Thanatos : il ne faux plus hésiter

… et oui, car le couperet va bientôt tomber. La fin du foulancement du nouveau jeu de dark fantasy des XII Singes est en train de se terminer. Le sablier va encore égrainer quelques heures à peine et après… shlack. Pour vous aider à franchir le pas et à rejoindre les légions de Thanatos, nous avons posé quelques questions à l’éditeur, Franck Plasse, et bien sûr à l’auteur unique du jeu, Jean-Yves Pattus, qui vont déployer tous leurs meilleures arguments. Le sourire de la mort, en somme.

 

1. Une question d’abord pour Jean-Yves : Thanatos parle surtout de la mort (sans blague ?!) et présente un contexte assez sombre. (…) Sinon, toi, ça va ?

JY = Très bien merci ! Souvent les choses paraissent sombres parce qu’on les regarde sans lumière. Je crois aux bienfaits des exutoires. Et au fond je reste un vieux gothique…

2. Pourquoi s’être lancé d’abord dans l’auto-édition : tu n’aimes pas trop les éditeurs, c’est ça ?

JY = Je n’avais jamais imaginé proposer un jeu à des éditeurs pro avant d’avoir des retours sur Thanatos version indé. Je pense que le manque de confiance est un problème récurrent chez bien des créateurs qui n’osent pas se lancer dans le grand jeu. J’avais aussi des à priori sur mon propre univers et son thème. Jouer la mort ? C’est un peu un truc de niche. Sans les retours positifs de ceux qui ont lu Thanatos dans ses premières incarnations je n’aurai jamais osé contacter les XII singes.

Être indépendant m’a permis d’aller loin dans la proposition aussi bien du système que de l’univers mais aussi esthétique. Même si le fait de travailler seul a montré ses limites, ce passage a été une phase importante dans l’affirmation de l’identité du jeu. Qui sait, sans ce passage, peut être que je n’aurais pas convaincu les XII.

3. Une question obsédante pour les Singes : on a vraiment besoin d’un jeu médiéval-fantastique de plus ? Sérieusement ?

F = On ne raisonne pas vraiment par genre . Face à une proposition, notre premier question est d’abord est-ce que certains d’entre nous ont envie d’y jouer. Et quelle que soit la réponse, pourquoi. Cela nous amène à des constats qui guide notre décision. Évidemment , cela fait que si c’est trop proche de quelque chose que l’on a déjà fait ou que l’on va faire, ça écarte la proposition.

Dans le cas de Thanatos, on a été séduits par un dieu de la Mort hors du bien et du mal, par des morts-vivants qui sont en fait ses « ennemis », par des PJ choisis par ce dieu pour son service et projetés dans un autre monde dans leur propre monde, par les dilemmes qui les attendent, si bien suscités par le système à base de cartes et ses « fatalités », à la fois bonus et exigences du dieu de la Mort.

Donc on n’a pas vu un jeu med-fan de plus, mais au contraire plein de nouveautés et leur imbrication cohérente qui nous donnaient envie de jouer.

4. Le fantastique de Thanatos semble assez léger : pas de races issues du dungeonverse, une magie dangereuse et rare, une religion unique rebaptisée « krétienne »… en fait, Thanatos aurait pu se dérouler dans un Moyen-âge quasi-historique, non ?

JY = Pourquoi pas ? C’est une idée. Il est fort possible d’ignorer une part du contexte pour le remplacer par un cadre historique.

Néanmoins comme tu dis, le fantastique « semble » assez léger. Mais Hartdörf est bien un monde fantastique avec un au-delà très présent et des croyances qui lui sont associées. C’est un monde mythique avec une cosmogonie propre qui influe sur ce qui se vit au quotidien. La présence des non morts et des anciens dieux est entremêlée dans l’Histoire ancienne et actuelle de Hartdörf. Et puis Hartdörf est un fabuleux pays qui mérite d’être visité avec de nombreuses particularités qui lui sont propres.

5. Niveau système, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris : c’est un système à base de dés ou à base de cartes ?

JY = Les deux mon général ! Nous proposons deux systèmes dans le livre de base. Le premier associe un dé 10 avec un tirage de cartes. Le second propose de se passer des dés et de résoudre l’ensemble des épreuves par le tirage de cartes.  Le premier a l’avantage de ne pas déboussoler les joueurs qui aiment les dés. Le second est plus immersif et peut aider à une narration plus marquée grâce à une interprétation des cartes.

6. Ôtez-moi d’un doute : le paquet de cartes, en fait, c’est un paquet traditionnel de 52 cartes, non ?

JY = Oui et non. Il est possible de jouer avec un paquet traditionnel, mais il faut marquer les cartes pour qu’il y ait une lecture envers/endroit possible. Des modalités pour adapter les cartes classiques (poker, tarot…) sont inclues dans le livre de base. Les couleurs (piques, cœur…) sont remplacées dans l’oracle d’Hartdörf par les couleurs locales qui correspondent aux quatre visages de Thanatos (Boucle sorcière, couperet noir…). Esthétiquement c’est raccord avec l’univers et donc plus immersif.

7. Confusion dans mon esprit, suite : le set de base prévoit une campagne prête-à-jouer pendant que le livret accompagnant l’écran propose de jouer en bac-à-sable. A la base, Thanatos est plutôt fait pour quel style de jeu ?

F = dans le projet que Jean-Yves nous a présenté, c’est bac-à-sable – ce qu’il appelle terrain de chasse. Il nous semblait toutefois qu’il était plus facile de proposer un scénar’ dans une forme plus classique dans le livre de base pour les MJ se lançant avec Thanatos.

Éditorialement, on a donc fait des terrains de chasse, une version en quelque sorte avancée, donc avec le paravent, avec un livret présentant un terrain de chasse et les « règles » pour les créer. Je suis d’ailleurs actuellement en train de relire la dernière version d’un autre terrain de chasse écrit par Jean-Yves et qui à terme pourrait très faire un supplément, par exemple sous forme de livret comme celui de l’écran. La campagne marie les deux. D’une part une trame de plusieurs scénarios successifs, mais aussi des options pour mettre en scène des interludes moins scriptés et plus ouverts.

8. Le choix du noir & blanc intégral, c’est un pur choix de direction artistique ou bien c’est aussi un impératif économique par les temps qui courent ?

F = c’est un choix de direction artistique. On a des « petits » projets pour lesquels c’est une logique économique, généralement on les reconnait à leur couverture couleur (par exemple Missions), mais on a aussi des projets ambitieux pour lesquels cela s’impose dans la réflexion sur la création (par exemple Wastburg ou Les Oubliés).

9. Économie de crise toujours : 4000 e d’objectif pour trois livres, un écran, un deck de cartes… c’est pas beaucoup quand même, pas vrai ?

F = en fait, on devrait peut-être même mettre 0 € comme premier objectif quand on est sur les projets de création française. On croit en certains projets, donc on y va. Bien sûr, si un financement fonctionne, c’est un signe et surtout des possibilités pour faire encore mieux. Quand un auteur comme Jean-Yves s’adresse à nous après avoir édité par lui-même une première version de son jeu, c’est pour que l’on mobilise nos ressources sur ce projet. Notre capacité à organiser et animer un financement participatif en fait partie, mais c’est loin d’être tout, y compris financièrement.

10. Tiens, un bonus marrant : des podcasts de présentation du jeu. Ah, mince, vous aussi vous pensez que les médias écrits, c’est mort… ?

F = Il reste une demande forte pour de l’imprimé en matière de jeu de rôle (à commencer par nous-mêmes…). Mais cela n’enlève rien au fait qu’il existe aussi des usages numériques qui se développent. Et entre les deux une assez large palette d’hybridation des pratiques.

On a donc évolué avec des volets numériques : PDF de plus en plus remplacés par des packs numériques, index/moteur de recherche par gamme, podcasts, web-appli, etc. On essayer de les réfléchir pour que cela fonctionne en synergie avec l’imprimé comme en usage mixte, sauf bien sûr quand il s’agit de développement pour table virtuelle comme dans le cas des gammes Cthulhu et Cthulhu Tenebris.