée. Pour 4 pts de Chaos, le meneur peut créer une « jauge de chaos ». Composée de 12 cases, cette jauge se remplit en fonction des mauvaises actions des PJ et, une fois pleine, une conséquence terrible s’abat.

Je regrette que cette option soit expédiée en un court paragraphe et que cette jauge ait un coté « On/off ». Elle est créée, il ne se passe rien pendant longtemps et, une fois pleine, c’est le chaos. Pour ceux qui sont habitués aux systèmes « Propulsés par l’Apocalypse » et à son principe d’horloge, il aurait été intéressant de positionner des étapes clés dans une jauge constituée de 12 cases pour voir la menace grandir.

La mécanique de jeu est donc à la fois simple et très riche. Idéal pour ceux qui aiment, comme moi, jouer avec des jauges ou autres pour enrichir les actions possibles.

Mais que joue-t-on ?

Limité à l’univers décrit dans les jeux vidéos, le jeu de rôle offre tout de même plusieurs possibilités. On peut jouer à n’importe quelle période (avant, pendant ou entre Dishonored 1 et 2) et on peut débuter en étant affilié à n’importe quelle faction et à n’importe quelle classe sociale. Les accroches de scénario nous font parfois interagir avec les bas-fonds de la ville où avec la noblesse, voire les autorités de la ville. Ce sera donc au MJ de définir la position des PJ au cours de la campagne. On ne peut pas, sans raison, aider un gang dans un quartier mal famé et être missionné par un administratif Royal la partie d’après.

Bref, il faudra bien mettre toute les possibilités à plat (lieu, chronologie, classe sociale et contact) avant de choisir ce que l’on utilise et comment. Mais la bonne nouvelle, c’est que le jeu est vraiment riche en terme de possibilités. Ce n’est vraiment qu’une histoire de choix.

L’autre bonne nouvelle, c’est que l’ouvrage propose un grand scénario (une mini-campagne diront certains) en 4 actes intitulé : La route de l’huile. L’histoire prend place en 1827, soit 10 ans avant les événements de Dishonored 1. Les personnages débutent dans une prison, où plus exactement dans une ancienne raffinerie d’huile qui sert de centre de détention employant les détenus comme main d’œuvre. Transformant ainsi le système pénitentiaire en centre de production industrielle.

Une campagne un peu linéaire, sur le thème de la lutte des classes, mais qui fait office d’excellent point d’entrée à l’univers. Elle se conclut par quelques pistes pour prolonger l’aventure. Mais vous pouvez aussi vous baser sur la chronologie officielle pour y puiser l’inspiration.

Dishonored est une excellente adaptation rôlistique pour ceux qui ont aimé le jeu vidéo. Vos personnages évolueront dans un univers connu, où la variété des factions et la chronologie définie permettent de nombreuses possibilités d’histoires. Malheureusement, on n’en apprendra pas plus que ce qu’il y a déjà dans les jeux vidéos. Mais on peut tout à fait s’inspirer de l’excellente série Arcane (sur Netflix) pour apporter un peu de nouveauté à l’univers.

 

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