Vers l’infini et… Oh déjà!? [Preview Starfinder 2]
Vous trouvez le calendrier de sorties de Black Book suffisamment garni ? Eh ben pas eux apparemment. Non contents de préparer la version française de Daggerheart tout en tentant de faire ployer nos bibliothèques sous les souscriptions Pathfinder, les gens du livre noir vous proposent de limiter toujours plus le temps de sommeil de leurs traducteurs en finançant sur une simple semaine la seconde édition de Starfinder. Quoi ? Vous ne savez pas ce qu’est Starfinder ? Ça tombe bien on va vous expliquer.

Pathfinder 40 000
Comme la subtile convention liant ce nouveau titre à Pathfinder l’indique, Starfinder (SF2 pour les intimes) se déroule dans le futur lointain du premier. Un monde de Fantasy donc, mais aussi de technologie débridée. Magie et technologie s’opposent, se complètent et font toutes deux parties du quotidien de SF2, un peu à la manière d’un Star Wars sous acide, ou d’un Warhammer 40K optimiste. Cette nouveauté Païzo est plutôt ambitieuse, avec trois objectifs explicites : faire oublier une première édition qui, en plus d’avoir manqué son public est largement considérée comme intéressante mais inutilement complexe, proposer un jeu de science fantasy aux mécaniques profondes mais accessibles, et surtout créer une symbiose parfaite avec son grand frère PF2R.
Car oui, le grand truc de SF2, c’est qu’il utilise (presque) exactement les mêmes règles que PF2R, promettant donc une interconnectivité totale entre les deux jeux. SF2 n’est donc pas qu’un jeu, c’est également le plus gros supplément jamais conçu pour PF2R, et rien que ça, c’est du genre à me faire sauter de joie les potentiels souscripteurs.

Au programme on retrouve donc le bloc typique des trois ouvrages hérités de D&D :
- Le livre du joueur introduit le système du jeu, soit celles de son grand frère mais adaptées à un univers SF, six classes issues de la première édition parmi lesquelles, « l’Envoy » dont le mélange de charisme et de prouesses combattantes rappelle Han Solo, et le « Witchwarper », un lanceur de sort capitalisant sur les anomalies quantiques. Côté ascendances on retrouve deux classiques de PF2R, quatre nouvelles têtes dont le barathu, une ascendance née sur des planètes gazeuses, et dont l’apparence (à mi-chemin entre un hippocampe et un cupcake) hurle « science -fiction » de la meilleure manière possible. Le tout se complète par deux héritages versatiles à découvrir à la sortie.
- Le livre du MJ, deuxième bras de cette trinité ludique est très attendu au tournant puisqu’en plus d’inspirer les meneurs et meneuses de jeu, on doit y trouver les outils nécessaires pour créer monstres, objets technologiques ou magiques, campagnes en tous genres, mais aussi les règles relatives au combat en vaisseau spatial, et toutes les informations nécessaires pour mélanger SF2 et PF2, tant d’un point de vue mécanique que narratif.
- L’Alien Core enfin fait office de bestiaire. Paizo est connu pour son interprétation unique des classiques et son imagination digne d’un Salvador Dali sous psilocybine quand il s’agit de nous proposer des nouveautés. On attend notamment beaucoup des quatre nouveaux dragons promis, surtout après ceux du dernier livre de monstres pour PF2R, même si on regrette que ce livre casse apparemment avec une excellente tradition de Starfinder. En effet les Alien Archive de la première édition étaient autant des bestiaires que des compendiums de nouvelles ascendances jouables, accentuant ainsi brillamment l’aspect « univers infini » si cher au space opera en général, et à la science fantasy en particulier.
BBE se paie le luxe de compléter cette base avec un inévitable écran de jeu, et le Galaxy Guide, un supplément touffu proposant une vue d’ensemble des Mondes du Pacte, encore plus d’ascendances jouables, et même des archétypes franchement fous, comme le xénodruide pour jouer un hippie de l’espace, ou l’agent d’Abadarcorp, idéal si vous souhaitez incarner un mélange entre James Bond et un trader du CAC 40.
Le fusil laser de Chekov
Si vous jouez déjà à PF2R, la suite de cet article pourrait sembler superflue. Vous connaissez Païzo, vous aimez leur travail, or on vous propose encore plus de Païzo. Facile. Mais quand on parle de maisons avec le palmarès de Paizo et BBE, faire aussi bien qu’avant n’est pas une option. On attend de fait beaucoup de ces ouvrages.
La nouvelle gamme est l’occasion rêvée d’améliorer l’accessibilité des règles, surtout après le travail déjà remarquable observé lors du Remaster. Pour nous en rendre compte, on aura en plus des règles l’aventure Meurtre à Metal City, une rareté dans la culture éditoriale de l’éditeur puisqu’il s’agit d’une enquête policière pleine relativement courte, un prémisse qu’on a plutôt tendance à voir sur des formats plus longs, mais la communauté semble plutôt hypée par l’idée (et nous aussi soyons honnêtes).

En proposant un univers futuriste, SF2 gambade joyeusement sur un terrain particulièrement miné du débat rôliste : les armes à feu. Sans surprise, les concepteurs ont déclaré avoir adapté les combats profonds et tactiques de PF2R à des situations où les armes à distance sont omniprésentes. Dans les gageures rassurantes on peut citer l’emphase sur le système de couverture et les dégâts de zone en combat, un arsenal futuriste absolument dantesque ainsi que des armures et autres augmentations cybernétiques sur lesquelles ne cracherait pas un shadowrunner. Mais reste une controverse connue de tous joueurs de D&D ou PF2 : mettre des piou-piou et des pan-pan dans sa campagne oblige soit à leur donner la puissance d’un pistolet à eau pour ne pas rendre toutes armes de corps à corps obsolètes, soit à émuler leur efficacité réelle, rendant ainsi tout le reste inutile. En guise de réponse à ce dilemme, Paizo propose déjà la classe du Pistolero (qu’on abordera en détail à la sortie francophone du supplément Guns & Gears), mais il y a un monde entre créer une classe et laisser n’importe quel roublard d’un ak-47. Cet aspect plus que tous les autres déterminera la qualité du jeu à mes yeux.
Enfin du point de vue de la souscription elle-même, l’agenda surchargé de BBE ne fait pas grand-chose pour nous rassurer sur la fiabilité du calendrier du foulancement ou le temps que les traducteurs et relecteurs pourront consacrer au projet. On veut SF2, mais pas au prix de la qualité qu’on attend de BBE, ni du confort de vie de celles et ceux qui accomplissent ce travail. L’utilisation de l’IA lors du financement de Daggerheart faisait déjà craindre un épuisement, voire une impasse dans la gestion parfois erratique des projets francophones. Espérons que cette scorie n’est pas le signe annonciateur d’un déclin qui nous impacterai tous.
Traduction supra-luminique
Vous l’aurez compris ce projet est un défi mécanique et narratif assez fascinant, et on a hâte de l’avoir en main. Mais prétendre que les quelques écarts récents de BBE ne nous donne pas de sueurs froides serait mentir. Est-ce qu’on vous conseille de souscrire ? Absolument ! Mais faites-le avec les doigts fermement croisés et en contact direct avec du bois.


