Ta torche, tu la tiens dans quelle main exactement, hein ?

Décidément, cela se confirme : la branche traduction de Agate est vraiment une entité parallèle à l’éditeur des Ombres d’Esteren. On ne cesse d’être surpris par leurs choix éditoriaux, souvent pertinents (encore merci pour ce Brancalonia : à quand la suite ?), parfois déroutants. C’est le cas de leur nouveau projet : la VF d’un jeu assez confidentiel, Torchbearer. Le foulancement vient de débuter ici : https://fr.ulule.com/-torchbearer-/

Ce dernier est une adaptation du jeu Burning Wheel (jamais traduit en français mais dont découle aussi le système de jeu des Légendes de la Garde) avec une ambition très claire : faire un jeu medfan émulant avec le plus de précision possible le climax de la vie d’un aventurier du dungeonverse, c’est-à-dire l’exploration laborieuse de donjons et autres souterrains. D’où le nom.

Dans un esprit volontairement punitif (un peu comme dans le jeu vidéo Darkest Dungeon), le propos est de rappeler que, non, s’aventurer dans un endroit sombre, humide, étroit où la fumée des torches pique les yeux, où les lumières vacillent à la moindre panique et où bander un arc est presque toujours une mauvaise idée, et bien, non, ce n’est pas une partie de plaisir.

En soit, le thème a donc de quoi séduire le public, y compris francophone, dont le jeu respecte les codes préférés. La surprise vient plutôt de la réputation du jeu, souvent assimilé, à tort ou à raison, à une usine à gaz d’une complexité rare et finalement vaine. En gros, il y a une règle pour tout.Ce n’est pas Rolemaster et la difficulté n’est pas vraiment calculatoire : le système utilise un jet unique pour toute une scène et se contente de D6. Il n’abuse pas non plus des tables. En revanche, la difficulté se trouve plutôt dans les « compétences des joueurs » qui doivent peaufiner la micro-gestion de leur personnage, faire des choix cruciaux dans leur inventaire, surveiller leurs consommables (dont… les torches forcément) ou encore se montrer pro-actifs dans la mise en scène des motivations ou du stress de leur PJ afin de lui donner plus tard le moyen d’agir face à l’adversité. Au bilan, c’est un jeu qui demande avant tout des joueurs investis et demandeurs. Sinon, ça peut tourner au cauchemar pour le MJ.

Contrairement à ce que la communication de Agate laisse entendre, pour nous, on est en quelque sorte à l’exact opposée de l’OSR, courant qui ne doit pas s’assimiler à une vénération nostalgique du nettoyage en règle de donjons mais, au contraire, à une démarche de sobriété ludique rappelant que l’ajout de plus de complexité n’a jamais fait un jeu plus amusant. Mais, bon, peu importe ces débats théoriques. Là, ce qui vous intéresse, c’est de savoir si vous allez craquer pour ce Porteur de Torche francophone, pas vrai ?

Comme à son habitude, Agate n’a pas fait les choses à moitié en matière de foulancement et c’est une bien alléchante petite gamme qui se propose d’ores et déjà à vous. Elle s’articule autour de deux livres de base au découpage classique, à savoir un Carnet de l’Aventurier qui fait office de manuel des joueurs avec tout ce qu’il faut pour saisir la proposition de jeu et, surtout, créer et équiper un personnage. Pour un « carnet », il est plutôt costaud avec ses 275 pages (format 140 × 216) sous couverture rigide.

Il est bien sûr accompagné d’un manuel du MJ, nommé Le Guide de l’Érudit (332 pages). Il contient l’ensemble du système de jeu, des conseils, un bestiaire et même une aventure prête à jouer.

Mais comme Torchbearer est un jeu avec vraiment beaucoup de règles, il est utile de rajouter un troisième manuel, sorte de compagnon du MJ avec des tonnes d’options en plus. Il s’appelle Le Codex du Maître des savoirs (272 pages) et propose des nouvelles classes, des règles pour gérer la mort des personnages, de nouveaux traits, de nouvelles compétences,  beaucoup plus d’équipement, des règles pour créer et développer des bases (des camps à long terme), des règles de voyage, des règles économiques pour les villes, des règles, des règles et encore des règles. Ceux qui adorent ça vont pouvoir se faire plaisir !

Pour compléter cette trilogie, vous pouvez aussi acquérir un recueil de six aventures prêtes à jouer au nom un peu bizarre, Le recueil du cartographe (environ 200 pages).

Torchebarer est en outre le genre de jeu où un écran serait bien utile pour avoir des rappels de règles sous les yeux. Du coup, celui proposé fait cinq volets (rare !) et, comme cela ne suffisait pas à tout mettre côté MJ, vous avez le droit, comme dans la VO, à deux volets de tables et listes du coté joueurs. Joliiii ! Il est accompagné d’une planche de pions en cartons à découper et d’une piste de décompte.

Niveau goodies et accessoires, on se lâche aussi bien comme il faut avec des D6 spéciaux, un deck de 24 cartes d’action (pour révéler votre attitude durant les conflits), un autre de cartes d’équipement (avec 36 cartes, il en faut en fait un par joueur…), des jetons en métal pour servir de compteurs, etc.

Chat échaudé, tout ça, la branche traduction de chez Agate met toujours l’accent sur la promptitude des livraisons. Là, on nous promet les PDF des premiers livres peu de temps après la fin de la campagne et la livraison des ouvrages physiques est prévue pour septembre 2024.

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