Sombre, une interview sous tension d’un maitre de l’horreur

Johan Scipion, l’auteur de Sombre présente son jeu de façon si claire, qu’à la rédaction on se demande souvent : « que dire de plus ?!? ». Mais comme d’un autre coté, on trouve qu’on ne parle pas assez de Sombre, on s’est dit qu’on allait interviewer le maitre de l’horreur rôlistique, le tueur en série de personnages-joueurs : Johan Scipion. Et ça tombe bien, car le jeu a une actualité riche avec la sortie de 3 numéros pour cet automne. L’occasion de faire un point sur la gamme, au risque de vous donner quelques frissons…de plaisir ?

Le Fix : Salut Johan. La dernière fois qu’on s’était vue, c’était au Festival de Senlis pour les 50 ans du JDR où, du samedi, tu n’avais pas encore terminé ta dernière partie de la journée que les portes se fermaient. Tu as finalement réussi à sortir ?

Johan Scipion (JS) : De justesse ! On a joué jusqu’à la dernière minute. Ce fut super cool.

Le Fix : Après toutes ces années, tu arrives à garder le rythme des conventions. Quel est ton secret ?

JS : Je tue des personnages par camions entiers, et je bois leur sang. En sérieux, je m’entretiens. Y’a pas de secrets. Je fais attention à ce que je mange et m’astreins à une activité physique régulière. C’est nécessaire. Ma profession est l’une des plus sédentaires au monde. Basiquement, mon taf consiste à rester assis dix heures par jour devant un écran. C’est hyper violent pour le corps. À ce niveau de sédentarité, la chaise te détruit. Si je ne fais pas l’effort de lutter au moins un peu contre ses effets, je vais me retrouver très vite avec de gros soucis de santé. Chacun a sa propre conception du confort. Pour moi, c’est vieillir en limitant la casse.

Par ailleurs, mes revenus sont fortement conditionnés par ma capacité à enchaîner les conventions. Je remplis mon frigo grâce aux ventes directes de mes zines. C’est le circuit court, conventions et VPC (http://bit.ly/Sombre-commandes), qui me fait vivre. Dès que je fais moins de convs, je gagne moins. Donc si je veux continuer à payer EDF, il faut que je sois physiquement capable de mener souvent en conventions. Ce n’est pas comme de casser des cailloux sur le bord des routes, mais ça reste un énorme taf. En 2004, lorsque je suis entré dans le circuit des convs, c’était déjà rude. Aujourd’hui, avec vingt ans de plus au compteur, c’est devenu hardcore.

Le week-end où nous nous sommes vus à Senlis, j’ai fait neuf démos en deux jours. Plus de quarante joueurs. Et encore, le rythme était tranquille parce que je recrutais moi-même entre chaque démo. Dans les events où des orgas s’en chargent, je fais le double. J’adore, mais ça te rince à un point que tu ne peux pas imaginer. Faut le vivre pour le croire. C’est dans ces moments-là que tu as besoin d’un minimum de condition physique. Sombre est un sport de combat.

Le Fix : Sombre est un jeu bien rodé maintenant. Tu éprouves toujours ce besoin de tester ?

JS : Oui bien sûr, pour la simple raison que je continue à publier du matériel inédit. Variantes de règles, settings, scénarios ou settarios (mon mix setting + scénario), j’ai plus que jamais besoin de playtester intensivement. La qualité de ma production en dépend. Pour maintenir la barre aussi haute que possible numéro après numéro, je dois continuer à tester sérieusement. Du gros taf là aussi, qui m’éclate toujours autant. J’en profite pour signaler que je cherche des gens pour m’aider. Aimable lecteur, si tu veux playtester Sombre à la table de son auteur, lis donc ceci : http://bit.ly/Sombre-playtest

Le Fix : D’ailleurs, dans le HS 16, tu parles de « replay ». C’est rejouer le même scénario avec les mêmes joueurs ? Tu peux nous expliquer le concept ?

JS : À ma table, le replay peut être plein de choses différentes. Le plus courant est le replay de meneur, celui que je pratique en convention. Que ce soit à Senlis ou ailleurs, je passe mon temps à dérouler les mêmes scénarios. Exactement comme ces popstars qui chantent leurs tubes à chaque concert. Katy Perry et moi, même combat. Dans ma cuisine aussi, je replaye. Par définition, le playtest intensif suppose la répétition.

J’ai mené House of the rising dead, mon scénario d’apocalypse zombie, treize fois avant de le publier. Cela fait toute la différence. Il y a très loin de la première version de ce texte à celle, treize fois réécrite après playtest, qu’on peut lire dans Sombre 1. En termes de qualité, le jour et la nuit. Deep space gore, mon Alien-like, a bénéficié de plus d’une centaine de parties avant sa parution dans Sombre 3. Il dure quinze minutes, ce qui m’a permis de le faire beaucoup tourner en conv. Résultat, c’est une machine de guerre hyper bien huilée.

Le replay ne fait pas qu’améliorer mes textes, il bonifie également ma maîtrise. Toutes choses étant égales par ailleurs, j’entends par là à scénario strictement identique, je mène mieux à mesure que je rejoue. Une courbe d’apprentissage classique. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai consacré Sombre HS16 au replay. Je voudrais inciter les meneurs de mon jeu à rejouer autant que possible ceux de mes scénarios qui leur plaisent. C’est ultra fun et ultra efficace.

Mais ce n’est pas tout. Il y a quelques années, à titre d’expérimentation, je me suis mis à rejouer certains de mes quickshots (c’est ainsi que j’appelle mes improvisations). À les rejouer immédiatement, je veux dire. J’improvise une partie, on change quelques trucs, et on la rejoue aussitôt. Parfois même, on la re-rejoue. Du replay de meneur ET de joueurs, qui produit des effets narratifs absolument excellents. J’explique tout cela en détail dans Sombre HS16, comptes rendus de partie à l’appui.

Le Fix : Cet automne, tu comptes publier trois numéros d’un coup ! Pourquoi cette folie ?! Que nous restera-t-il pour 2025 ?

JS : Oulah, aucun souci pour 2025. J’ai du matos sous le coude et des projets plein mes tiroirs. Si je publie trois numéros en même temps, c’est essentiellement par contrainte. Cette année, j’ai fait l’impasse sur Walpurgis (pas de publication au printemps) pour me concentrer sur Halloween (et Noël à suivre). Tu n’es pas sans savoir que la situation économique se tend. Dans ce contexte difficile, concentrer ma production annuelle me permet de maîtriser mes coûts d’impression et de distribution

En termes créatifs, c’est effectivement pure folie. Un énôôôrme tunnel d’écriture. Six mois épuisants, couronnés par une succession de trois bouclages. Truc. De. Taré. Spéciale dédicace à Camille et Renaud, qui ont l’un et l’autre assuré comme des malades en relecture. La bonne nouvelle est que nous n’avons pas travaillé en vain. Je suis très satisfait de ces trois numéros aux sommaires variés. Jeu 1 MJ + 1PJ, pulp x sci-fi et replay, il y en a pour tous les goûts horrifiques.

Le Fix : Est-ce que Sombre restera au format magazine, ou te poses-tu la question de sortir une compilation ?

JS : Tant que le zine tient (et je me décarcasse pour le faire durer), il reste mon seul horizon éditorial. À tous points de vue, la revue est la forme idéale de Sombre.

Le Fix : Sombre s’inspire des films d’horreur. Est-ce qu’il y a des sorties de films récents qui t’ont marquées ?

JS : J’avoue avoir pris pas mal de retard sur les dernières sorties ciné. Tout bêtement, je ne peux pas être au four et au moulin. Six mois d’écriture + playtests as usual + conventions ici et là + commerce (il faut bien vivre) = pas des masses des temps pour fréquenter les salles obscures. Je livre régulièrement des critiques cinéma aux mécènes de Sombre sur Tipeee (http://bit.ly/Sombre-Tipeee) et Patreon (http://bit.ly/Sombre-Patreon), mais elles ne concernent pas souvent des films récents. En sorties pas trop anciennes (fin 2023, mais j’ai vu le film en 2024), j’ai bien aimé Vermines de Sébastien Vaniček. Je suis client de la spider horror, au point de lui avoir consacré le scénario 1 MJ + 1 PJ de Sombre 14.

Le Fix : Aujourd’hui, Sombre c’est trois systèmes de jeu. Est-ce que tu essayes de garder un équilibre, en terme de contenu, pour chacun d’entre eux ?

JS : Oui car je les aime et les pratique tous. Et aussi parce que je sais que chaque fan de Sombre ont a son ou ses favoris. Certains ne jurent que par Classic, d’autres par Zéro, d’autres encore par Max. Pour ces raisons, je m’efforce de soutenir les trois systèmes Sombre. Un gageure lorsqu’on sait que chaque numéro de la revue ne contient que 72 pages. Cette démarche tri-system connaît son aboutissement ultime dans Sombre 14 puisque le scénario spider horror dont je parlais à l’instant peut être joué en Classic, en Zéro ou en Max avec un minimum d’ajustements narratifs et techniques. Cela n’a l’air de rien, mais c’est une petite prouesse de game design dont je suis très fier.

Le Fix : la communauté sombre est très active et créative avec des dizaines de scénarios et de settarios disponibles sur Terres Etranges ? Ca ne te tenterait pas de faire un jour une jolie Compil en mode « Johan Scipion présente ses Sombres Rejetons » ?

JS : J’aimerais en avoir le temps et les moyens, ce n’est pas le cas. Par contre, il m’arrive d’accorder des licences Sombre à des auteurs tiers. Je l’ai déjà fait par le passé, et mon petit doigt me dit qu’il se pourrait bien que quelque chose de cet ordre se prépare à nouveau. Plus d’infos bientôt. Stay tuned.

Le Fix : Au festival de Senlis, il y avait une exposition qui retraçait les 50 ans du JDR. Et sombre en faisait partie. Ça fait quoi d’avoir apporter sa pierre à l’édifice du jeu de rôle français ? C’est quoi la prochaine étape ?

JS : C’est un effet de bord fort plaisant. Je ne pense pas que l’édifice du jeu de rôle français ait le moindre besoin de la petite pierre Sombre, mais toute reconnaissance est la bienvenue. Aucun auteur, aucun éditeur ne crache sur le bon buzz. Lorsqu’on dit du bien, t’es content. Et comme je suis auteur et éditeur, je suis deux fois content. Quant à la prochaine étape, ce sont bien sûr les numéros de 2025, sur lesquels je travaille déjà. On en recause d’ici quelques mois ?

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Une pensée sur “Sombre, une interview sous tension d’un maitre de l’horreur”

  • 3 novembre 2024 à 17:18
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    Ça fait plaisir qu’on parle du copain Johan et de de son (ses) admirable(s) jeu(x) pour se faire peur comme dans un film d’horreur.

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