La feuille de route du Rafiot Fringant
Ah ça, le Cégé, capitaine du Rafiot Fringant, il a trouvé l’astuce pour faire parler de lui en 2024 : et vas-y que je te lance des foulancements, et que je te les reboote, etc. Oui, avec le foulancement à rebondissements pulp de Arkeos, l’éditeur a souvent été sous les feux de l’actu. Mais il faut croire que ça plaît puisque Rafiot Fringant annonce un programme 2025 assez chargé et plutôt ambitieux quand on a déjà un jeu très attendu à finaliser. On a été demandé à Christian Grussi comment il abordait désormais l’évolution de son fameux trois-mâts.
1. Bon, Christian, avant d’aborder le programme 2025 du Rafiot Fringant, faisons un petit bilan de l’année écoulée. Le foulancement de Arkeos a dû être… euh… éprouvant, non ?
Je ne vois pas du tout ce qui te fais dire ça ! Alors oui, ça a été sport. L’idée initiale c’était la boite aux trésors, garnie à ras-bord, mais le plan ne s’est pas déroulé comme prévu. Alors on s’adapte. On change, on repense l’ensemble. Et là, c’était reparti pour une campagne assez haletante, bien que longue. Le finish, le 31 au soir, a été assez magique, car il y a eu un véritable rush de fin, ce qui est carrément gratifiant, vu le travail accompli pour en arriver là. Et les souscripteurs ont été formidables. Mais vraiment incroyables. Ça donne du sens au terme participatif, et ça, c’est quelque chose qui est fantastique !
Donc oui, ça a été sport, ça a pris un temps de dingue (entre la préparation, le reboot et la campagne en tant que tel, ça m’a occupé bien plus que prévu, presque 6 mois).

2. Tu annonces donc un programme assez chargé pour 2025 mais finaliser l’édition de Arkeos ne va pas absorber toutes tes ressources, tu crois ?
Il y a en effet du Lemmings qui se bouscule sur la planche du supplicié ! Mais résumons : une création perso, une création d’un auteur tiers, et une traduction. Autrement dit, trois manières différentes de gérer un dossier. Le plus chronophage, bien évidemment, c’est la création perso. Normal, on fait tout avec ses petites mimines. Pour la création d’auteur, ça demande certes une implication, mais moins que pour un projet perso.
Et pour la traduction, si l’on constitue une équipe solide, c’est largement gérable. Et bien sûr, tout ça c’est étalé sur une année. Alors même si ce n’est pas de tout repos, c’est tout à fait gérable. Bon, plus, ce ne serait pas de la gourmandise, ce serait de l’inconscience. Il faut connaître ses limites et surtout, je n’ai aucune envie de négliger la qualité en échange de la quantité.
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3. Surprise. Je m’imaginais Rafiot Fringant comme un projet vraiment solo et je découvre que tu vas aussi publier d’autres auteurs francophones. C’était l’idée de départ ou bien tu saisis une opportunité ?
L’idée qui m’a motivé à créer le Rafiot, plus que de faire de la créa en solo, c’était surtout de m’affranchir de décisions tierces « hors sol » suite à la fin douloureuse de mon précédent emploi. Et aussi, bien entendu, de pouvoir monter mes projets hors des sentiers battus et balisés. Mais dès le départ, je ne m’interdisais pas de publier des créations de tiers, en tant qu’éditeur. En faisant réellement un travail d’édition, c’est-à-dire un vrai suivi, une implication, des échanges. Et pas simplement « Oh, cette licence a fait un sacré score sur Kickstarter ! Allons donc la négocier ! », sans se poser plus de questions. Ma motivation c’est avant tout les projets en tant que tel.
4. Thomas Berthier, c’est un peu le centre de formation de l’époque Sans Détour, non ?
C’est bien plus que cela ! Nous nous étions rencontrés avec Thomas à l’époque, en effet. Et non seulement nous sommes restés en contact, mais sommes devenus de véritables amis. Thomas est une personne formidable, qui a développé un jeu synthétisant pas mal de ses marottes et passions : Solstices. Le folklore y est à l’honneur, mais pas que. Cette ambiance à la Stephen King, cette période bénie de l’été où les grandes vacances donnent toute liberté aux gamins et leur laissent le temps d’explorer et de découvrir le monde. Le terrain de jeu de Solstice est une petite ville imaginaire de Louisiane, où il se passe des choses étranges. On pourra jouer dans la décennie de son choix : des années 50 à 80. Ces ères qui désormais fleurent bon la nostalgie. A la fois du fantastique, mais aussi un univers où l’on retombe en enfance.
5. On a de plus en plus de jeux dans lesquels on incarne des enfants. Qu’est-ce que ce Solstices proposera de plus ?
Le fantastique au sens strict du terme : une vie ordinaire dans laquelle le surnaturel vient s’inviter. Le folklore et ses créatures méconnues. On ne se contente pas des loups garous ou autres vampires ici, mais on pourra découvrir un véritable bestiaire de croque-mitaines qui jalonnent les croyances, comme Madame Grands doigts ou le Père Malfait. Et s’agit-il vraiment de lutter contre ces créatures ou les comprendre pour les apaiser ?
La mécanique de jeu est vraiment dans l’esprit de la soirée autour du feu de camp, où l’on se raconte des histoires à se faire peur (ou à savoir si Superman est plus fort que Batman alors qu’on va au bout de la ligne de chemin de fer à la recherche d’un cadavre). Pour exemple, je ne citerais à ce jour que la règle du « preum’s ! », histoire d’en donner un avant-goût.

6. Sinon, à part ça, à quel moment exactement tu t’es dit que les rôlistes francophones avaient absolument besoin d’un jeu lovecraftien supplémentaire ?
Quand je t’ai vu désœuvré, les yeux brillants, en manque de poulpe ! Plus sérieusement, j’ai longtemps hésité. D’une part parce que j’en ai quand même consommé jusqu’à la lie pendant longtemps, en gérant L’Appel de Cthulhu. Ensuite, je me suis demandé si c’était dans la ligne éditoriale que je souhaitais mettre en place. Les réponses ont été évidentes : Trail Of Cthulhu c’est les années 1930, c’est plus pulp que L’Appel. Oh, bah tiens, ça me rappelle quelque chose ! Et c’est très complémentaire avec Arkeos Adventures. Ajoute à cela que le système de jeu, simple, élégant et orienté narration… La question ne se posait plus.
Et pour en ajouter une louchette, vu le nombre de titres existants d’excellente facture, et inédits par chez nous, c’était devenu une évidence.
7. Donc, toi, cégé, tu vas publier un concurrent de L’Appel de Cthulhu ?! Tu te sens un peu sale, là, non ?
Ton corps change… Oh non, je ne me sens pas sale du tout ! Je me sens même bien plus proche de la vision qu’à Pelgrane Press du Mythe que celle, plus classique de chez Chaosium. Moins de lourdeur, de couches sédimentaires de mécaniques empilées. Même si le travail qu’à fait Mike Mason sur la gamme pour la dépoussiérer est remarquable.
8. Bon, OK, vas-y : pour me vendre ToC, explique-moi pourquoi, l’AdC est un mauvais jeu, je t’écoute.
L’Appel est un très bon jeu. Il m’a biberonné durant des décennies, j’y ai joué jusqu’à plus soif. Et ensuite, j’ai travaillé dessus, avec notamment la V6 française entièrement récrite, qui en fait un jeu à part, avec une vision bien plus personnelle. Sans compter le nombre de scénarios et de campagnes qui existent pour y jouer !

9. Dans ta communication, tu mets en avant Eternal Lies qui fera partie des suppléments proposés. Elle est si bien que ça cette campagne ?
Non, elle n’est pas bien. Elle est juste incroyable ! C’est très certainement la meilleure campagne jamais écrite pour du Cthulhu. Une merveille ! Parcourir le monde, sur les traces d’investigateurs qui se sont vautrés dans la quête, rattraper leurs conneries, comprendre le pourquoi du comment, et le tout de manière libre et non linéaire. Je préfère laisser la parole à un grand amateur de poulpe devant l’éternel, Cédric Ferrand, qui en parle bien mieux que moi sur son blog.
10. Tu dis toi-même que cette deuxième édition de ToC est largement rétrocompatible : je peux donc garder mon édition époque 7ème Cercle et juste acheter Eternal Lies ?
Tu peux, carrément ! Cette nouvelle édition n’est pas une révolution, mais elle affine les choses, elle est blindée de conseils de jeu, de moelleux. Alors pourquoi s’intéresser à cette nouvelle édition me direz-vous ? Je vais citer Pelgrane Press, qui en parle bien mieux que moi : (extrait traduit du Quickstart) :
Cette nouvelle édition ajoute de nouveaux dieux et monstres à la liste : les terribles Ailes noires, les Chiens-Liches, les sinistres Revenants, les Tylwyth Corachaidd inspirés du folklore, les Dévoreurs ultraviolets venus des étoiles, les Vers-Sorciers et bien d’autres horreurs. Il comprend aussi des règles révisées et augmentées pour créer vos propres créatures.
Un système de magie révisé incorporant les règles du supplément Materia Magica de la première édition ajoute une nouvelle capacité magique et met à jour les divers sorts et rituels des grimoires du Mythe. Trail of Cthulhu seconde édition développe également l’utilisation de la compétence Mythe de Cthulhu, offrant aux Investigateurs corrompus un moyen de glaner des informations de façon surnaturelle et de sentir la présence du Mythe.
Vous trouverez aussi de nombreux conseils et de nouvelles astuces sur la création de scénarios et de campagnes lovecraftiennes dans un chapitre révisé sur la maîtrise du jeu.
11. Pour ce projet, tu vas être associé à Matagot. Ils vont t’aider à quel niveau ?
C’est Matagot qui m’a proposé de publier Trail Of Cthulhu. Ils ont convaincu Pelgrane Press de leur accorder la licence. Et tout naturellement, travaillant déjà ensemble, ils ont pensé à moi, au vu de mon CV ludique, pour m’occuper de la gamme.
C’est donc le mariage idéal : j’apporte mes compétences, ma passion poulpe et mon expertise chthonienne, Matagot de son côté leur réseau et leurs ressources. Le tout sur des bases saines et solides, pour donner le meilleur de chacun à cette gamme.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est un sacré coup de pouce de la part de Matagot ! Qui permet à ma petite structure de grandir, d’assurer une pérennité, et de continuer à proposer des titres sortant des sentiers battus. Un véritable soutien comme on a rarement la chance d’en avoir.
12. Vu le programme annoncé, cela veut dire que tu renonces définitivement à Wushu après l’échec du foulancement courant 2023 ?
J’ai un amour tout particulier pour Wushu. La version « snap » qui est le système de jeu complet en deux pages, est disponible sur mon site en téléchargement. Mon amour ce cette mécanique m’a fait oublier quelque chose d’essentiel lorsque j’ai voulu le proposer : il faut un setting béton pour le sublimer. C’est ce qui manquait. Donc, si je trouve un setting adapté, clairement, je le sortirais. Même si j’ai annulé le financement, les leçons de cette aventure m’ont apporté beaucoup : n’oublions jamais que les « échecs » sont bien plus formateurs que les réussites.

