ZZ mène le jeu
Oui, Zachary Zeydh, bien sûr. Comme vous le savez déjà, les XII Singes ont lancé un foulancement pour éditer une colossale campagne Cthulhu Hack en deux volumes : N’est pas mort ce qui à jamais dort. Or, elle est écrite par l’auteur du fameux Journal de Z., cet étrange vrai-faux manuscrit plein de mystères qui, lui aussi, prendra une forme concrète à l’issue de ce CF. En effet, avec déjà plus de 1000 % de l’objectif, le foulancement se passe… disons… plutôt bien et devrait permettre de continuer à voir les choses en grand pour cette campagne. Du coup, nous aussi on voit les choses en grand et on se propose d’interviewer Zachary mais aussi son éditeur, Jérôme.
1. Bon, je ne sais pas si tu étais au courant mais tu nous dois 10 % de tous tes gains pour la mise en avant de tes talents dans nos précédents articles du Fix. Tu savais pas ?!
Zachary : COMBIEN ?! Bon écoutez, je vous laisse causer des pourcentages avec les Singes, c’est pas mon domaine. Par contre, j’espère que vous êtes bien conscient des risques de vous associer avec un écrivain maudit. Toutes les personnes qui ont conclu un pacte avec moi ont fini par être hantées par les cauchemars du Roi en Jaune…
Merci encore de m’avoir offert un peu de visibilité en tout cas ! 🙂 Aujourd’hui le Fix, demain le monde comme on dit.
2. En fait, c’est toi qui avais la dalle d’être publié ou bien ce sont les XII Singes qui sont venus te débaucher ?
Zachary : Le lendemain de mon interview dans le Fix en septembre 2020, j’avais une silhouette simiesque et inquiétante qui se profilait dans la lumière d’un réverbère en bas de chez moi. J’étais prêt à passer à un autre projet après avoir jeté le journal dans les méandres du net. Mais ils avaient une autre proposition à me faire, du genre de celles que l’on ne peut pas refuser : éditer le journal en échange d’une campagne pour l’accompagner.
J’avoue que la proposition m’a bien arrangé, parce que je me demandais comment il serait possible de créer une version physique du journal. Donc un éditeur (deux en réalité puisque c’était sous le label Ludika à l’origine) offrant de se charger de la logistique… impossible de passer à côté !
Au bout du compte, ce long projet a vraiment été une expérience stimulante et épanouissante, semé de rebondissements au niveau de son édition (Jérôme s’est sacrément démené pour que tout se concrétise), et si ambitieux que je n’imaginais pas le succès que les souscripteurs ont offert à son lancement participatif !

3. L’œuf ou la poule ? (…) Euh, je veux dire : tu avais déjà l’idée d’une campagne avant de créer le Journal de Z. ou bien tu l’as entièrement imaginée après coup ?
Zachary : J’ai créé la campagne après le Journal de Z. Sacré chalenge. Le journal avait été conçu comme une aide de jeu générique, composée de récits épisodiques pouvant être exploités indépendamment les uns des autres. J’ai donc dû trouver une trame scénaristique qui légitime son étude au long cours et qui rende plausible l’exploration de ses différents contenus.
L’exercice a été intéressant, cela dit. Il m’a permis d’amener ces changements de direction qui constituent les twists de la campagne.
La campagne commence ainsi par une sorte de chasse au trésor (occulte), pour le compte d’un commanditaire qui cherche à déterminer la fiabilité du fatras ésotérique rédigé dans le Journal de Z. Puis une découverte inopinée offre une importance nouvelle à d’autres pages du journal. Jusqu’à ce qu’un grand twist requérant l’accomplissement d’un objectif démentiel montre à quel point le journal contient de nombreuses informations critiques dans lesquelles piocher…
Ces découvertes sont certainement moins lissées que si j’avais eu à concevoir le journal en même temps que les scénarios, mais au final, je trouve que l’expérience est plus « réaliste » et intéressante dans cette configuration !

4. Pfff, alors, moi, je n’ai jamais réussi à garder un groupe assez longtemps pour finir les Masques. Alors, une campagne en deux tomes et 17 scénarios… comment te dire ?
Zachary : Justement ! J’ai prévu ça. Le défaut qui revient souvent à propos des Masques de Nyarlathotep c’est que c’est une campagne trop longue. Et beaucoup de groupes de jeu semblent effectivement ne jamais en venir à bout. Dans mon cahier des charges de conception, j’avais noté qu’il fallait éviter cet écueil.
Dans les dix-sept scénarios, il faut compter en réalité une session zéro, quatre scénarios facultatifs, et une discussion servant de préparation à la seconde moitié « bac à sable » de la campagne. Ces interludes et intrigues secondaires rajoutent essentiellement de l’ambiance, des enjeux et des dilemmes, mais il est possible de s’en passer. De plus, il y aura une sorte de « menu à la carte » qui indiquera aux MJ souhaitant condenser au maximum la durée de la campagne quels scénarios éluder ou sélectionner.
Tu vois, tu pourras décider en amont quels scénarios tu souhaites faire jouer en fonction de ton temps disponible, et même ajuster en cours de route si tu veux rallonger ou raccourcir. Cela étant dit, je pense que le gros twist qui intervient au milieu de la campagne a de quoi accrocher beaucoup de groupes de jeu. Allez voir l’encart « Spoiler » sur la page du financement de « N’est pas mort ce qui à jamais dort » pour en connaitre la teneur.
Après, il faut rester réaliste, ça reste une campagne longue. Vous n’allez pas l’expédier en 10 sessions de jeu de 3-4 heures.
Jérôme : Effectivement, quand on a parlé du projet avec Zachary, il était clair dès le début que le projet était si ambitieux qu’il fallait qu’il puisse être modulé. Au final, certains scénarios peuvent même être utilisés en one shot, en-dehors de l’intrigue. Mon inquiétude à vrai dire était plus au niveau de l’ambiance des scénarios. Une longue campagne avec des scénarios similaires aurait été ennuyeuse à jouer.
Et Zachary m’a rassuré, car il a prévu chaque scénario avec une ambiance bien distincte. On se retrouve ainsi avec des scénarios assez typés. L’un d’eux est un scénario basé sur des énigmes et une sorte de course contre la montre ésotérique, un autre est un slasher avec un monstre qui massacre tout sur son passage, un autre est un scénario de survie, un autre un casse de banque où l’on doit recruter auparavant des collaborateurs. Bref, il y a de nombreuses ambiances, et les joueurs ne devraient pas trouver cela répétitif !
5. Le fac simile du Journal de Z., c’est plutôt pour faire joli sur la table de jeu ou les joueurs doivent vraiment l’utiliser intensément ?
Zachary : L’utilisation du Journal de Z varie en fonction des scénarios. Dans certains scénarios, son contenu sert de contexte préliminaire avant le début d’une aventure ou d’une enquête. Il s’agit de comprendre les évènements qui se déroulés dans un lieu donné pour savoir dans quoi on met les pieds, de relever de premiers indices, des mises en garde, voire des moyens de se prémunir des dangers à venir. Dans d’autres scénarios, des énigmes cryptiques doivent être résolues au fur et à mesure. Dans la seconde partie de la campagne, les personnages doivent étudier activement le journal pour déterminer quelles pistes ils vont poursuivre.
Le journal est un gros morceau à lire. C’est pourquoi son étude est encadrée et fragmentée au début de la campagne, afin de ne pas assommer les joueuses et les joueurs à la table. Lorsque les PJ s’en emparent entièrement, ils auront déjà exploité une grande partie de son contenu. Ils seront familiers de ses pages et plus à même d’explorer ce qui reste à en tirer.
Jérôme : Ce sera vraiment une source d’informations importante, en effet. Quand j’étais ado, un ami (Florent, qui a écrit sur plusieurs suppléments Cthulhu Hack) avait créé un carnet d’un investigateur qui enquêtait sur Rennes-le-Château, pour un scénario de l’Appel de Cthulhu de sa création. Je me rappelle encore de l’excitation que l’on avait à parcourir ce carnet, à essayer de déchiffrer les textes, les annotations, à interpréter les dessins et les suites de chiffres. C’était un carnet plus petit que le Journal de Z, mais je pense que cela aura un effet assez exceptionnel aux tables de jeu !

6. Quand même, tu aimes bien les grands écarts. Tu passes d’une super aide de jeu entièrement gratuite à un pack (certes bien rempli) vendu à plus de 200 euros. Elle est où la vérité : le JdR, c’est gratuit ou c’est grand luxe ?
Zachary : Alors 200€ pour le « all-in », oui, mais qui permettent l’édition de deux gros tomes bourrés de scénarios prêts à jouer, ainsi que d’un véritable journal d’investigateur de l’occulte (dont le prix est fixé par une autre maison d’édition). Sans compter le lot d’aides de jeu et l’écran fabuleusement illustré (par Oscar Fayemendie) qui accompagnent l’ensemble. Mais Jérôme parlera mieux que moi des couts d’un tel projet, du prix du papier, de l’inflation du vernis sélectif, etc.
Tu poses néanmoins une excellente question. Techniquement, le JdR est un passetemps qui ne requiert guère plus qu’un peu de papier et d’imagination. Mais tel qu’on le conçoit en France, ce média est désormais aliéné à des exigences de haute qualité et à des comportements matérialistes de collectionneurs. Je ne jette le dé à personne, je suis un peu dans le lot.
Ce sont nos habitudes de consommation qui ont façonné ce marché. Produire des ouvrages de luxe richement illustrés et imprimés exige donc un prix conséquent… hélas, cela restreint l’accès de ces livres pour de nombreuses personnes (je pense notamment à moi quand j’étais plus jeune et qu’un livre de JdR était complètement hors de ma portée financière). Le gratuit est un moyen de briser cet apartheid entre ceux qui ont les finances et ceux qui n’en ont pas assez ou pas encore. Le gratuit est peut-être aussi un moyen de se reconnecter à des productions qui ont de l’intérêt même si elles sont réalisées avec des moyens moindres.
Il faut bien entendu continuer de faire vivre les maisons d’édition et leurs employés, ainsi que les autrices et auteurs de l’indépendant, mais je pense qu’il faut continuer à offrir du gratuit, et à en demander auprès des éditeurs. Qu’il s’agisse d’offrir de petits scénarios pour nourrir un jeu, de laisser en libre accès les illustrations ou les aides de jeu d’une gamme, ou tout simplement de favoriser la créativité de la communauté avec des modèles de mise en page…
Toutes ces initiatives existent, évidemment, mais j’ai l’impression qu’elles sont encore assez timides et localisées au global.
Une réponse trop « courte » à une question qui mériterait de véritables dissertations 🙂

7. Dans ta précédente interview, tu classais Cthulhu Hack dans la masse de systèmes lovecraftiens. Sans plus. Là, tu motorises 17 scénarios avec. Ce sont les XII Singes qui t’ont obligé ?
Zachary : Le Singe qui est perché au-dessus de moi me dit de dire « non » si je ne veux pas glisser sur une peau de banane un jour. Ah, attendez, je dois lire un truc. J’ai-choisi-Cthulhu-Hack-de-mon-plein-gré-je-parle-en-toute-liberté-d’opinion-c’est-le-meilleur-système-de-jeu-du-monde-mangez-en-iiik.
…
…
… c’est un système qui a ses atouts et ses défauts, comme tous les autres. Il a au moins l’avantage d’être léger, de libérer le/la MJ de pas mal de charges, et de favoriser l’enquête malgré le fait que ce ne soit toujours pas mon système préfér… arg, ils m’ont eu !
Jérôme : Effectivement, une campagne lovecraftienne chez les XII Singes, c’est nécessairement avec le système Cthulhu Hack, pour ne pas s’éparpiller sur plusieurs systèmes. C’est un système suffisamment simple et malléable pour l’adapter à tout type d’ambiance ou de campagne.
8. J’ai eu beau relire la page du foulancement je ne comprends toujours pas ce que contient le Livret des Modules. Encore une fois ?
Zachary : Ce sont des règles de jeu additionnelles pour motoriser certaines séquences de la campagne : une course-poursuite, l’exploration d’un labyrinthe, le crochetage d’une porte blindée. Ce sont mes propositions un peu originales pour gérer ces situations récurrentes du JdR, que je trouve toujours insatisfaisantes dans nombre de systèmes de jeu. Ici, ces règles sont colorées pour la scène qui les concerne, mais au fond, elles se veulent assez génériques.

9. Tu es mono-maniaque de Cthulhu ou bien tu envisages d’exercer tes multiples talents sur d’autres univers ?
Zachary : J’ai deux-trois scénarios pour Cthulhu Hack que je n’ai pas fini d’écrire. Je voulais aussi écrire quelques one shots pour NOC que j’aime bien. J’hésite aussi beaucoup à concrétiser l’un de mes nombreux projets d’univers de jeu étant donné la surcharge de productions actuelles. Malheureusement j’ai un changement de boulot en cours, si vous voulez tout savoir, et je vais devoir faire le sous-marin au moins le temps de ma période d’essai 🙂
On dit que je resurgis sous un autre pseudo quand vous ne vous y attendrez plus ? N’est pas mort ce qui à jamais dort…


Je ne suis pas certain que l’argument qui consiste à dire qu’on peut se passer de la moitié des scénarios m’incite à dépenser autant pour cette campagne 😅
Peut-être qu’il aurait fallu à ce moment-là proposer un livret d’intrigues connexes à acheter ou pas et réduire le coût du volume principal.
Parce que là…
Sinon ça me tente bien