Âmes damnées

« Mais… mais… il en sort de partout ! » Oui, c’est un des plus fameux dernier mot prononcé par des générations d’explorateurs de donjon. Mais c’est aussi devenu le cri préféré de votre serviteur, présentement responsable du planning du Fix. Tenez, par exemple : un jeu indé sur les morts-vivants directement disponible en POD, vous l’aviez vu venir, vous ? Ooooh, ça va bien maintenant, il est temps d’aller réclamer des comptes à tous ces jeunes chiens fous. Commençons donc par Simon, l’un des auteurs de ce Damnés.

1. Hin, hin, Damnés. Pour un nouveau jeu qui s’apprête à se lancer dans le grand bain. Pas trop superstitieux à ce que je vois, hein ?

En fait, Damnés n’est pas notre premier jeu ! Nous avons sorti Terres de Sang en auto édition en octobre 2017. La publication était plutôt très confidentielle, car il s’agissait de notre coup d’essai. Finalement, ça n’a pas fait couler tant de sang que ça (rassurant hein ?). Après, il faut dire qu’un jeu sans meneur et sans dés dans lequel on joue des explorateurs : c’est pas super mainstream tout ça !

Cette année, on remet les couverts avec Damnés en espérant que la formule plaira. Promis pour notre prochain jeu, on choisira un nom plus joyeux (ah… on me dit dans l’oreillette que non en fait !).

2. Pfffff, encore un jeu sur les morts-vivants, quoi. J’ai déjà tout Vampire et je dois même avoir Wraith dans un coin. Pourquoi aurais-je besoin de Damnés en plus ?

Parce que Damnés c’est bien, c’est bon, mangez-en, ça fait pousser les cheveux, ça répare les ordinateurs et ça fait revenir l’être aimé. Question suivante ?

Non plus sérieusement, Damnés est un jeu à propos d’êtres immortels qui luttent contre leur nature inhumaine. L’inspiration de Vampire est clairement présente, mais notre manière de traiter les thématiques diffère particulièrement. Nous espérons apporter quelque chose que nous n’avons pas trouvé dans nos explorations de Mascarade et de Requiem (ou de quelconque autre jeu de “vampires”).

D’ailleurs, il y a une note d’intention en vidéo que nous vous invitons à visionner pour comprendre notre démarche :

L’idée n’est clairement pas de refaire un énième jeu de vampires. Nous avons essayé d’intégrer des mécaniques de jeu qui traduisent nos attentes et notre façon de jouer dans cette grande thématique qui comprend les vampires. Le terme “Damnés” permet de désigner un plus large panel de personnages et ainsi la damnation peut se faire l’allégorie de nombreux sujets.

Finalement, notre jeu se distingue de ses semblables par le traitement des thèmes que nous abordons :

  • Un jeu character centered et des mécaniques ciblées sur les conflits moraux qui mettent en lumière tous les protagonistes.
  • De nombreux thèmes qui sont aisément intégrables selon les parties grâce à la structure en Canevas : aucun univers n’est prescrit dans Damnés. Chacun peut – via le système de jeu – inclure les thématiques qui lui sont chères.
  • Comme c’est un jeu qui met le focus sur les personnages et leurs conflits interne, cela peut induire des scènes très chargées émotionnellement. Il y a donc des outils de sécurité émotionnelle directement inclus dans les règles (attention sujet ô combien controversé dans certains cercles rôlistes !).

3. A part Vampire, vous citez dans vos influences des références assez pointues comme Libreté ou Inflorenza. Vous vous définiriez comme « indés » ?

J’ai un tatouage de la communauté “courantsalternatifs.fr” sur le bras et Simon fait partie de ceux qui ont donné l’impulsion au site…

Mais sinon tout dépend ce que tu entends par “indé”. Au niveau du jeu en lui-même, nous avons des influences qui vont lorgner du côté de la scène indépendante française. La manière d’appréhender les règles du jeu, la manière de traiter les thématiques dans Damnés, jeu moral et esthétique, tout cela est tiré de notre expérience de JdR moins mainstream.

Quant au point de vue éditorial, peut-on dire qu’on est réellement indépendant ? Après tout, nous dépendons de la plateforme lulu.com par laquelle nous passons pour imprimer notre livre !

A part cela, j’aime à penser que nous sommes assez indés, oui !

Et puis, bon, il faut avouer, Libreté et Inflorenza, ce sont des must-have !

4. Du coup, pour les règles, il faut empiler des gousses d’ail sans les faire tomber ou c’est comment ?

J’imagine qu’il est temps mettre la main dans le cambouis !

L’idée principale dans Damnés est que les personnages sont définis par un Désir et par une Bête qui veut atteindre ce Désir coûte que coûte. Un système de jetons à prendre ou à défausser permet de gérer la Bête : tu peux prendre des jetons pour emprunter la puissance de la Bête et t’approcher un peu plus de ton but, mais attention à ne pas te brûler les ailes. A trop laisser cette entité te susurrer à l’oreille, tu peux succomber à son appel.

A contrario, tu peux défausser des jetons sous certaines conditions fictionnelles mais c’est en général très contraignant.

Ce système s’inclut dans d’autres dispositifs, notamment la construction collective de l’univers de jeu, qui mettent un vrai poids moral sur le fait de laisser la Bête s’exprimer ou non. Cette construction collective soigneusement imbriquée dans le canevas met en lumière les protagonistes et les relations entre eux.

5. Vous vous lancez donc directement en POD. Vous n’aimez pas les éditeurs ?

Peut-être que les éditeurs ne nous aiment pas… ou ne nous aimeraient pas.

Par exemple, Terres de sang est loin d’être dans le haut du palmarès des ventes ! D’un autre côté, ce n’est pas du tout notre ambition. Terres de sang est notre premier essai – il est peut-être bancal et boite un peu – mais il est sincère et nous ressemble.

Nous débutons dans le monde du jeu de rôle et nous avançons pas à pas. Damnés est notre deuxième jeu publié. Nous sommes encore dans une phase d’apprentissage. Débarquer comme ça chez un éditeur, ce n’est pas évident. Ceux qui font ça sont certainement plus osés et talentueux que nous ! Et puis, pour un projet comme Damnés, qui est un jeu très très personnel comme vous avez pu le constater, nous voulions avoir le contrôle total sur un maximum de chose – le texte bien sûr, mais aussi la mise en page et les “illustrations” – sans nous soucier de la “vendabilité” du produit final. Nous ne voulions pas nous retrouver avec une chimère mi-vampire mi-indépendant mi-racoleur…

Après nous ne sommes pas contre l’idée d’être édités (wink wink appel pas subtil…) ! Il faut que ce soit le bon projet pour cela.

6. Et le crowdfunding, vous n’en avez jamais entendu parler ?

Là encore, c’est une sacrée aventure que tu nous proposes ! Encore une fois, nous sommes pour le moment des inconnus dans le monde du JdR. Alors va kickstarter un produit hyper personnel sur une thématique apparente déjà sur-représentée sans avoir un nom dans le milieu… Nous ne sommes pas suicidaires, non plus, hein !

Peut-être dans le futur, pourquoi pas, si nous en avons le courage et l’énergie.

7. Une question Closer pour finir. Apparemment, vous écrivez en couple. C’est bien ? Vous conseillez ?

En fait, on ne sait pas faire autrement ! Nous avons une assez bonne complémentarité pour le coup.

Manon a une sensibilité que je n’ai pas. J’ai un vernis de théories rôlistes qui barbent Manon en général. J’ai des facilités pour écrire des kilomètres de textes à la grammaire et à l’orthographe déplorables. Elle a une parole plus rare et donc plus précieuse. J’ai un sens de l’esthétique pourri mais je sais me servir de logiciels de graphisme et d’outils de PAO. Elle a une créativité plus pertinente et moins dispersive que moi. Et puis point important, elle arrive à me supporter dans un cadre professionnel, ce qui n’est pas rien !

A part ça, non je ne conseille pas de bosser avec votre moitié, sauf si vous êtes prêt à considérer la moindre minute de votre temps en commun comme du temps de travail. C’est une relation très spéciale et il faut particulièrement veiller à compartimenter la vie familiale et la vie professionnelle.

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