Une interview de plus pour un jour de plus !
On vous a déjà parlé d’Un jour de Plus, un jeu post-apo en cours de foulancement sur Gameon (NDLR: le jeu est financé et le foulancement vise désormais à atteindre les paliers supplémentaires). Ce jeu qui met au centre les relations entre les adultes et les enfants qu’ils protègent d’un environnement hostile nous intrigue. On s’est donc décidé à en causer un peu avec son auteur, Olivier « Almoncys » Ranisio.
1. Comme on te connaît déjà, on va plutôt procéder à une mise à jour. Quoi de neuf, depuis mai 2023 ?
Depuis 2023, j’ai sorti Space Horror Stories en boutique, j’ai aussi fait financé son supplément, Endless Darkness (arrivé avec 3 mois d’avance chez les souscripteurs d’ailleurs) qui est sorti aussi en boutique depuis. J’ai ensuite attaqué le prochain : Un Jour De Plus.

2. La première chose qu’on a cherché quand on a eu, Un Jour de Plus entre les mains c’est la table des mutations et les factions. Et on a rien trouvé. Non mais c’est quoi cette histoire ! Du post-apo sans mutations et sans règles de viandage, c’est possible ?
Il faut croire ! L’inspiration principale, bien que ça ne soit pas la seule, c’est La Route. Le propos est resserré sur le groupe et la relation adulte-enfant et le côté durement réaliste (bien qu’il puisse y avoir des setting légèrement « fantastiques ») permet plus facilement de s’immerger.
3. La relation à l’enfant est au centre d’Un Jour de Plus, penses-tu que le contexte post-apocalyptique apporte quelque chose à l’exploration ludique de cette relation ? Serait-ce transposable à d’autres contextes ou à d’autres genres ?
Le contexte post-apo sans espoir de reconstruction (qui est un genre spécifique de post-apo) évacue le sort du monde : c’est plié. Il ne reste alors qu’une chose pour que l’Adulte continue à survivre : l’enfant. L’enfant n’est pas seulement un PNJ attachant, il est la raison de vivre du personnage. On peut bien entendu le transposer à d’autres contextes mais s’il n’est pas désespéré, cela dilue forcément un peu le propos et diminue sa force.

4. Je ne te cache pas qu’en tant que papa niveau 6/3/0 dont le cœur se serre quand, dans une série, les enfants sont au centre de la tension, ton jeu me met un peu mal à l’aise. Qu’as-tu mis en place pour éviter le bleed, ou le transfert pour utiliser un terme plus français, entre le parent rôliste et le parent PJ ?
Je suis moi-même Papa (4 et 8 ans) et ma boussole quand je crée des textes ou des péripéties pour ce jeu c’est que ça me prenne aux tripes. Je ne cherche pas à éviter le bleed, tout comme on ne cherche pas à éviter le bleed lorsqu’on regarde La route, La vie est belle ou un autre film dramatique. Le jeu est fait pour ressentir des trucs viscéraux. Le tout est que ça ne soit pas « trop ». Il y a même un paragraphe pour expliquer que si on veut verser une larme, c’est OK. De même si on veut quitter la table quelques minutes pour faire redescendre l’émotion, on peut. Ça n’est cependant jamais arrivé à mes tables. Je tiens d’ailleurs à rassurer les parents. Si vous pouvez regarder La Route ou La Vie est belle, vous pouvez jouer à Un Jour De Plus.
5. Comme dans Space Horror Stories, tu n’es pas avare de diagrammes et de schémas et pour exposer et expliquer les règles. Tu as fait des schémas de montage pour meubles suédois dans une vie antérieure ou bien?
Je ne comprend pas, ils n’ont jamais voulu m’embaucher ! XD
Oui, je suis très adepte de diagrammes qui, je trouve, permettent de synthétiser en peu de place beaucoup de choses.
6. Par rapport à ton précédent jeu qui était plutôt orienté one-shots, Un Jour de Plus pousse la durabilité à des mini-campagnes de 5 ou 6 épisodes. Pourquoi ?
C’est une question de rythme de la fiction. Space Horror Stories avec un rythme qui montait assez rapidement vers un climax. Un Jour De Plus a un rythme lancinant entrecoupé de pics de tensions. On peut faire des one shots mais pour vraiment profiter de jeu, il est plus efficace de prendre son temps (et donc de faire plusieurs séances).
7. Beaucoup de créateurs donnent l’impression de dire « c’est mon jeu, faîtes-en ce que vous voulez ». Toi, tu proposes dans les règles une structure type et sembles donc dire « Voici le genre d’histoire qu’on peut faire jouer avec mon jeu et voici la meilleure manière de les raconter ». C’est important pour toi qu’on joue tes jeux au plus proche de ce que tu as conçu ?
Pour être très honnête, je n’ai jamais aimé cette phrase que l’on trouve presque littéralement dans certains jeux. Les MJ n’ont pas besoin de mon autorisation pour faire ce qu’ils veulent. Je propose une expérience de jeu complète en essayant d’en optimiser tous les aspects et j’ai la prétention de ne pas être trop mauvais à cet exercice. De plus, sur ces jeux, j’ai une approche procédurale des « scénarios , c’est aussi pour cela que je structure aussi la manière dont s’organise l’histoire.
Si on veut tester la proposition, il me paraît logique de tester d’abord « by the book ». Si, ensuite, on veut faire des modifications personnelles, ma foi, chacun fait un peu ce qu’il veut et ça ne me pose évidemment aucun problème. D’ailleurs, SHS et UJDP sont des boîtes à outils pleines de matériel que l’on peut utiliser y compris pour d’autres jeux.
8. C’est le deuxième jeu que tu sors en indé, et c’est le deuxième jeu qui sort sous format boîte. Qu’est-ce qui te plaît dans ce format ?
Le format boîte permet une mise en rayon facilitée en boutique et surtout, lorsqu’il y a pas mal de matériel, de tout rassembler à l’intérieur sans avoir des éléments éparpillés.

9. Tu sors un jeu aux thématiques dures. Est-ce que c’est l’époque qui te conduit à ce genre de questionnement ou est-ce que la thématique était déjà présente dans tes projets rôlistes ?
Rien à voir avec l’époque. J’aime ressentir et faire ressentir des émotions (tension, peur, tristesse, empathie…) via mes jeux. Space Horror Stories est lié à mon amour pour le genre « horreur dans l’espace ». Un Jour De Plus est, quant à lui, lié à ma condition de parent et aux émotions qui s’y rattachent. D’ailleurs, mon prochain jeu ne sera pas du tout sur une thématique dure.
10. A quoi tu joues quand tu ne fais pas playtester tes propres jeux ? Et qui souhaiterais-tu voir interviewé par le Fix dans la scène rôliste francophone ?
Pour être franc, je n’ai que rarement le temps de jouer à autre chose qu’à mes jeux (playtests ou démos) entre le rôle de parent, la création de jeu et le boulot alimentaire, mon temps restant est extrêmement ténu et je fais aussi des arts martiaux. Du coup, je ne sais pas trop mais je dirai Yann Lieby, qui est en train de créer le jeu Fouines et qui en est aussi l’illustrateur.
11. Space Horror Stories est lauréat du prix du JdR francophone pour les prix Rôliste 2024. On est très partagés à la rédac’ sur les prix JdR, mais quand-même, ça doit te faire plaisir, non ?
Évidemment que cela me fait plaisir 🙂 Et bien entendu que les prix restent avant tout des appréciations subjectives de quelques personnes. À mon sens il faut donc les prendre pour ce que c’est, une mise en avant et une reconnaissance par un panel de professionnels ou du moins de passionnés, et c’est déjà très bien.

