Son nom, il le signe à la pointe de l’épée D’un 7 qui veut dire…

… 7ème Mer, bien sûr ! Vous rêvez d’aventures épiques avec des rapières, des cascades accroché à un lustre et à de trépidantes courses-poursuite en calèche ? Depuis des décennies maintenant, tout ça  a un nom : 7ème Mer. Mais, me direz-vous, je l’ai déjà ce jeu ?! Alors, c’est vrai que la v2, proposée en VF par Studio Agate à l’époque est encore toute fraîche mais, apparemment, les fans endurcis du jeu n’y trouvaient pas toujours leurs petits et Chaosium, désormais propriétaire de la licence au niveau mondial, a décidé de confier la création d’une troisième édition plus consensuelle… et ben oui, carrément à nos frenchies du Studio Agate ! Cette nouvelle version est en train de réaliser son foulancement bilingue. Cela valait bien le coup d’aller poser quelques questions à un directeur éditorial heureux, Vincent Lelavechef.

 

1. Le Studio Agate a donc eu l’honneur de se voir confier par Chaosium le destin du jeu, aussi bien en VO qu’en VF. Ça va : vous arrivez encore à franchir les portes du studio ou ça vous a mis un boulard comme ça ?

Putain, si tu savais. Le monde va enfin découvrir à quel point je suis beau, intelligent et spirituel. Je pense entamer doucement ma métamorphose en Alain Delon du jeu de rôle français. D’ailleurs, je réfléchis sérieusement à ne plus parler de moi qu’à la troisième personne. Et pour la suite de cette interview, j’aimerais beaucoup que tu m’appelles “Votre Luminescence”. Merci de respecter ce petit besoin de simplicité.

2. Sans fausse modestie, qu’est-ce qui a convaincu Chaosium de vous faire confiance, vous pensez ?

7e Mer 2e édition, c’est une histoire éditoriale compliquée. Le jeu a été lancé par John Wick, puis repris par Chaosium, qui a permis que l’intégralité du financement participatif de 2016 soit livrée. John a mené son projet jusqu’au bout, puis il est parti. Après dix ans passés à travailler sur 7e Mer, parfois dans des conditions compliquées, je peux le comprendre sans peine.

Ensuite, Chaosium cherchait quelqu’un pour faire vivre la gamme. Pourquoi nous, précisément ? Honnêtement, je n’ai jamais osé leur poser la question aussi frontalement. Mais nous sommes en contact depuis longtemps, notamment grâce au Prix de l’Arrogance, qui était la campagne officielle de la deuxième édition. Ils ont vu notre manière de travailler, les retours de la communauté, en particulier côté français, et aussi les ventes, qui restent malgré tout un excellent indicateur du sérieux du suivi de gamme. J’imagine que tout cela a pesé dans leur décision. Donc je ne peux pas te donner la réponse officielle, mais je suppose qu’ils se sont dit : « Bon, ceux-là n’ont pas l’air trop nuls. » Et franchement, si c’est ça, c’est déjà un compliment.

 

3. C’est donc parti pour une v3. J’avais quand même l’impression que la v2 était à peine tiède, moi, non ?

Chaosium nous a donné les clés du navire, mais sans forcément nous demander de faire une nouvelle édition du jeu. Au départ, il y avait plusieurs options sur la table, et continuer à développer la gamme deuxième édition en faisait partie. On a demandé à la communauté ce qu’elle voulait. Et très vite, le sujet du système est devenu central. Et à partir du moment où tu changes le système, tu te retrouves de fait avec un nouveau livre de base.

Alors on aurait pu appeler ça 7e Mer édition 2.5, 7e Mer Reloaded, ou 7e Mer édition Vincent (qui avait ma préférence, mais le reste de l’équipe n’a pas suivi, je ne comprends pas pourquoi). Finalement, on a choisi d’assumer le virage et de parler de troisième édition, notamment pour marquer un point de rupture.

La deuxième édition, c’était celle de John Wick. La troisième édition, c’est la nôtre. C’est toujours 7e Mer, toujours le même grand univers, le même style de jeu, mais dans l’intention éditoriale et dans le développement, ce ne sera pas exactement la même proposition.

4. La nouvelle édition change assez largement le système de jeu. Il était vraiment pourri finalement celui de la v2 ?

Non, pas du tout. Moi, j’aime beaucoup le système de la deuxième édition. J’y ai beaucoup joué, je l’ai utilisé en démo, en playtest, en partie, et je continue à penser qu’il a de très belles qualités. Je le trouve original, élégant, et surtout très cohérent avec la proposition de jeu.

Pour être honnête, ma première idée, c’était plutôt d’en proposer une version corrigée et rééquilibrée. Garder ce qui fonctionnait et retravailler ce qui coinçait. Sauf que le sondage réalisé auprès de la communauté a été extrêmement clair : les joueuses et les joueurs voulaient revenir à quelque chose de plus classique.

Et ça, il faut savoir l’entendre. À un moment, le plus important, c’est que les gens aient envie de jouer à 7e Mer, pas que je leur prouve que j’ai raison et qu’ils ont tort. Un bon système, ce n’est pas seulement un système original : c’est surtout un système qui donne envie de s’asseoir à une table et de partir à l’aventure.

5. La timeline, elle, est avancée de 10 ans. C’était indispensable pour raconter de nouvelles histoires ou bien c’est surtout pour inciter les fans à tout racheter ?

Comme je le disais, la deuxième édition, c’était celle de John Wick. La troisième, c’est la nôtre. Au-delà du changement de système, on avait aussi envie de s’approprier l’univers, de proposer autre chose, d’ouvrir de nouvelles pistes d’aventure, mais sans effacer ce qui a été fait avant.

Avancer la chronologie de dix ans, c’est une manière de raconter de nouvelles histoires, avec de nouveaux enjeux, de nouveaux personnages, et un autre regard sur le monde de 7e Mer. Ça permet de faire évoluer les situations, de voir ce que certaines décisions ont produit, et d’emmener la gamme dans une direction qui nous ressemble davantage.

Mais si des fans ont envie de continuer à jouer en 1668 avec le matériau de la deuxième édition et les règles de la troisième, ils pourront très bien le faire : il leur suffira du livre de base à 40€, et le guide de conversion est offert dans le financement participatif. Presque tout sera rétrocompatible.

6. Pour tous ces ajustements, le Patreon dédié a vraiment servi à quelque chose ou bien c’était surtout pour fédérer les fans ?

Oui, ça nous a vraiment servi. Le Patreon a été un vrai outil de design pour construire le nouveau système. Il nous a permis de travailler avec les fans, de poser les bases avec eux, et surtout de lancer des playtests communautaires à grande échelle.

Le système a été testé par des centaines de joueuses et de joueurs un peu partout dans le monde, et ça nous a apporté énormément. Le jeu de rôle est une pratique très culturelle : selon les pays, les habitudes de table, les attentes, le rythme de jeu, la manière de lire les règles ou même de vivre la narration changent beaucoup. Avoir tous ces retours, c’était vraiment précieux.

Et, très concrètement, ça m’a aussi fait gagner un temps fou. Si j’avais dû organiser moi-même tous les playtests, ça m’aurait pris énormément plus de temps et j’aurais surtout eu que des retours de joueurs français. Là, j’ai pu récolter des impressions venues des quatre coins du monde. Donc oui, bien sûr, ça a fédéré les fans, mais ça a surtout permis de fabriquer quelque chose de plus solide avec eux.

7. Qu’est-ce qui est prévu après : rééditer tous les suppléments de la v2 avec les changements de système ou des choses vraiment nouvelles ?

Le contenu des suppléments de la deuxième édition restera lié à la deuxième édition. Bien sûr, une partie de la matière existante demeure inchangée. Tout ce qui relève des descriptions géographiques, par exemple, ne change pas fondamentalement. La Montaigne ne s’est pas téléportée ailleurs entre-temps. Mais pour le reste, on veut vraiment proposer du neuf.

Pour nous, 7e Mer, ce sont désormais deux époques de jeu distinctes : 1668 en deuxième édition, et 1678 en troisième édition, avec leurs histoires, leur ton, et même leur philosophie propre. Si tu possèdes les deux éditions, tu ne choisis pas seulement un système, tu choisis aussi l’époque dans laquelle tu veux naviguer, et le type d’histoire que tu veux raconter.

Donc oui, il va y avoir une nouvelle gamme “1678”. On va y retrouver des suppléments iconiques (les nations, les sociétés secrètes) mais ils ne reprendront pas simplement les mêmes informations. L’idée, c’est de proposer autre chose. Et on a aussi envie de développer des aventures et des campagnes. Le public français est habitué, on en a pas mal sorti pour la deuxième édition, mais pour les anglophones, il y en a eu beaucoup moins, donc c’est aussi une manière d’apporter quelque chose de nouveau.

8. Il y en a qui font des foulancements bilingues mais vous vous faîtes des foulancements en parallèle pour chaque langue sur des plate-formes différentes. C’est un peu le bazar, non ?

En fait, je pense que c’est plutôt l’inverse : c’est une manière d’éviter le bazar. Avec l’expérience, on s’est rendu compte que les francophones aiment avoir une page en français, et les anglophones une page en anglais. C’est tout bête, mais ça change énormément de choses en termes de confort de lecture.

On peut faire du bilingue sur une seule page (Acheron le fait, par exemple, pour ses jeux) mais je trouve que ça rend la lecture plus dense, plus confuse, et au final moins agréable. Moi, je préfère dissocier clairement. Donc c’est la même campagne, les mêmes offres, les mêmes prix, simplement présentés chacun dans leur langue.

9. Eh, pour finir, entre nous, inclure dès le foulancement initial un supplément intitulé « Secrets », c’est de la provoc’, non ?

Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. Tu fais référence aux Secrets de Ligues de Vampire Requiem ?

Bon, plus sérieusement, c’est surtout un clin d’œil à la première édition du jeu, qui s’appelait en français Les Secrets de la 7e Mer. C’est une manière de rendre hommage à cette époque-là, et à ce jeu auquel j’ai énormément joué. Il y a donc un petit côté affectif derrière ce titre. Et puis il y a aussi une autre idée : dire que, contrairement à la deuxième édition, on va apporter des réponses à certains des grands mystères de l’univers.

2 pensées sur “Son nom, il le signe à la pointe de l’épée D’un 7 qui veut dire…”

  • 8 avril 2026 à 14:29
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    •Je n’ais pas hésité une seconde à la lecture ce foulancement. Grand amateur de la 7eme Mer en premiere période, je n’ai pas trouvé dans la seconde le même mélange entre un système héroique et un manque criant de simulation. A mon gout.
    •Ce manque étant comblé nous verrons ce qu’il en sera … il est temps de range le Katana et de ressortir la rapiere

  • 10 avril 2026 à 17:55
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    Je n’ai jamais caché, depuis la première édition (VO) de ce jeu, que j’ai une relation ambivalente avec 7th Sea / La 7e Mer.
    D’un côté, dès qu’on me murmure à l’oreille des histoires de cape et d’épée, je réponds présent, parfois trop rapidement, mais toujours avec enthousiasme au risque d’être déçu par la suite.
    D’un autre côté, j’ai du mal à digérer les décors de carton-pâte, les mauvaises imitations de « notre » monde, et les noms caricaturaux de lieux ou de personnages. Et la première édition m’avait grandement fait souffrir, de ce côté-là !
    Pour autant, j’avais trouvé avec le décor Avalon une manière de jouer dans les terres brumeuses d’Écosse. En détournant Ussura, j’étais revenu à des aventures « historiques » au temps d’Ivan le Terrible et de Boris Goudounov. Idem avec Vodacce, pour des aventures dans les cités-états « italiennes » de la Renaissance. Mais sans tout mélanger (j’ai vraiment du mal avec ces mélanges).

    J’attendrai donc d’en savoir plus sur cette nouvelle édition, pour déterminer si, une fois de plus, je cède à ma faiblesse légendaire !

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