Le monde des Plans parfaits

Comme Hannibal, on aime tous quand un plan se déroule sans accroc, pas vrai ? Et bien les XII Singes aussi. Et c’est exactement ce qui est en train de se produire pour leur actuel foulancement dédié à la mise en jeu de rôle de la saga de fantasy signée Michel Robert. Son JdR, L’ange du chaos, réunit déjà 370 % de son objectif mais il reste un peu de temps pour vous joindre au foulancement. L’occasion pour nous de demander à Rodolphe Vanhoorde (auteur du spin off de la saga et principal auteur du JdR) et à son éditeur Yannick Leclerc pour quoi il faut craquer. Ou pas.

 

1. Question inévitable quand on se trouve face à un projet d’adaptation de romans par leurs propres auteurs : vous êtes sûrs que L’agent des ombres, ce n’était pas d’abord une campagne de JdR, hmmmm ?

Rodolphe (l’auteur) : lorsque j’ai commencé à écrire le jeu de rôle sur l’Ange du Chaos, Michel robert ne connaissait presque rien au JdR. Ses romans n’étaient donc pas sortis d’une table de jeu. C’est pourtant l’accroche de son univers par le prisme du jeu de rôles, que je pratique depuis 40 ans, qui m’a incité à lui faire la proposition, lors d’une séance de dédicace à Trolls & Légendes 2013, d’adapter ses romans sous ce format. La saga de l’Ange du Chaos est devenu un jeu de rôle, et pas l’inverse.

2. Ah bon ? Mais, alors, comment on passe de l’écriture d’une saga romanesque comme celle-ci à celle d’un JdR ?

Rodolphe : lors de mes premiers échanges avec Michel, je n’avais pas encore publié mes propres romans.

Là, pour le coup, c’est un peu le contraire qui s’est passé. Durant plusieurs années, j’ai harcelé Michel Robert de questions sur son univers, que j’ai grandement enrichi. Nous en sommes venus à discuter d’un de ses personnages, Estrée, qui disparaît à la fin du tome 5. En échangeant quelques idées sur ce qu’elle pourrait devenir, Michel m’a alors proposé de l’écrire moi-même. Un an plus tard, nourrie par l’écriture du JdR, l’Héritière du Chaos était publiée. Les nombreuses parties tests ont également permis, à leur tour, d’enrichir les romans de Michel.

3. Autre question inévitable pour toute adaptation de romans en jeu : les personnages auront-ils vraiment un rôle à jouer ou bien ne risquent-ils pas d’être écrasés par les aventures déjà consignées dans les romans ?

Rodolphe : les clefs de l’univers de l’Ange du Chaos sont données au MJ et à ses joueurs, en leur laissant la possibilité soit de suivre les événements, soit de les réécrire ! Le livre de base permet d’incarner des agents du Chaos, des Maraudeurs-Fantômes, à l’instar du héros des romans. La campagne proposée, les Sources de Sang, mène les PJ à découvrir une information cruciale à la fin du dernier scénario, information qui permettra ensuite à Cellendhyll de Cortavar de triompher.

Le livre du Monde des Plans, lui, offre la possibilité de jouer un personnage de n’importe quelle origine : Empire de la Lumière, Ténébreux, homme ou femme des Territoires-Francs, Nain, Fendyr et j’en passe… Les possibilités sont nombreuses pour ne pas être enfermé dans les romans. Le cadre du JdR propose de commencer à la fin du tome 5 et couvre la période (courte) jusqu’au tome 10, ou justement, une nouvelle génération d’agents du Chaos prend du service, sans être menacés par l’ombre de Cellendhyll.

4. Bon, je passe aux aveux : je sais que la saga s’est très bien vendue mais, moi, personnellement, je n’en ai jamais entendu parler. Pour des gens comme moi, en quoi cela fait selon vous un bon setting pour jouer au JdR ?

Rodolphe : l’univers de Michel Robert, une fantasy mature, adulte et moderne, n’existait pas, de mon point de vue, dans le paysage ludique français. Une fantasy plutôt éloignée des clichés habituels, aussi nobles soient-ils, et qui propose de jouer des James Bond ou des Dirty Harry à la sauce med-fan. J’étais convaincu, et je le suis toujours si ce n’est plus, que cela propose une autre expérience de jeu aux amateurs de fantasy tels que Michel et moi.

Yannick (XII Singes) : je vais te déculpabiliser, moi non plus je n’en avais pas entendu parler 🙂 Et je ne l’ai toujours pas lue ! En effet, je voulais avoir ce regard nouveau du joueur qui découvrirai l’univers par le prisme du JdR et m’assurer que ce même joueur comprendrait tout et ne serait pas perdu dans une foultitude de termes incompréhensibles pour qui n’aurait pas lu la saga.

5. Le jeu semble être parti sur l’idée d’un système de jeu dédié mais, au final, assez classique (caractéristiques, compétences, D10, etc.). Sachant que les XII Singes éditent déjà de nombreux systèmes de jeu, il n’était vraiment pas possible de se contenter d’en reprendre un existant ?

Rodolphe : plusieurs systèmes de jeu ont été testés durant les 10 ans de développement du projet. Du d100, du d20 à niveaux, des dés avec des faces marquées de symboles spéciaux… Mais je voulais un système fluide, rapide, permettant de donner la part belle aux scènes d’action, comme dans les romans. Et j’aime le d10 depuis toujours en fait ! Avec le principe de jet open, où l’on relance sur un « 10 » pour générer des scores spectaculaires, donnant une sensation de réussite à des scènes épiques… Et l’inverse, sur le « 1 ». Un principe d’extrêmes qui rend l’ambiance et le rythme des romans, qui nous a finalement convaincus.

Yannick : en fait, c’est très simple, on a testé. Et comme ça fonctionnait nickel, on a gardé !

6. Il est dit qu’il y a dans les livres des encadrés signés Michel qui en disent plus sur la genèse de la saga mais est-ce que ça ne surcharge pas le texte déjà dense de livres de règles ?

Yannick : au contraire, non seulement cela apporte des respirations dans la lecture des règles, mais ça permet aussi d’accentuer ce trait d’union qui nous est cher dans ce projet, celui entre les deux médias que sont les romans et le JdR.

7. Le monde des Plans est surtout décrit dans le livre répondant à ce titre. Est-ce qu’on peut vraiment se contenter du livre de base, du coup ? Par exemple, concrètement, est-ce qu’on peut jouer la campagne officielle uniquement avec le livre de base ?

Rodolphe : oui, la campagne propose une mission pour des Maraudeurs-Fantômes fraîchement promus, tout le nécessaire pour les incarner se trouve dans le livre de règles, et tous les lieux visités sont décrits dans la campagne.

8. Je trouve que le Guide de la Cité des nuages n’est pas tellement décrit dans la page du foulancement : c’est quoi, en fait ? Le livret de l’écran ?

Yannick : en effet, quelques clarifications s’imposent. Ce livret est une aide de jeu pour le meneur comme pour les joueurs. Il décrit les différents quartiers de la capitale de la Lumière sur le Plan primaire ainsi que ses lieux emblématiques. Un peu comme un guide touristique, il y détail également les différents lieux ou manger, dormir, les lieux à voir…ou à éviter. Ici et là, de nombreux PNJ sont disséminés afin de permettre au MJ de donner vie à cette cité.

9. Trois decks de cartes, ce n’est pas un peu beaucoup ? Trois livres, trois decks, l’écran… cela rend le ticket d’entrée assez onéreux, non ?

Yannick : on aurait pu évidement se contenter de faire un bouquin de base et quelques scénars. Mais chez les Singes, on aime proposer aux souscripteurs les jeux tels qu’on aime les avoir à nos tables. Alors, oui, on aime bien les cartes. Perso, je trouve ça cool d’avoir a portée de main les récap de sorts ou de coups spéciaux, plutôt que d’avoir à farfouiller le livre de règle pendant le combat pour les trouver. Après, on sort une gamme complète, alors oui ça a un coût, mais si on rapporte ça a chaque livre, on est dans la moyenne des tarifs proposés.

10. J’ai l’impression toutefois qu’ensuite, c’est bon, on aura tout pour jouer. (…) Ou bien vous imaginez encore une suite à cette gamme derrière ?

Yannick : ce qui est sûr, c’est qu’il y a tout pour arpenter librement le monde des Plans tout seul comme un grand. La suite dépendra du succès de ce financement et de la vie du jeu en boutiques ensuite. Les auteurs fourmillent d’idée en tous les cas !