C’est dans les vieux pots que l’on fait les plus vieilles soupes

On le sait : le rôliste à la larmichette à l’œil facile à venir dès qu’on lui parle de ses jeunes années, quand il découvrait laborieusement qu’il existait autre chose que le D6 du Monopoly et que les petits soldats de plomb n’étaient pas réservés à la vitrine poussiéreuse d’un Papy acariâtre. Certains poussent même le sentimentalisme suffisamment loin pour avoir encore envie de jouer aux jeux arrivés à péremption depuis au moins le milieu des années 1980. Les plus purs, enfin, font encore mieux : ils éditent des versions francophones de ces jeux que le marché local avait soigneusement su éviter jusqu’à présent.

En effet, en farfouillant dans les confins des Internets, on peut avoir ainsi la surprise de tomber sur non pas un, non pas deux mais bel et bien quatre jeux de l’antique catalogue de FGU, Fantasy Games Unlimited. En VF. Oui.

Si FGU a surtout été connu en son temps (donc au tout début du JdR) pour Space Opera, Chivalry & Sorcery et Bushido, l’éditeur américain avait aussi dans son catalogue des titres moins populaires mais, disons, intrigants.

C’est le terme idoine pour Bunnies & Burrows, non ? Oui, c’est bien un jeu dans lequel on joue des lapins et dont toute la proposition de jeu semble tenir sur la blague du titre, B&B à la place de D&D (oh, oh, goleri). Le jeu est malgré tout à placer au début d’une longue chaîne de filiation qui nous conduit jusqu’aux plus récents Mouse Guard ou Donjons & Chatons, jeux dans lesquels le danger n’a guère besoin d’être emphatique pour être bien réel. Là, par exemple, un simple humain muni d’un fusil de chasse suffit. Pour les historiens du JdR, c’est aussi un des tous premiers jeux à tenter un système de jeu basé sur des compétences et des pourcentages.

Gangster! possède un thème plus classique mais évidemment inusité dans les années 1970 et qui même encore aujourd’hui reste finalement assez rare : la guerre des gangs pendant la Prohibition. Originalité du jeu : c’est sans doute l’un des premiers jeux, bien avant In Nomine Satanis/Magna Veritas dans lequel on peut choisir son camp : celui des cops ou celui des gars à l’accent italien et à la Thompson facile. Niveau système, l’originalité du jeu est d’intégrer un système de dégâts/blessures plus réalistes que les autres. En tout cas, plus létal. On note aussi de nombreux sous-systèmes très « à la FGU » pour gérer un peu tout ce qui peut concerner les gangs et leur territoire (comme la… prostitution, par exemple !). Enfin, nombreux. Le jeu (VF comme d’origine) ne fait que 56 pages, hein.

Jeu encore plus court pour Merc qui, daté du début des années 1980 (un jeunot !) se résume à son titre : jouer des mercenaires contemporains engagés dans une guerre rivée quelque part dans le Monde. Le jeu n’a pas très bonne réputation et on peut comprendre que son livret de… 36 pages laisse peu de chances de décrire par le menu tous les enjeux complexes du monde des mercenaires, leurs armes, les façons de s’en servir, etc. Toutefois, la VF propose toute une gamme de ces petits livrets (entre 20 et 40 pages) avec des conseils, des aides de jeu et même pour l’un d’entre eux, un cadre de campagne, la Rhodésie. (…) Ouah, l’autre, le pays qui n’existe même plus, quoi. Vintage.

Finalement, le quatrième jeu disponible en VF est sans doute le plus… euh, le moins inconnu du lot : PSI World. Nettement plus récent (eh, le milieu des années 80 !), il augure par son thème de jeux beaucoup plus populaires durant la décennie suivante : les PJ sont en effet des mutants dotés de pouvoirs PSI (sans déconner ?!) en butte à une société plus normée qui ne les accepte pas et a peur d’eux et de leurs pouvoirs surhumains. Marche aussi avec des vampires, par exemple. Comme l’ensemble des jeux FGIU de l’époque, cela reste néanmoins peu développé sur quelques dizaines de pages (80 pour la VF) et le jeu se limite essentiellement à ce point de départ, une liste de pouvoirs PSI (90 en tout !!) et les règles (simples) pour les mettre en œuvre.

Fort heureusement, la VF propose aussi pas moins de trois courts suppléments (des modules comme on disait dans le temps) qui proposent des scénarios qui peuvent même s’enchaîner dans une campagne ainsi que quelques points de règles supplémentaires.

Cet exploit plutôt inattendu semble être le fruit du travail d’un éditeur fantôme judicieusement nommé Antiques RPG pour lequel nous n’avons trouvé ni site web dédié ni présence sur les réseaux sociaux (mais cela a pu nous échapper, n’hésitez pas à nous les signaler en commentaire). Si vous voulez jeter un coup d’œil à cet étonnant catalogue et, peut-être, acquérir un de ces fossiles en VF, vous pouvez faute de mieux vous rendre sur cette page : https://www.leslibraires.fr/editeur/antiques-rpg/

Bien sûr, il en va de ces jeux FGU des années 70/80 comme des courts-métrages muets pour les cinéphiles : ce sont des curiosités, intéressantes pour les historiens ou pour les nostalgiques. On ne peut pas espérer en faire beaucoup autre chose.

5 pensées sur “C’est dans les vieux pots que l’on fait les plus vieilles soupes”

  • 30 janvier 2025 à 09:42
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    Petite particularité sur Psi*World: il a été illustré par Matt Wagner, devenu depuis un dessinateur de comics plutôt renommé (notamment avec sa série Grendel).

  • 30 janvier 2025 à 11:23
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    La question que je me pose, du coup, c’est : ils ont les droits sur ces jeux ou c’est du bootleg ? Parce que les droits de Bunnies & Burrows, par exemple, sont aux dernières nouvelles chez Frog God Games qui avait ressorti le jeu en 2019.

  • 30 janvier 2025 à 12:18
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    Le fondateur de FGU Scott Bizar maintien un site internet pour conserver les droits sur les jeux FGU même si il ne fait que vendre les stocks et des PDF et quelques créations de temps en temps. Et visiblement il n’hésiterai pas à menacer de procès tous les auteurs originaux si ils veulent récupérer leurs créations. Je crois qu’il n’y a que les auteurs de villains and vigilantes qui ont décidés de passer outre et d’éditer une nouvelle version de leur jeu.
    Sur le site de FGU on peut trouver l’annonce des 40 ans d’existence 1975-2015 donc cela donne une idée de la vitalité de la boite. Peut-être un changement pour les 50 ans cette année ?
    Aussi pour ces versions françaises je suis très dubitatifs sur leurs légalités.

  • 30 janvier 2025 à 12:33
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    Sur le site de Ludifolie le jeu Gangster est présenté à la vente avec les mentions suivantes : Éditeur : Le Plumier des Chimères / Référence : PCHGAN01FR / Ean : 9782959643804
    Avec une recherche sur l’EAN j’obtiens Livre (ISBN: 2959643801) (*) Pays émetteur: Bookland
    Et hop je clique sur l’ISBN et je tombe sur la fiche Amazon de Gangster avec notamment le nom du traducteur dans le descriptif qui visiblement est l’auteur des autres traductions.
    Je sais pas si je peux donner le nom donc je vous laisse chercher.

  • 31 mars 2025 à 00:47
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    A part psi world je viens de voir les autres livres en vente chez BBE.

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