Role Over the World : Lames Sombres et Speedrun de Donjon
Ah ! Après une semaine sans news, vous croyiez être débarrassés d’Ursulin Cornu et de ses opinions à l’emporte-pièce ? Misérables ! J’ai simplement voulu vous épargner l’ennui infini des nouvelles du début novembre. Et accessoirement, je n’avais pas le courage d’écrire tout un article sur l’album de Noël de Critical Role.
Bref, au menu de ce dimanche : les travailleurs américains du jeu sur table se rencontrent, Asmodée se porte bien malgré les rumeurs, et si vous avez marre de crawler dans les donjons, on a le Kickstarter parfait.
Tabletop Game Jobs se rencontre enfin
Tabletop Game Jobs (TJG pour les intimes) serait le site de recrutement le plus populaire de l’industrie s’il ne se résumait pas à une page Facebook. Mais quelle page mes aïeux ! Fort de plus de 20 000 membres, ce forum est la plaque tournante ultime du jeu sur table américain, et ce malgré une image plutôt discrète.
C’est donc pour rendre les choses un peu plus officielles que les organisateurs ont annoncé leur premier évènement public à en croire l’article de BoardGameWire. Prévue pour 2025, l’assemblée est décrite comme une foire au travail permettant aux entreprises de recruter plus facilement, et aux professionnels de trouver un employeur.
Ross Thompson, organisateur de l’évènement et cocréateur de la page, développe en spécifiant que l’évènement reflète « un tournant cool de l’industrie […] même si tous les appelés ne seront pas élus, il y a plein de nouvelles entreprises qui recrutent, mais aucun site où poster leurs annonces ». Comme dans de nombreuses branches avec le label « passion », travailler dans les jeux sur table dépend plus de vos contacts que de vos compétences, or c’est explicitement ce que TJG veut changer.

Asmodée quitte le navire Embracer à la dérive
Toujours d’après BoardGameWire, l’entreprise française qui règne sur le paysage ludique européen n’a pas eu les meilleurs quadrimestres de son histoire récemment, accusant une baisse de 6% dans son dernier rapport comparé à l’année précédente. Pour autant, le chiffre d’affaire d’Asmodée est en grande forme, au point d’annoncer son indépendance du géant Embracer. Comment ? Pourquoi ?
D’abord, les jeux estampillés de la marque ont toujours la cote, sans compter les partenariats très fructueux en cours avec Lego entre autres, mais les chiffres seraient plombés par la distribution des produits de leurs partenaires. Mais surtout, Asmodée essuie les pots cassés de sa maison-mère, Embracer, endettée à près de 2 milliards de dollars après un accord raté avec les saoudiens de Savvy Games, une dette qu’Asmodée assume à hauteur de 900 millions. Compte-tenu de ce boulet financier, la baisse de régime perçue paraît tout de suite très relative, surtout quand d’autres branches d’Embracer coulent à près de 46%.

Ce climat inquiétant ayant déjà généré près de 1400 licenciements l’an dernier est de toute évidence la goutte d’eau qui fait déborder le vase puisque l’entreprise a annoncé quitter le nid pour « se concentrer sur les jeux de plateaux ». La formule est polie mais reflète une réalité sombre. Embracer est un conglomérat géant du jeu vidéo en pleine perdition, et Asmodée est de très loin sa plus grande source de revenus. On pourrait presque faire un parallèle entre eux et le duo Hasbro-Wizards of the Coast. La grande différence, c’est qu’Embracer n’a visiblement pas su intégrer Asmodée dans sa stratégie comme Hasbro avec WotC.
Legend in the Mist annoncé pour l’été 2025
Après le succès commercial et critique de City of Mist, Amit Moshe et son studio Son of Oake n’ont apparemment aucune envie de se reposer sur leurs lauriers. A peine ont-ils sorti Tokyo : Otherscape plus tôt cette année, qu’ils annoncent Legend in the Mist, sans doute leur projet le plus ambitieux jusqu’ici.

Les deux jeux sont avant tout des spin-off de City of Mist proposant de nouveaux univers, et de menues améliorations du système étrangement génial créé par Moshe. Otherscape reste proche de son grand frère, proposant surtout un univers cyberpunk vibrant proche de Shadowrun. Legend voit plus loin en adaptant le modèle très narrativiste d’évolution des personnages de City of Mist pour traduire les mûrissement, voire le vieillissement des aventuriers dans un monde de « fantaisie rustique » rappelant les premières œuvres de Tolkien. Vu le talent des créateurs de Son of Oake, nous nous excuserez de trépigner à l’idée d’essayer la prochaine évolution de leur jeu.
La sortie de la semaine : Blades in the Dark Deep Cuts

Quel meilleur hommage à un jeu d’infiltration peut-on espérer qu’un supplément sorti de nulle part ? Enfin quand je dis supplément, c’est à prendre avec un bon gros cristal de sel. Deep Cuts est plus un erratum de l’auteur qu’un ajout au jeu de base. Certes on y trouve toute une liste de factions, de gangs et d’organisations pour peupler la ville maudite de Doskvol, mais le cœur du livre réside dans les très nombreuses modifications au système que propose son créateur John Harper. Deep Cuts devrait plus intéresser les game designers en herbe que les joueurs en recherche de nouveautés. Chaque changement s’accompagne de multiples commentaires de Harper, abordant son processus créatif, ses erreurs et ses réussites, faisant de l’objet un instantané fascinant de l’esprit d’un des meilleurs auteurs de JdR vivant, et une masterclass sur le design indépendant.
Le Kickstarter de la semaine : RipCrypt : A Dungeon Sprint RPG
Dungeon Crawl est un terme si engrainé dans la culture rôliste qu’on oublierait presque que son sens littéral met l’emphase sur la lenteur et la prudence. Face à cette évidence, l’auteur Kynan Antos lève ses deux majeurs vers le ciel en la forme de RipCrypt, son nouveau foulancement. Contrairement à ses congénères, RipCrypt veut aller vite dans tous les sens du terme; création de personnage rapide, mise en place rapide, combats rapides, tout est super rapide, jusqu’aux personnages eux-mêmes qui sprintent à travers un gigantesque labyrinthe souterrain pour espérer en sortir.

Le financement demandé est modeste, tout comme le projet lui-même, mais il promet quelque chose de rare dans le monde indé anglophone : des progrès subtils de game design dans un emballage suffisamment familier pour les rendre importants. Pour vous faire une idée du développement, la démo est disponible juste ici

