Agate impose sa Loi

Pendant que Arkhane Asylum nous donne envie de visiter la Suède, la branche traduction du Studio Agate semble, elle, avoir définitivement mis le cap vers l’Italie dont il a entrepris de publier de plus en plus de pépites ludiques en VF. Le projet actuel concerne Lex Arcana, le jeu d’uchronie romaine de Acheron Games. La VF est actuellement en foulancement et ça se passe plutôt bien même s’il reste encore du temps pour faire mieux. Si vous vous posez quelques questions avant de vous engager, ça tombe bien : nous aussi. On a donc demandé à Vincent Lelavechef de bien vouloir nous montrer la voie (romaine).

 

1. Bon, bah, décidément, vous devez avoir un Fixer qui parle italien chez Agate pour vous dégotter tous ces deals, non ?

C’est vrai qu’on commence à bien se débrouiller avec les ciao et les grazie mille ! Plus sérieusement, ce sont surtout des coups de cœur qui se sont transformés en partenariats solides. Et puis l’équipe d’Acheron Games est à la fois talentueuse et très ouverte à la collaboration, donc la communication se fait naturellement, même sans être parfaitement bilingue.

2. Cela reste de l’ordre du hasard ou vous pensez qu’il y a une sorte d’« école italienne » du JdR ?

Ce n’est pas un hasard total. L’Italie a une scène JdR très vivante, avec une vraie identité : une approche narrative forte, un goût pour le mélange des genres, une mise en valeur des racines historiques ou mythologiques. On pourrait presque parler d’une « école », oui — avec une patte bien reconnaissable, qui fait écho chez nous.

 

3. Mine de rien, Lex Arcana, c’est un jeu assez ancien maintenant. Pourquoi pas plus tôt que ça pour la VF ?

Bonne question ! La première édition est effectivement sortie dans les années 90, mais elle n’avait jamais été traduite. C’est la deuxième édition, beaucoup plus riche et moderne, qui a vraiment relancé l’intérêt. Il fallait aussi le bon moment, et surtout le bon partenaire côté italien. Là, tous les voyants sont au vert.

4. Mais n’est-ce pas trop tard, du coup ? En France, il y a Imperator qui a un beau succès et qui est quand même plus ou moins sur le même créneau.

On comprend la comparaison, mais Lex Arcana propose une approche assez différente. Là où Imperator vise aussi un contexte fidèle à notre passé, Lex Arcana assume un empire romain uchronique, à l’Histoire divergente.

C’est aussi une sorte de X-Files ou de Delta Green antique : les PJ font partie d’une organisation secrète d’État, c’est un jeu à missions. Les deux jeux peuvent très bien coexister dans une ludothèque.

5. De ce fait, vous n’échapperez pas à la question : pourquoi Lex Arcana, c’est mieux que Imperator ?

On ne dirait pas que c’est « mieux », mais que c’est autre chose. Lex Arcana, c’est une ambiance plus fantastique qu’historique, avec un système simple et une emphase sur les visions envoyées par les dieux, pour aider les PJ durant leur enquête, et une Rome du Vème Siècle qui évolue vers des évènements inédits, que la gamme VO est en train de dévoiler à travers des campagnes. C’est l’Antiquité avec un supplément de surnaturel, et ça plaît autant aux fans d’Histoire qu’aux amateurs de magie antique.

6. La gamme de Lex Arcana est déjà pléthorique en VO. Vous allez tout traduire ou bien ?

Chez Agate, on a une ligne claire : on ne lance pas une gamme pour l’abandonner derrière. On a toujours accompagné nos jeux sur la durée, que ce soit Vampire : le Requiem, Iron Kingdoms, Brancalonia,.

Pour Lex Arcana, c’est la même intention : on démarre avec le livre de base, l’écran et les premiers suppléments narratifs, et si la campagne fonctionne bien, on s’engage à poursuivre avec les ouvrages régionaux et les campagnes. Le suivi, c’est dans notre ADN.

7. J’ai noté qu’il existait des suppléments régionaux sur l’Égypte, la Bretagne, la Dacie, etc. Mais pas sur la Gaule. Eh, c’est pour vous, ça, non ?

On ne va pas mentir : c’est une idée qui nous fait très envie. La Gaule, c’est un terrain de jeu parfait pour Lex Arcana : entre les druides, les forêts mystérieuses et les vieilles divinités celtiques, il y a de quoi faire. Rien n’est encore signé, mais on en discute avec Acheron.

8. Perso, l’économie, je n’y comprends rien. Alors, si on y ajoute la géopolitique, pffff. Pouvez-vous m’expliquer calmement en quoi la hausse des droits de douane aux USA peut m’impacter, moi, consommateur francophone de produits francophones du studio Agate francophone ?

C’est une question très pertinente.

Même si nos jeux sont en français, leur modèle économique ne se limite pas à la France. Beaucoup de nos projets sont produits en plusieurs langues, notamment en anglais, pour mutualiser les coûts d’impression. Les ventes à l’international, et particulièrement vers des marchés comme les États-Unis, permettent de tirer les prix vers le bas pour la VF. Quand les droits de douane augmentent ou que les flux logistiques sont perturbés, cela fragilise l’équilibre global… et ça peut finir par impacter aussi les tarifs ou la rentabilité de l’édition française.

Bref, dans un monde connecté, même un jeu 100% francophone ne vit pas en vase clos.

9. Dans le même ordre d’idée, pourquoi avoir choisi Ulule pour ce foulancement alors que la plate-forme a annoncé désormais prélever une contribution également sur les souscripteurs ?

On comprend que cette évolution puisse poser question. On a choisi de rester sur Ulule car c’est une plateforme bien implantée, avec une communauté active, et qui nous permet d’avoir une bonne visibilité en francophonie. C’est pourquoi, pour cette campagne Lex Arcana, Agate prendra à sa charge la commission Ulule imputée aux souscripteurs : elle se retranchera des frais de port.

10. Cela fait beaucoup, beaucoup d’actu pour Agate branche traductions en ce moment. Ne serait-ce pas plus raisonnable de d’abord suivre les gammes existantes ? Puisqu’on parle de jeux italiens, les fans de Brancalonia attendent leur suivi (avec L’empire contre-claque ! ) et celui-ci aura apparemment quasiment un an de retard sur la date prévisionnelle.

Oui, c’est vrai : Inferno et L’Empire contre-claque ! sont en retard. Ils sont actuellement en production, chez l’imprimeur. Tant que c’est entre les mains du fabricant, on ne peut rien faire d’autre qu’attendre — ce qui est frustrant pour tout le monde, nous y compris. On préfère prendre le temps nécessaire pour garantir un produit final de qualité, plutôt que de bâcler pour tenir une date.

Et en parallèle, le reste de la gamme suit son cours, avec du renfort côté traduction et édition pour éviter ce genre de décalages à l’avenir.

11. Brancalonia, Lex Arcana, Inferno : tout ça, c’est Acheron Games. Vous avez aussi annoncé une future VF pour Apocalisse. Une VF de Malavita (un jeu sur la guerre des mafias dans les années 70), c’est trop risqué ou vous y songez aussi ?

Malavita a l’air super cool, c’est clair. C’est un jeu très marqué, très narratif, avec un vrai parti pris. Pour le moment, le projet n’est pas allé plus loin que le quickstart chez Acheron. On observe, on en discute, mais s’ils le finalisent, c’est sûr, on ne sera pas très loin.

12. Acheron toujours. L’éditeur italien semble avoir eu un très gros succès avec son foulancement pour Marco Polo’s Legacy. Cela pourrait vous intéresser aussi ou bien avec Cathay dans votre catalogue, c’est mort ?

On suit le projet avec beaucoup d’intérêt. Acheron a une vraie capacité à proposer des univers forts, et Marco Polo’s Legacy semble en être un nouvel exemple. Ce n’est pas parce que ça se passe en Asie que ça ferait doublon avec Cathay : la proposition d’Acheron est très différente, avec un ton, une structure et une intention qui lui sont propres. Pour l’instant, on reste curieux et à l’écoute de ce qu’ils vont développer autour de cette gamme.