Encore une prime gagnée par le Year Zero ! [chronique kit de découverte Blade Runner]
Une affaire qui roule. Un jeu Free League issu d’une grosse licence. Une adaptation sous système Year Zero. De belles images. Une traduction rapide par Arkhane Asylum. Une sortie directe en boutiques.
Le scénario est connu et il nous réjouit, nous permettant de faire une pause sereine entre deux foulancements laborieux et deux annonces de décalage de planning, trop souvent notre ordinaire ces temps-ci.

C’est donc selon cette procédure finalement à l’ancienne que vous pouvez vous procurer en boutiques la jolie boîte renfermant le copieux kit de découverte de Blade Runner, le jeu adaptant le célèbre univers du roman de Philip K. Dick, (beaucoup) le film de Ridley Scott et (un peu) celui de Denis Villeneuve. Selon les habitudes de l’éditeur suédois, vous trouverez dans une épaisse boîte en carton tout le nécessaire pour jouer un long scénario, des prétirés et un extrait des règles complètes de jeu pour se lancer (mais pas pour créer des personnages, en revanche).

Dans le détail, la boîte contient :
- un livre de règles de 80 pages
- un dossier d’enquête (un scénario, quoi) de 56 pages
- une pochette remplie d’indices matériels en tous genres à distribuer aux enquêteurs
- une grande carte de Los Angeles
- quatre fiches de prétirés
- un deck de 70 cartes à jouer, quelques-unes pour le scénario (portraits des PNJ) mais la plupart utilisées comme aides de jeu pour les règles (poursuites, initiative)
- 2 sets de 4 dés très légèrement spéciaux (avec quelques symboles pour faciliter la lecture)



Comme on le voit, c’est très complet, luxueux même. On approuve l’absence d’un écran souple sachant que le vrai et gros écran rigide est déjà en précommande. La présence d’accessoires très largement réutilisables comme la carte poster de la ville, les cartes à jouer pour animer les poursuites ou régler l’initiative et, bien sûr, les dés rendent dans tous les cas l’achat de la boîte assez rentable si vous envisagez de vous lancer dans le jeu complet.
Placé sous la double égide de Free League et de Arkhane Asylum, tout ce matos est de très belle facture. On notera un petit bémol à propos des deux livrets et surtout de leur mise en page. C’est très sombre. Alors, bien sûr, on ne s’attendait pas à un copié/collé de Tails of Equestria, c’est vrai, mais là c’est tellement une dominante de noir que l’on jurerait être, en fait, dans un supplément pour Alien. Il y avait peut-être quelque chose d’un peu différent à aller chercher du côté des néons ou du ciel orangé pour varier un peu l’ambiance.


Le système Year Zero démontre encore toute sa souplesse en s’adaptant aux exigences du jeu sur les androïdes tout en déclinant son propos habituel : tentez votre chance à vos propres risques et périls. Ainsi, comme il se doit, on retrouve le principe de forcer les jets pour obtenir plus de réussite en échange d’une prise de risques supplémentaires. Des notions comme l’objet fétiche, le PNJ de référence et même ici le souvenir de référence (genre… une cocotte en papier ?) sont aussi de la partie. Au niveau mécanique, la subtilité vient de l’emploi de deux dés polyédriques sur l’échelle D6 à D12 à lancer par paire (un pour la carac’, un pour la compétence) et non pas une poignée de D6. Le but est toujours d’obtenir au moins un 6. On ne sera pas vraiment dépaysé.
A cela s’ajoute les éléments nécessaires pour pouvoir ressentir dès cette boîte de découverte les particularités les plus marquantes de la licence : l’anticipation technologique et l’enquête urbaine poisseuse.

Pour le premier point, ce Blade Runner prend un peu des accents de jeu cyberpunk en proposant des points d’humanité qui, ici, ne baisseront pas si vous vous équipez du dernier bras cyber-scie sauteuse à la mode mais seulement si vous vous contentez d’être une véritable machine à enquêter sans jamais avoir recours à vos relations ou souvenirs clefs. Bien sûr, le matériel technologique n’est pas oublié avec une section assez alléchante proposant un catalogue varié de 16 pages dont la présence étonne dans un simple kit de découverte (le livret total fait 80 pages). On se demande ce que contiendra le livre de base complet dans ce registre ! L’accent est particulièrement mis sur les véhicules pour lesquels des règles de poursuite sont proposées dès ce kit, accompagnées comme on l’a vu de cartes à jouer assez pratiques pour briser la monotonie de ce genre de scènes : les cartes permettent de générer des obstacles et autres péripéties. D’autres récapitulent les manœuvres possibles.

Du côté de l’enquête, le jeu introduit les points de promotion qui vont permettre aux Blade Runners de solliciter leur hiérarchie, obtenir des informations confidentielles, débloquer du matériel inhabituel ou obtenir plus largement de l’aide. L’accent est également mis sur le décompte du temps durant l’enquête (fouiller une base de données,s e déplacer sur un lieu de crime, etc.), ouvrant la porte à des scènes séparées (chacun enquête dans son coin pour se répartir les tâches) dont, personnellement, je peine à voir l’intérêt tant la contrainte ludique est forte. Simplement pour se rapprocher des films qui ne mettent pas en scène des équipes de 4 ou 5 enquêteurs ? Mystère.

Le livret est presque entièrement consacré aux règles et au matériel. L’exposé sur l’univers et la proposition de jeu, lui, tient en 4 pages à peine. L’essentiel se passe plutôt dans le livret de scénario qui, lui, en 56 pages, propose une enquête complète pour un à quatre enquêteurs (avec uniquement ce kit, ce seront forcément les prétirés fournis).

Un des avantages incontestables de ce format boîte de découverte quand on parle de Blade Runner est qu’il permet à tous, éditeur raisonnable et joueurs déraisonnables, de ne PAS se poser la seule question qui vaille quand on parle d’un jeu qui adapte l’univers d’un seul court roman : est-ce que c’est bien sérieux de concevoir un jeu entier autour d’une trame aussi fine ? On se demandait déjà si on n’allait pas tourner en rond dans les coursives d’un vaisseau spatial mal fréquenté avec Alien. Alors on peut légitimement se poser la question pour Blade Runner : manger des nouilles sous la pluie en traquant des Réplicants, c’est sympa mais on en ferait pas non plus une campagne de six mois.
Pour ce galop d’essai sur le terrain de chasse des Blade Runners, on retrouve tout le luxe et la volupté du mode Cinéma de Alien. Le scénario est parfaitement clef en mains avec un usage immodéré des aides de jeu à distribuer aux joueurs. Assez courant dans les campagnes richement foulancées, ce confort pour le MJ (et partant de là pour les joueurs) n’est pas si fréquent en revanche pour les « modules » (OK, là, c’est le gros module) directement disponibles en boutiques. C’est d’autant plus intéressant que, compte tenu de la quantité mais aussi de la qualité du matériel proposé, le prix peut être jugé véritablement contenu. Il faudra quand même, bien sûr, tenir compte de l’éventuelle barrière psychologique du manque de rejouabilité pour franchir le pas.


De fait, comme pour tous les jeux en boîte, la question sempiternelle que ce modèle éditorial pose est : a-t-on vraiment besoin du gros livre de base du jeu, dont la VF est déjà en précommande et qui devrait sortir incessamment sous peu (fin novembre ?) accompagné en boutiques de son écran en béton armé ? Pour Alien, le mode Campagne, avec ses voyages spatiaux au long-cours et ses mondes à explorer faisait sens mais là ? Ne pourrait-on pas plutôt imaginer se contenter d’enchaîner les boîtes équivalentes avec prétirés sans avoir forcément besoin des méthodes complètes pour créer ses propres personnages ou approfondir un univers dont, sans doute, on n’aura réellement besoin que de 5 % ?
Pour le moment, la réponse de l’éditeur VO, Free League, est assez claire puisque le seul supplément paru à ce jour est Fiery angels, une boîte (en mode Cinéma si j’ose dire) parfaitement similaire à la précédente… livret de règles allégées en moins.

Mais… exactement comme pour Alien, FL va aussi développer les possibilités de jouer différemment à sa proposition de base en foulançant (publication prévue en VO en février 2025) le gros supplément Replicant Rebellion qui propose rien de moins que d’inverser le propos et de jouer des Replicants chassés par de méchants et impitoyables Blade Runners.

Le CF de la VO a également permis de financer la publication d’une boîte dite Asset Pack qui comporte toutes sortes d’indices matériels plus ou moins génériques à utiliser et distribuer pour créer ses propres intrigues.
Selon le scénario bien rodé décrit en prémices de cet article, on ne devrait pas attendre trop longtemps avant de pouvoir profiter de tout ça en VF.

