Role over the World : la coke et les putes

Alors que débutait cette semaine le procès des éditions Sans Détour, le plus étonnant est à quel point cet évènement nous rappelle qu’on est pas si différents des autres ; qui aurait cru que des nerds rôlistes dépenseraient leur argent volé en drogue et en filles de joie comme n’importe quel comptable véreux ? Pas moi. Je pourrais vous en parler des heures, mais hélas, cette rubrique est consacrée aux nouvelles internationales, et on n’a pas de coke, mais on a des idées comme le disait Chirac.

 

Avery Alder primée par des gens de goût

Savez-vous qui est Lizzie Magie? Parce que les organisateurs du festival Rennes en Jeux le savent eux, si bien qu’ils ont créé un prix en son nom. Lizzie est la créatrice de The Landlord Game que vous connaissez probablement sous le nom de Monopoly suite à son vol par Charles Darrow, sauf qu’elle l’avait initialement conçu pour montrer l’absurdité du capitalisme en prenant comme exemple la spéculation immobilière. Bref, Lizzie Magie était une femme de conviction, inventive et dont la création a révolutionné le jeu de plateau. De fait, le prix Lizzie Magie récompense la carrière de créatrices et créateurs qui enrichissent nos étagères et nos esprits par leur inventivité autant que par leur engagement social, et quelle meilleure candidate à cette récompense que Avery Alder ? Ne répondez pas, c’est rhétorique.

Avery Alder, on vous en parlait la semaine dernière à l’occasion du foulancement de Going for Broke, son dernier jeu proposant d’incarner des colocataires fauchés dans une ambiance de sitcom. Et si le prix tombe à pic pour parler de cette nouveauté, la carrière éblouissante d’Alder  à 36 ans justifie largement la récompense. Vous connaissez probablement le célèbrissime Monsterheart, mais on doit également à la créatrice une foule d’autres œuvres indépendantes et engagées comme The Quiet Year qui nous laissent pantois tant par leur écriture que leur design.

Comme les passionnés de Rennes en Jeux nous le prouvent, la France est toujours le centre du monde quand il s’agit d’avoir bon goût

Asmodée fragile malgré sa liberté retrouvée

Dans un prospectus adressé aux actionnaires relayé par BoardgameWire, Asmodée annonce une volonté forte de diversifier ses sources de revenus, et c’est pas pour rien. Depuis l’annonce de sa séparation du groupe Embracer (séparation officiellement actée à la bourse de Stockholm la semaine dernière), les gros bonnets d’Asmodée admettent un « risque de concentration » concernant l’origine de leurs revenus ; l’entreprise a beau posséder 4000 jeux répartis sur plus de 400 propriétés intellectuelles, l’écrasante majorité de leur chiffre d’affaire est assurée par seulement cinq d’entre elles : Dobble, Exploding Kittens, Les aventuriers du rail, Magic : The Gathering, et Pokémon.

Dans ledit prospectus, Asmodée annonce sa volonté de diversifier ces sources de revenu, notamment via leurs plans de rachat massifs d’éditeurs tiers car, même si on aurait tort de s’inquiéter pour la pérennité de Pokémon ou Magic, la baisse de popularité de ces licences représenterait un manque à gagner de 15 à 20%. Si on se base sur leur année 2024, ça implique un trou de 48 millions de dollars dans le pire des cas. Un chiffre qui fragiliserai grandement leur nouvelle indépendance et rendrait leur plan de rachat totalement inopérant.

Paizo présente trois nouvelles sorties

Le cinq mars verra donc la sortie de Rival Academies  et du NPC Core. Le premier sera un supplément proposant d’injecter une dose de Harry Potter et la coupe du Phénix dans nos campagnes en présentant six écoles de magie et l’évènement qui les réunit. Comme toujours avec PFR2, le bouquin proposera de nouvelles options pour interpréter votre jeune sorcier favori en plus d’une tonne d’infos sur le lore foutraque du jeu, incluant ici une école gothique de savant fous tout droit sortie d’un roman de Mary Shelley et une université dont le doyen est aussi l’éléphant géant sur laquelle les salles de classes sont construites. Le second est un ajout étonnant à notre époque : le NPC Core soit un compendium de PNJ pour vos campagnes. Déjà que c’est pas banal de consacrer tout un bouquin à des PNJ, mais encore plus pour Paizo de nous donner des éléments de construction alors qu’ils misent énormément sur leurs aventures officielles. On va pas cracher sur la soupe, mais ça reste très contre-intuitif.

Enfin le mois d’avril verra venir le premier tome de Shades of Blood une campagne en trois parties commençant au niveau 1 plongeant les joueurs dans une intrigue pleine de vampires. Outre l’aventure dont on ne sait pour l’instant presque rien, c’est l’occasion pour PFR2 d’étendre son lore vampirique qui, malgré deux décennies de world building, n’a pas beaucoup été exploré.

Le Kickstarter de la semaine : A Perfect Rock

Dans l’idée d’apporter toujours plus de diversité aux sujets de cette rubrique, A perfect Rock est un jeu sans MJ proposant à 1-4 joueurs de trouver ensemble un nouveau monde suite à la destruction du précédent. Au programme on trouve donc une grande carte stellaire à explorer, des planètes uniques à apprivoiser, et un gros vaisseau plein de gens à faire exister. En plus d’illustrations sobre mais classes inspirées des œuvres de Retro Sci-Fi, le jeu propose aux joueurs d’imaginer les planètes en s’inspirant de cailloux qu’ils ramassent ou de minéraux existant, les incitant donc à trouver « le caillou parfait ». C’est ludique, léger, et promet des parties courtes se terminant en une ou deux sessions

La sortie de la semaine : Dungeons & Dragons Monster Manual

Le troisième et dernier Core Book de la nouvelle-édition-qui-n-est-pas-une-édition-on-vous-jure-mais-achetez-la-quand-même de D&D est donc sorti cette semaine dans une ambiance relativement sobre, mais difficile de savoir pourquoi. Certes, l’engouement pour la nouvelle gamme est un peu en deçà des espérances d’Hasbro, mais les critiques sont globalement bonnes, soulignant notamment de nouveaux monstres de haut niveau, l’apparition de profils multiples pour une seule espèce (le cyclope par exemple contient désormais deux tableaux ; un pour la version guerrière, et l’autre pour un lanceur de sorts), et surtout une nouvelle pagination plus ergonomique permettant de retrouver les ennemis selon leur niveau et leur type entre autres facteurs. Arrêtez de rire, je sais que tous les autres JdR fonctionnent comme ça depuis dix ans, mais c’est important pour eux.

La logique voudrait que ce silence pudique réponde en fait à la dernière « controverse » en date, à savoir l’absence très remarquée des orcs et des drows du manuel pour des raisons jusqu’ici brumeuses. Les chevaliers de l’anti-woke hurlaient à l’auto-censure suite à la réalisation que ces deux races, même éloignées de leurs origines clairement racistes (je vous rappelle que Tolkien décrit dans une lettre ses orcs comme « semblables aux membres les plus laids de la race mongole »), véhiculaient toujours une idée dommageable de l’autre en tant qu’ennemi. Les enragés d’en face répondent qu’en réalité il s’agirait d’un premier pas pour rendre ces deux héritages jouables, les bestiaires de D&D étant généralement purgés des options pour joueurs (excepté pour la 4ème édition). Eh bien les deux avaient tort puisque WotC a confirmé que les drows méchants reviendraient à la fin de l’année dans l’ouvrage dédié aux Royaumes Oubliés. Qu’est-ce qu’il faut pas faire pour vous vendre un livre.

Pour ma part, je pense que WotC n’a pas communiqué plus que ça sur cette sortie pour la simple et bonne raison que le PDF du livre est disponible depuis des semaines via un système d’abonnement calqué sur les jeux-vidéos. Donc les passionnés payant pour bénéficier du « Master Tier » de l’application de D&D ont accès au PDF depuis presque trois semaines, et tout ce qu’ils concèdent en échange, c’est de ne jamais pouvoir imprimer ou exporter le document, et débourser continuellement une somme grandement supérieure au prix du livre pour continuer à y avoir accès, une bonne affaire quoi. Bref le livre est donc sorti depuis des lustres pour sa cibles principale, faisant de cette distribution physique un non évènement parfaitement en ligne avec le tournant vers le tout numérique que prend WotC.

5 pensées sur “Role over the World : la coke et les putes”

  • 24 février 2025 à 07:15
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    Outre le titre qui n’a strictement rien à voir avec l’article et confine au pire du putaclic, on a compris que l’auteur n’aime pas du tout D&D et critique le fait qu’il y aurait des suppléments pour faire vendre du livre et ce, après avoir été bien sympa sur un énième supplément Pathfinder pour ajouter des énième options…

    Ça serait peut-être de bon ton de faire des relectures des articles avant de les publier…

  • 24 février 2025 à 10:46
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    J’aime beaucoup cette ouverture vers des pledges et autres jeu peu couverts, même au niveau de notre petit microcosme. Les articles sur les acteurs de l’édition sont aussi très intéressants car ils permettent d’avoir une vision plus macro économique du milieu, sans tomber dans l’affect (par exemple, qd j’évoque le nom du patron d ‘Arkhane Asylum, les gros mots me montent à la bouche mais je dois reconnaître qu’il fait du bon boulot !).

  • 24 février 2025 à 12:44
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    Le titre de l’article me laissait attendre une évocation du procès des malversations financières de Sans-Detour, évoqué par le journal « Le Monde » il y a quelques jours. Ben alors, depuis quand « Le Monde » couvre l’actualité rôlistique avant Le Fix ? 😀 L’article est très intéressant quand même, cela dit, mais son sujet réel est assez différent de ce qu’on attend au vu du titre.

    Au sujet d’Asmodée, quelles sont les relations entre Asmodée et Wizards of the Coast ? À ma connaissance, c’est Wizards of the Coast qui possède « Magic », et WotC appartient à Hasbro. Comment Asmodée gagne-t-il de l’argent avec « Magic », alors ? WotC leur a concédé des droits ? Si oui, lesquels ?

    Pour ce qui est de Tolkien et des orques, l’expression citée dans l’article provient d’une lettre de 1958 où Tolkien commente un projet d’adaptation en film du « Seigneur des Anneaux ». On trouve cette lettre dans le volume des « Lettres » assemblé par Humphrey Carpenter, lettre n°210. Dans la version française en Pocket, c’est pages 519-532. Il s’agit plus précisément du point n°19 de la lettre, à la page 256 de l’édition française. Je cite : « Pourquoi Z ajoute-t-il des becs et des plumes aux Orques ! ? (Orques n’est pas une forme d’Auks [pingouins]). Les Orques sont nettement présentés comme une forme corrompue de l’ « humain » tel qu’on le trouve en l’Elfe et en l’Homme. Ils sont (ou étaient) courts, larges, ont le nez plat, la peau jaunâtre, une grande bouche et des yeux bridés : en fait, des versions dégradées et repoussantes des moins agréables (pour les Européens) des types mongols. »
    En anglais, l’expression en question est : « squat, broad, flat-nosed, sallow-skinned, with wide mouths and slant eyes: in fact degraded and repulsive versions of the (to Europeans) least lovely Mongol-types ».
    On peut difficilement prétendre que Tolkien n’a pas du tout été influencé par les stéréotypes racistes de son époque, prégnants au Royaume-Uni comme ailleurs. Cependant, j’ai bien fait d’aller chercher l’information à la source, parce que la citation française présente dans l’article est fausse et déforme le propos de Tolkien. La lettre de Tolkien ne dit pas que les orques sont « semblables » aux Mongols, et ne parle pas de « race » mongole (même si l’expression « mongol-type » peut bel et bien être comprise à la lumière des conceptions racistes de son temps). Il indique qu’il s’agit de « versions dégradées et repoussantes ». On note aussi que le film veut animaliser et déshumaniser les orques en leur ajoutant becs et plumes et que Tolkien s’y oppose. Enfin, l’origine des orques et leur destin dans le légendarium de Tolkien appellerait toutes sortes de nuances.
    Pour en revenir au propos de l’article, les orques de D&D — et de la fantasy américaine en général — a bel et bien véhiculé des clichés racistes, mais c’est un raccourci et une injustice de rejeter entièrement la faute sur Tolkien alors que de nombreux autres auteurs et œuvres ont fait bien pire dans le genre.
    Sur ce sujet, je recommande les articles de William Blanc, par exemple « Progressisme ou barbarie ? Les orques dans l’histoire des univers de fantasy », dans les actes du colloque « Fantasy et Histoires » (ActuSF, 2019) ou « Les Orques ou les porcs de la fantasy. Le sens de l’animalisation de l’autre dans les œuvres de l’imaginaire » dans la revue « Fantasy Art and Studies » n°9 (automne 2020).

    • 24 février 2025 à 13:50
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      Hello! concernant Magic et Pokemon, Asmodée y gagne en tant que distributeur européen de ces deux jeux de carte. Il ne sont effectivement pas propriétaires de ces licences, mais bénéficient d’un droit de distribution sur un territoire donné

      • 24 février 2025 à 22:10
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        Merci pour l’explication 🙂

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