Vaelrun away ? [chronique des suppléments de la gamme Dédales]
Il y a peu, nous vous avons livré notre sentiment sur le livre de base de Dédales, un jeu OSR au système innovant paru en VF chez les XII Singes.
Un des points qui nous chagrinaient dans cette proposition était sans doute le manque de matière à jouer : pas une seule aventure, pas même à titre d’exemple, dans ce livre de base pourtant copieux de 240 pages. Surprenant, même pour un jeu OSR.
Qu’à cela ne tienne ! Fidèle à leur habitude, les XII Singes ont pris sur eux d’enrichir la gamme en la dotant dès son foulancement initial de ce qui, à leurs yeux aussi, faisait défaut : un univers de référence et les scénarios qui s’y déroulent. C’est le rôle assigné à ce Vaelrun, à la fois un univers dans lequel situer vos aventures motorisées par Dédales et, surtout, un recueil de pas moins de six scénarios.

Le supplément prend la forme sympathique et peu onéreuse d’une pochette à rabats renfermant trois petits (32 pages) livrets agrafés : l’un pour exposer l’univers de jeu, l’autre pour la campagne en trois épisodes et le dernier pour trois autres épisodes jouables en one shot (mais qui peuvent aussi, moyennant quelques adaptations, être raccrochés à la campagne).
L’un des volets de la pochette présente une belle carte de Vaelrun mais… celle-ci se trouve aussi sur une feuille A4 tirée à part. Le reste de la pochette n’est pas exploité, pas plus que les feuilles volantes jointes seulement pour des raisons pratiques : c’est un peu dommage. Il y avait peut-être là l’occasion d’offrir un écran à peu de frais ou, au moins, des aides de jeu tirées à part.

Bon, vous l’avez compris : la description de l’univers étant limitée à un modeste livret de 32 pages, il ne faut pas s’attendre à un Glorantha bis. On reste avec Vaelrun dans le cadre du medfan classique, plus sword & sorcery que dungeonverse flashy cependant. On retrouve aussi la touche OSR, souvent plus délirante ou en tout cas plus ouverte que la souvent trop sage fantasy à la Papa du genre Royaumes Oubliés. Ainsi on y trouve une sorte de folie mais contagieuse, des statues de piere qui entament de régulières transhumances ou encore des Bibliomanciens qui tirent littéralement leurs pouvoirs magiques des livres. Bon, pour faire bonne mesure, il y a aussi des nains sous la montagne, des nécromanciens menaçants, des hommes-serpents dans des marais putrides et otes ces genres de choses.
La question qui reste en suspens est bien entendu : ce monde-là, greffé par le grâce d’un éditeur sur le jeu sans univers de Dédales a-t-il quelque chose de spécifiquement Dédalesque (si, ça existe) ? Bah, pas vraiment. A l’impossible nul n’est tenu et Dédales n’ayant pas sur ce point une personnalité très affirmée (ce n’est clairement pas Into the Odd pour rester dans la même crèmerie), Vaelrun n’avait pas vraiment d’éléments sur lesquels s’appuyer pour le rendre vraiment solidaire du jeu de base. Assumant cette position, le livret d’univers est d’ailleurs totalement dépourvu d’éléments crunchy faisant allusion aux règles.
Mettons que ce soit une bonne nouvelle : si vous recherchez seulement un univers esquissé et de quelques scénarios prêts à jouer mais que vous avez déjà votre système de jeu OSR préféré, vous pouvez aussi investir dans Vaelrun.

La campagne, elle, bien entendu, est totalement aux normes de Dédales. On y trouve donc des points de Trésor, des Ténèbres et des menaces (monstres, humains et dangers naturels réunis) sous la forme standard. Tout cela a le mérite de ne pas prendre de place (on est loin des stat blocks d’une pleine page comme dans certains jeux !) et cela permet donc de caser trois scénarios reliés entre eux dans ce modeste livret.
Pour le reste, les trois épisodes s’enchaînent sans guère de dispositif entre eux pour les déclencher ou les soumettre à la réussite de l’épisode précédent. L’aspect campagne se révèle plutôt dans un épilogue où, là, en revanche, on comptabilisera les succès précédents des PJ pour mesurer leurs chances de vaincre un boss plutôt dangereux.

Le recueil de scénarios peut également être raccroché à la campagne pour enrichir celle-ci. Dans ce cas, toutefois, pour des raisons géographiques évidentes (l’une e déroule dans le nord et les autres dans le sud), il est suggéré de l’aborder dans un dispositif original : jouer la campagne avec deux groupes de PJ qui se retrouveront logiquement avant l’épisode final où chaque joueur pourra alors choisir lequel de ses deux PJ il choisit d’incarner pour vaincre le boss final.
C’est une idée qui semble assez bien adaptée à la légèreté des règles de Dédales. Il sera alors judicieux d’engager les joueurs à choisir des « dés » différents pour leurs deux personnages afin d’éprouver plus largement les spécificités du système de jeu.
En dehors de cette pierre angulaire, la gamme Dédales VF s’enrichit en parallèle de deux accessoires, l’un étant explicitement estampillé Vaelrun.

Il s’agit d’un deck de 54 cartes. Celles-ci se répartissent entre bestiaire spécifique à Vaelrun (mais comme Dédales n’a pas vraiment d’univers de référence, cela ne choque pas même si vous jouez dans un dunegeonverse de votre création) et aides de jeu qui, elles, n’ont rien de spécifique à l’extension. Il s’agit en effet de compteurs de points de Trésors, d’autres de points de Ténèbres et, enfin, de quelques cartes mémo avec, en particulier les résultats à obtenir avec le fameux dé unique selon le type d’action entrepris. Attention, donc, à ne pas se tromper (pour une fois que c’est dans ce sens là !) : un MJ de Dédales amateur d’accessoires pourra bel et bien utiliser ce deck de cartes quand bien même il ne souhaite pas utiliser le monde de Vaelrun.


Enfin, la gamme se complète d’un écran souple 4 volets portrait qui met… euh… en valeur la couverture du livre de base de Dédales. Le verso est écrit gros et pourtant contient tout le nécessaire pour le MJ, signe d’un système de jeu d’une difficulté toute relative.


Voilà, la faiblesse du livre de base, à savoir l’absence totale de cadre de jeu pour se lancer, est réparé avec cette suite de gamme. Cela ne change pas fondamentalement notre avis sur Dédales. Pour résumer, malgré son aspect radicalement novateur, celui-ci ne bouleverse pas vraiment le petit monde de l’OSR. Ainsi, si vous recherchez un jeu de ce type proposant suffisamment de matériel prêt à jouer pour vous lancer sans difficulté, vous avez là une très bonne option à un tarif tout à fait raisonnable.

