C’est le jeu d’un tueur, Bella [preview Vileborn]
Eh vous ! Vous aimez la dark fantasy ? Vous aimez les calzones ? Alors vous allez adorer Vileborn. Qu’est-ce donc ? Tout simplement le dernier jeu des Italiens de chez Horrible Guild, dont l’adaptation chez nous est assurée par Don’t Panic Games, des gens tellement sympas qu’ils nous ont laissé tester la démo en amont de leur imminent financement participatif. Bref, Sortez le parmesan et le best of d’Evanescence parce que ça sent bon, mais c’est dark.
Quand Elric rencontre Sasuke
On rencontre souvent des jeux à l’ambiance radicale au cours de nos lectures, mais rarement aussi purs dans leurs inspirations que Vileborn. De fait j’ai manqué de précision en citant la dark fantasy plus haut, car le cœur explicite de ce nouveau jeu de Claudio Pusturino est un sous-genre littéraire très spécifique : le Nobledark. Si le terme définissait à la base les pérégrinations d’héros idéalistes et chevaleresques dans un monde horrible où une telle hauteur morale n’a pas cours (en ce sens, Le tombeau des Lucioles et Ken le Survivant relèveraient du Nobledark), il circonscrit aujourd’hui un courant de littérature où les protagonistes traversent un monde fantastique sans pitié tout en combattant leur propre part d’ombre.

Les Vileborn (Malengeance en français) sont justement de tels personnages. Chacun est issu d’une lignée maudite faisant de l’individu un paria, mais aussi la meilleure arme de l’humanité contre l’Obscurité qui ravage le monde très Second Empire du jeu. Ces héritages sombres et leurs spécificités font ici office de classes de personnage tout en définissant la part d’ombre que chaque joueur devra personnellement combattre. Pour illustrer le concept, cette démo nous propose un panel de personnages archétypaux, mais dans le bon sens du terme. Qu’il s’agisse de la voleuse hantée par les instincts d’une bête sauvage, d’un noble charmeur mais avide de sang, ou de l’orpheline aux pouvoirs spectraux, les références de chaque pré-tiré sont immédiatement reconnaissable, mais avec juste assez de twist pour les rendre unique et intéressants à incarner. D’ailleurs, comment on les incarne ?
Van Helsing(ing) in the rain
Pour incarner votre darkboy préféré, Vileborn propose un système pas inintéressant à mi-chemin entre ceux de Fabula Ultima, Blades in the Dark et Spire : chaque statistique (ici appelées « approches ») prodigue un dé plus ou moins gros selon votre expertise en la matière, grâce auquel il faudra faire un score supérieur au seuil défini par la meneuse de jeu. Chaque personnage est également doté de traits de « formation » et « d’origine » qui, s’ils sont adaptés vous permettent de lancer jusqu’à deux dés supplémentaires dont vous conservez le meilleur résultat. Ambiance dark oblige, seul un score dépassant le seuil vous donnera une véritable réussite. Manquer le seuil entrainera une conséquence négative, et égaler ce seuil provoquera le résultat espéré et une conséquence. J’ai personnellement un amour immodéré pour ce type de système car, même s’il demande un peu plus d’imagination pour mener les parties, il assure un dynamisme constant, obligeant les joueurs à constamment réagir aux conséquences de leurs actes.

Les pouvoirs de la malengeance, appelés « sombres héritages » sont gérés de façon presque totalement narrativiste, comptant seulement sur des cases à cocher et des suggestions pour inspirer le joueur. C’est encore une fois un bon point, mais qui nécessitera des joueurs avec un certain degré de self-control pour éviter de transformer la session en épisode de The Boys, ou tout du moins un MJ qui n’a pas peur de taper du poing sur la table. Coté MJ d’ailleurs, on salue un système très chouette de gestion des confrontations usant d’un simple dé à 12 faces lancé lorsqu’un joueur interagis avec les monstres visqueux du jeu. Chaque monstre dispose d’un tableau auquel confronter le résultat du d12, indiquant ce que la créature fait ou subit après l’action du joueur. C’est simple, ça a l’avantage de fluidifier les combats, et on peut facilement imaginer une dizaine de blocs de monstres qui tiennent sur une feuille A4, un plaisir pour les créateurs de campagne.
Profitons-en pour rendre à Giovanni ce qui est à Panzanni en complimentant l’aventure d’introduction de cette démo. Courte, dynamique et bien écrite, elle introduit parfaitement l’univers de Vileborn et accompagne progressivement les joueurs et le MJ au fil des mécaniques du jeu. Ne serait-ce que pour votre éducation de concepteur ludique, cette intro est une lecture intéressante. Pourtant, elle comme tout le reste de ce livret souffre d’un gros souci bien de chez nous.
Docteur Jekyll et Mister Trad
« A perfect storm » est une expression anglaise extrêmement spécifique invoquant la symbolique lourde et violente d’un orage, mais signifiant plus globalement l’alignement parfait et unique d’une myriade de facteurs pour créer une situation comme on en voit qu’une fois dans sa vie. Comme toute spécificité linguistique, ce genre d’expression est difficile à retranscrire puisqu’on transmet un sens littéral, mais aussi une symbologie, une histoire et un contexte.C’est toute la difficulté, mais aussi toute la beauté du métier. Du coup, quand je tombe sur un chapitre qui s’appelle tout bêtement « UN PARFAIT ORAGE», ça me rend un peu sceptique. Un informateur pas anonyme du tout nous a fait part des difficultés rencontrées par le duo traducteur/relecteur sur cette démo. C’est rassurant de savoir qu’ils ont conscience des limites actuelles de ce qu’ils nous montrent, mais pas vraiment une raison de baisser sa garde côté lecteur.

Bref, la traduction semble terriblement paresseuse, choisissant systématiquement la solution la plus primaire au moindre souci de version. Le problème ici n’est pas l’irritation qu’un anglophone lambda ressent en voyant la pauvreté du résultat mais ce qu’on vole aux lecteurs comptant sur la fidélité de la version d’une part et aux intentions de l’auteur de l’autre. Qui plus est, on parle quand même du traducteur chevronné qui s’est occupé de Fabula Ultima donc on sait qu’il est capable d’un travail d’un bien meilleur niveau.
Wake me up, before you gore-gore
Vileborn nous fait très envie dans son ensemble. L’ambiance super emo promeut un roleplay riche en émotions autant que de franches rigolades sur fond de The Rasmus, le système est une expérimentation narrativiste très intéressante en plus d’être accessible, et on sent que des efforts sont faits pour donner aux meneurs le sentiments qu’ils jouent et ne se contentent pas de juguler les joueurs,
La grosse ombre au tableau reste la traduction qui, tout en étant lisible ne fait rien pour nous rassurer. A noter que la gamme est sous le coup d’une double traduction, Vileborn est un jeu italien, mais la traduction française se fait à partir d’une version anglaise, ce qui peut expliquer certaines difficultés. Dans tous les cas, soutenir le projet est encore plus un pari qu’à l’habitude : soit on passe outre la prose pour profiter de l’ambiance générale, soit on croise les doigts pour que la traduction s’améliore drastiquement pour le produit fini.



Le nom du jeu c’est Vileborn, sans ‘e’ finale. 😉
Ping : Vileborn : un JdR nobledark ? – JDR Café Bordeaux