Luke Littler, le JdR ?

Non, rassurez-vous ! Pas besoin d’être champion du monde en titre de fléchettes pour jouer à One More Quest, le nouveau projet de VF mené en ce moment même par Antre Monde.  Cela dit, tout le jeu tourne bien autour d’une cible, oui, mais il faudra essentiellement la viser avec des dés. Beaucoup moins dangereux pour le MJ ! Car, en effet, malgré ses airs de party game et sa filiation directe avec le jeu de société Dungeon Fighter, One More Quest est bien un « vrai » JdR. C’est en tout cas ce que nous confirme Simon de chez Antre Monde dans cet entretien. Attention, le jeu n’est plus en foulancement que pour environ 48 h : ne tardez pas !

 

1. Eh mais ce jeu-là, je l’ai déjà : c’est Dungeon Fighter, non ? 

Alors déjà bonjour. Moi c’est Lord Gardakan, Suprême Demiurge Machiavélique.

Dungeon Fighter ? Ah… Voilà une remarque typique de quelqu’un qui a vu la porte du donjon et qui pense connaître ce qu’il y a derrière parce qu’il a déjà vu une cave.

Oui, tu lances des dés. Oui, parfois tu vises. Mais Dungeon Fighter, c’est un jeu où tu ne racontes pas d’histoire. One More Quest, c’est l’histoire, l’épique et la parodie ! Dans Dungeon Fighter, tu rates, tu perds des points. Chez moi, dans mon donjon, tu rates… et j’en prends note. Je regarde comment tu te justifies. Comment tu assumes. Comment tu racontes pourquoi ton héros a glissé sur son propre plan. C’est raconter les grands échecs et les grandes réussites qui devient vraiment important.

2. Est-ce qu’il y a une chance que les joueurs de jeu de plateau se mettent au JdR, ou c’est mort ?

Mort ? Non. Enfoui, peut-être ?

Mon grand plan en seize étapes me permet de dire plusieurs choses. Les joueurs de plateau aiment déjà, pour beaucoup, le jeu de rôle : prendre des décisions, discuter, râler contre le hasard, se souvenir des parties précédentes.

Ici, on ne leur demande pas de changer. On les laisse faire ce qu’ils savent faire… jusqu’au moment où ils commencent à parler à la première personne. Et à partir de là, je n’ai plus rien à faire. Le piège est refermé.

3. Donc, si je suis maladroit, je suis mauvais au JdR ? 

Mais enfin… Si être maladroit rendait mauvais, il n’y aurait aucun héros dans aucune légende ! La totalité des Donjonneurs et des Donjonneuses sont des losers, mais c’est comme ça ! L’important ce n’est pas de devenir le plus glorieux, c’est de devenir plus médiocre que mauvais… Bon, dans mon donjon, ils sont quand même gratinés.

En fait, dans One More Quest, la maladresse est une vraie ressource dans la narration. Elle crée du chaos, elle déclenche des situations, elle nourrit les décisions du MJ… euh… du Suprême Démiurge Machiavélique.

Un joueur qui réussit sans panache m’ennuie. Un joueur qui rate avec conviction, je le garde.

4. On est dans le JdR mais aussi dans le jeu de plateau, pas vrai ? Sans la cible et les dés spéciaux, ce n’est pas vraiment possible de jouer ?

Oui, la cible, les dés, le lancer… tout ça fait partie du jeu. Ce n’est pas du gadget : ça fait partie du jeu. C’est ce qui met la table au diapason, ce qui rend l’action visible, physique, immédiate. Quand le dé quitte la main, tout le monde sait qu’il y aura un grand échec ou un grand succès !

Mais je ne suis pas assez stupide pour bâtir une aventure entière sur le fait que tout le monde lance pareil. Moi, je veux des joueurs. Pas des champions du lancer. Alors on a prévu des outils. Des ajustements. Des manières de garder le frisson sans transformer la partie en concours d’humiliation. Si quelqu’un est mal à l’aise avec le geste, si la table n’a pas la place, si la situation n’est pas confortable, on adapte :  on assouplit la contrainte, on remplace certaines exigences par une équivalence simple via des tables et des outils dans l’ouvrage. L’idée, c’est de rester dans une optique d’amusement  : la scène reste drôle, tendue, mémorable, sans exclure personne.

5. J’ai vu qu’il y avait un écran de MJ. Est-ce à dire qu’en désespoir de cause, on peut prendre le MJ comme cible avec ses dés ?

Oui ! Mais je suis déjà en train de te viser, moi.

Et, si je voulais te punir, je n’aurais pas besoin d’une cible. J’ai beaucoup de contraintes comme te faire lancer un dés sous ta jambe droite tout en faisant en sorte que tu fasses la toupie !

6. J’ai cru comprendre que One More Quest était un jeu “parodique”. À part jeter des dés de façon marrante, ça se traduit comment ?

La parodie, dans One More Quest, ce n’est pas une suite de gags. C’est un vrai monde, solide, documenté, et volontairement satirique, inspiré de Pratchett, de Vox Machina et de tout un tas d’œuvres parodiques.

L’Outre-Milieu est un continent en forme de croissant, posé sur le Terreau, avec près de 900 ans d’histoire moderne : Temps des Héros, Onensaitrien, Bonvyeutemps, ère du Donjonneur, Sième Guerre mondiale… et aujourd’hui, le retour des quêtes, pendant que les seigneurs maléfiques se disputent le titre de Sahl. Et surtout, il y a des royaumes en pagaille, chacun comme une parodie d’œuvres, de genres, parfois même de jeux : Pluch et son roi qui oublie tout, le Ténébreux Terreuritoire de Ténébritude et ses Chevaliers Noirs, Dellucse où tout le monde est “prince”, Aéry Révérie et ses elfes bureaucrates, jusqu’à Silicon Mountain et ses gnomes technos, ou LRR RYOMM’RC et ses orcs philosophes.

One More Quest vous donne en fait un univers assez profond… et je regarde comment vos “héros” s’en sortent quand le sérieux du monde se fracasse sur leur incompétence.

7. Il y a un gros recueil de scénarios, voire une campagne. Mais on est d’accord que le scénario, c’est juste un prétexte pour rigoler et qu’on l’oublie vite ?

Pas exactement ! En fait, on peut très bien jouer One More Quest en one shot : une mission, un donjon, du chaos, et tout le monde rentre chez soi avec une histoire à raconter et des lancers honteux en souvenir. Mais si vous voulez du long, du consistant, du “ça revient vous hanter plus tard”… on a aussi ce qu’il faut.

C’est pour ça que la traduction de The Adventures Mixtape est déjà là, en français : La Compil’ qu’on pille. Dedans, vous avez 14 scénarios écrits par 15 auteurs, oui oui, 14 et 15, je vous laisse régler ça entre vous, je ne fais pas de médiation. Et surtout, l’ensemble peut former une véritable campagne d’espionnage, où les coups tordus s’enchaînent avec panache, et où chaque mission a le bon goût de rendre la suivante encore plus compromettante.

Bref, il y a vraiment de quoi jouer, beaucoup et longtemps !