Shiver nucléaire ?
Si vous suivez un peu l’actualité du JdR (oui, on sait : ce n’est pas facile en ce moment…), vous avez du voir que d’aucuns se questionnent sur l’avenir du modèle économique du JdR basé sur le recours quasi-systématique à des foulancements qui, de ce fait, attendent en rangs serrés sur la ligne de départ, rejouant à qui mieux-mieux la fable du lièvre et de la tortue.
Dans l’ensemble, pourtant, un nombre toujours élevé de tortues finit par franchir la ligne d’arrivée et les jeux continuent d’arriver à gros bouillons jusque dans les rayonnages des boutiques spécialisées, physiques ou virtuelles. Pourtant, ces derniers temps, des événements comme le report quasi-immédiat du foulancement de HeXXen 1733 chez BBE ou le reboot laborieux du Arkéos de Rafiot Fringant a commencé à instiller le doute sur la pérennité de ce modèle.
Arkhane Asylum est pour le moins rompu aux joutes du foulancement depuis belle lurette, même si un projet comme Metro 2033 continue encore, 4 ans plus tard, a démontré que avant d’être il faut avoir été et en payer les pots cassés. Depuis, AAP a enchaîné de nombreux beaux succès mais certains CF sont restés au bord de la route ou se sont avérés bien plus laborieux que prévus. On se souvient de Humblewood ou encore, surtout, de Nightfell qui avait du être abandonné en plein foulancement.
C’est un peu dans cette catégorie incertaine que l’on trouve Shiver, ce projet de VF d’un jeu d’horreur US relativement peu connu sous nos latitudes. Le foulancement a été judicieusement lancé pour Halloween mais, depuis, il patine un peu, se contenant de rassembler un noyau (vous l’avez, du coup ?) de fans qui ne permettent pas à l’heure actuelle de dépasser les 70 % de l’objectif initial. Pas vraiment un raz-de-marée.
Il est un peu difficile d’analyser la situation à l’heure actuelle : seul le résultat des gros CF suivants (Delta Green, Paranoïa, Old Gods of Appalachia, etc.) permettront de dégager une tendance réelle en ce qui concerne l’avenir des foulancements rôlistes.
En ce qui concerne le cas spécifique de Shiver, on peut quand même relever quelques points troublants. Le premier, peut-être, est l’absence de préparation du foulancement en amont. AAP est une marque associée à de grands partenaires comme Free League ou Modiphius. Là, le jeu VO est édité par les notoirement mins connus Parable Games. On est bien placés chez le Fix pour savoir que le planning de AAP regorge de projets alléchants en attente, souvent du suivi de gammes qui fonctionnent bien, parfois même des gammes nouvelles déjà annoncées ou à peine lancées. Là, ce Shiver a popé de manière un peu inattendue et a sans doute pris de cours les rôlistes, gens notoirement économes et prévoyants (non, c’est une blague). On remarquera d’ailleurs que, dans la foulée, AAP a annoncé la future publication d’une bonne demi-douzaine de jeux supplémentaires (si, si, on en reparle bientôt). Cela ne favorise pas la concentration des éventuels souscripteurs sur le projet en cours.

On peut aussi relever le fait que, comme souvent ces temps-ci chez AAP (c’était aussi le cas de Broken Compass, tout dernièrement), le foulancement est pour le moins ambitieux, se proposant de financer non pas un set de départ pour voir mais quasiment toute la gamme existante en VO. Outre le livre de base et l’écran du MJ, le foulancement propose donc aussi La Bibliothèque Maudite, un recueil de scénarios d’environ 130 pages qui est là pour démontrer la souplesse d’usage de Shiver qui ne possède pas de véritable univers mais vous suggère plutôt de zapper de one shot en one shot.

De plus, à la façon de Broken Compass, le côté générique de Shiver se prête bien aux déclinaisons de setting et c’est exactement le but du supplément Gothic, véritable spin off du jeu envoyant les PJ dans des ambiances à la Bram Stocker. L’ouvrage contient également une campagne en 10 épisodes. Si cela ne vous suffit pas, Les Disciples de Dregstoneajoute à Gothic un contexte en bac-à-sable et une campagne en 7 épisodes interchangeables. Oui, du coup, le spin off est plus développé que le jeu de base : c’est un peu bizarre. On pourrait presque aller jusqu’à dire que le CF propose deux jeux différents, finalement. 500 NDG sort de ce corps !!

Dans le même ordre d’idée, AAP a fait le choix de traduire un jeu dont le système repose sur l’emploi impératif de nombreux dés spéciaux. Pas des goodies colorés mais des vrais dés spéciaux, à 6 et 8 faces, avec des symboles spécifiques au jeu. En très, très gros, chaque symbole représente une caractéristique et donc une façon d’envisager un problème (par la réflexion, al force,n la subtilité, etc.). Même si on peut imaginer une laborieuse correspondance entre des dés classiques et ces symboles, honnêtement, cela présente peu d’intérêt : il faudra donc au minimum investir dans uns et de dés et, si possible, pouvoir en fournir un peu plus à la table pour le confort de jeu. Ajoutons le fait que le setting Gothic dispose de son propre set de dés (et oui…), cela finit par faire un ticket d’entrée assez déraisonnable.

Enfin, autre curiosité qui n’a pas manqué d’attirer l’attention chez le Fix : pas de gratuit pour nos lundi ! Pour un jeu peu connu et qui prétend se faire une place dans un territoire déjà bien encombré, il est dommage de ne pas proposer un kit de découverte comme c’est le cas dans la grande majorité des gammes désormais.
Pourtant, ce Quickstart existe en VO et peut encore être trouvé ici : https://composedreamgames.co.uk/shiver-quickstart

Vous y trouverez en une quarantaine de pages un aperçu concentré sur les règles et ses spécificités : l’usage des dés spéciaux et de leurs symboles ainsi que l’Horloge, alimentée par les échecs et les pertes de temps de vos PJ qui vont finir par déclencher, quart après quart, des horreurs regrettables. Le livret comporte aussi un scénario d’introduction nommé Corporate Risers dans une ambiance de film de zombis. Le livret, finalement bien rempli, se termine par plusieurs plans pour le scénario et des prétirés limités à l’état de fiches de PJ. En même temps, la survie de ces prétirés n’est pas assurée, loin s’en faut, alors…
Ne vous laissez pas abuser par la très laide couverture de ce Quickstart, l’intérieur permet de mesurer la qualité de la mise en page et même des illustrations très typées de la gamme et on peut dire qu’il réussit son pari : donner envie de voir cette gamme réussir son foulancement francophone. Il reste une grosse semaine.

