La saga de Vaesen continue [chronique]

Bon, cela fait un moment que je tourne autour du pot avec ce joli petit recueil qui me regarde d’un œil rempli de reproches alors lançons-nous. Oui, parlons de La saga du mont perdu, la « campagne » pour le jeu d’ambiance ghotico-scandinave (si, ça existe) Vaesen, traduit en français par Arkhane Asylum.

Cela fait un petit moment que le supplément est sorti, là, comme ça, directement en boutiques, ce qui est déjà un plaisir à souligner. Bel effort de l’éditeur de la VF pour soutenir ce jeu. La chronique a tardé parce que, Grands Dieux, ce n’est pas facile à chroniquer un recueil de scénarios ! Qu’est-ce que je peux dire ? Ce sont des scénarios Vaesen, ils suivent très scrupuleusement le cadre de présentation un peu rigide du jeu Free League, ils sont plutôt bons, ils sont bien illustrés selon les standards de la gamme et… bah… voilà, quoi ! Je ne vais évidemment pas pouvoir vous en raconter les intrigues.

Bon, tout de même, une fois que l’essentiel a été dit (cinq nouveaux scénarios Vaesen prêts à jouer : valab’ !), on peut y ajouter quelques bémols.

Présenter La saga du mont perdu comme une campagne est quand même passablement mensonger. Un indice : sur les cinq scénarios, il y a en a un qui s’appelle… La saga du mont perdu. Hum. De fait, le côté campagne repose essentiellement sur deux scénarios, le premier et le dernier qui, en effet, sont fortement liés, un peu comme les deux parties d’une seule et même histoire. Les trois intermédiaires sont des Mystères plus classiques, jouables avec la même équipe mais quasiment autonomes. Quelques PNJ font des caméo histoire de ne pas totalement oublier le fil rouge ténu reliant le premier et le dernier scénario mais rien de plus.

Après, Vaesen a été explicitement créé pour gérer des one shot avec un même groupe. D’où, notamment, les scènes intermédiaires dans lesquelles les PJ entretiennent et développent leur méat-PJ avec son QG, son réseau, etc. Ce n’est donc pas gênant mais il vaut mieux le savoir quand même si vous, ce que vous vouliez, c’était Les Masques de Nyarlathotep version Ikéa.

L’autre bémol, plus gênant à mes yeux, provient sans doute du cheminement ayant conduit à la rédaction puis à la publication de ce supplément. A l’origine, il s’agit de la trame d’un podcast publié par une Américaine d’origine suédoise, Ellinor DiLorenzo (OK, toute sa famille ne venait pas de Suède ^^). Or, j’imagine que raconter une histoire en podcast et se conformer au cadre normatif des scénarios Vaesen, ce n’est pas trop les mêmes exigences. De ce fait, on sent un peu trop souvent à la lecture qu’un solide chausse-pieds a été employé pour faire rentrer dans le moule ce qui à l’origine ne s’en souciait guère.

On retrouve donc le dispositif originel avec une scène d’ouverture, des préparatifs générés de façon abstraite, un voyage itou puis les éléments nécessaires pour gérer la suite du Mystère, à savoir compte à rebours, catastrophe déclenchée au bout de celui-ci, description des lieux à visiter avec les PNJ qui vont bien et enfin la confrontation avec le problème et ses conséquences. Tout y est. Cela dit, ce dispositif a été pensé pour générer une enquête et une résolution du problème assez libre et improvisée, un peu en bac à sable (un petit bac à sable mais un bac à sable quand même).

Or, là, on a une histoire avec un début, une fin, un milieu, avec des rebondissements déjà prévus, des deux ex machina, etc. Pour rebondir sur une de mes dernières chroniques en ces pages, on est sans doute plus proche dans l’esprit d’un scénario Maléfices que d’un vrai Vaesen originel. Du coup, même conclusion pour moi : cela ravira sans doute ceux, MJ et joueurs, qui préfèrent une intrigue scriptée pleine de vie qu’un bac à sable un peu mou où il ne se passe rien de flamboyant au nom de la sacro-sainte liberté. Chacun se fera son opinion. En revanche, ce qu’on peut tous admettre, c’est que cela rend le cadre rigide utilisé un peu vain et, au final, plus contraignant qu’autre chose.

Que l’on ne s’y trompe pas : faute de pouvoir vous raconter l’intrigue par le menu, j’ai passé plus de temps à critiquer à la marge le recueil qu’à en tisser les louanges. Cela n’empêche que, si vous êtes fan de Vaesen et que vous avez un peu la flemme de vous documenter pour rédiger vous-même des intrigues qui iraient comme un gant au dispositif du jeu, vous pouvez largement vous rabattre sur les cinq Mystères de La saga du mont perdu dans lequel vous trouverez largement de quoi puiser à défaut de vouloir le suivre à la ligne.