New Dragon has dropped ! [chronique Livre des monstres pour Pathfinder]

Les bestiaires et moi, c’est un peu comme l’intolérance aux lactoses et la pizza. J’adore, mais je finis par le regretter. Pas pour des questions intestinales, mais parce que j’ai tendance à ne plus les ouvrir une fois achetés, préférant créer mes propres petites horreurs. Pourtant, il m’est impossible de mentir. Le livre des Monstres (LdM) pour Pathfinder Remaster pourrait bien faire partie des exceptions à cette règle.


L’inévitable paragraphe sur l’OGL (juré c’est le dernier)

Alors oui, évidemment la raison derrière ce quatrième (!?) bestiaire pour Pathfinder 2 c’est bien sûr le scandale de l’OGL en 2020, cause principale du Remaster du jeu, et c’est important… Mais en même temps on s’en fout un peu.

C’est important parce je sais pas si vous savez, mais WotC déconne zéro avec le copyright, et il est sans doute bien plus large que vous ne l’imaginez. Le hibours ? Copyright. Le Tyranoeil et les drows ? Copyright. Même le pur concept d’un dragon rouge est techniquement une propriété intellectuelle de Hasbro, rendez-vous compte. Et ça compte aussi pour des bestioles inspirées de divers folklores mais dont l’influence de D&D a profondément changé l’image populaire comme le Barghest. Alors certes, souscrire à l’OGL permettait d’en utiliser certains gratuitement, mais la finalité reste la même : pas d’OGL, pas de monstre classique du JdR fantasy. De fait, ce bestiaire Remaster est bien plus qu’un simple changement de texte ou de nomenclature. Certains doivent disparaitre, et ceux qui peuvent être modifiés doivent l’être en profondeur, y compris dans les illustrations.

Mais en même temps on s’en fout un peu parce que peu importe le titre sur la couverture, Le livre des Monstres est un bestiaire 4. Déjà parce que nous une fois à la table, les histoires de droit et d’avocat on s’en tamponne la cuirasse, parce que malgré ses redondances il y a dans ses pages suffisamment de nouveautés pour le considérer comme une suite, et surtout parce que lorsqu’il s’agit des monstres et de leur utilisation pratique, les différences entre PF2 et PFR2 sont absolument insignifiantes. Donc si vous avez déjà les trois premiers, votre principal souci sera la couleur de la tranche qui jure un peu une fois à côté des autres sur l’étagère.

Bref. Trêve de babillages, passons au contenu.


Bigup aux fans de tableur Excel

Au moment où j’écris ces lignes, les influenceurs anglophones se pâment devant la grande innovation du nouveau Monster Manual de Donjons & Dragons : des sommaires organisés par niveau et par type de monstre pour mieux s’y retrouver. S’il vous plaît réfrénez vos orgasmes.

Blague à part, j’admire le courage des nouvelles équipes de WotC, ayant réussi à convaincre leur manager qu’avoir des créatures stylées n’a aucune valeur si on met deux jours à les retrouver. Ce serait même touchant si PF2 ne le faisait pas depuis son premier bestiaire, et ce LdM ne déroge pas à la règle. Pas d’inquiétude donc si vous ne cherchez que les ennemis de niveau 2, ou des morts-vivants pour votre one-shot d’Halloween, le LdM pense à votre confort.

Toujours pour citer les évidences qui font plaisir, on a d’entrée de jeu une double page consacrées à l’adaptation de ces créatures à vos besoins. Si ça vous semble anodin détrompez-vous, non seulement ça permet de modifier facilement et rapidement n’importe quelle entrée du bouquin, mais c’est en plus une grosse preuve de confiance de la part des concepteurs, qui nous laissent là une partie de leur recette, recette que de nombreux autres éditeurs gardent jalousement.

Enfin et surtout, il est bon de rappeler que le système de classification proposé est si intuitif qu’un coup d’œil au niveau de la créature en gardant en tête celui des joueurs suffit amplement à déterminer si la menace sera triviale, modérée, difficile, ou sévère.

Tout ça mis ensemble fait d’entrée de jeu du LdM un allié du lecteur, comprenant intrinsèquement que mener une partie a beau être très plaisant c’est aussi extrêmement chronophage.

« Tu vas finir par parler des monstres ou pas ? »

Ok on se calme j’y viens, mais avant ça j’ai voulu rendre deux choses très claires : le Livre des Monstres est conçu sous la contrainte d’un changement de paradigme radical, mais repose sur des bases ergonomiques et créatives solides, ce qui est intéressant pour l’un, et rassurant pour l’autre.


Les classiques

Comme pour tout bestiaire qui se respecte, le spectre de dangers présentées ici est franchement satisfaisant et présente la patte typiquement acide et cartoonesque de la licence, notamment dans les illustrations qui parviennent à être colorées et engageantes tout en exprimant parfaitement la menace des sujets.

Une fois passés l’aigle, la tarentule géante ou encore le terrifiant et exotique cheval, on tombe au fil des pages sur leur version délicieusement malaisante de la fée des dents, clairement inspirée des premières minutes du film Hellboy 2, ou sur l’enfant lumineux, une aberration spatiale qui combine parfaitement ma haine de la lumière à ma peur des gamins. OGL oblige, certaines créatures ont changé de nom, notamment tous les golems (tiens encore un mot que vous pensiez être dans le domaine public), désormais totalement différenciés via des appellations plus banales comme « effigie » ou « création ». Les plus notables dans la catégorie sont sans doute les sympathiques Galapiats (anciennement Méphites), des petits esprits élémentaires dont le nouveau design me remplit de joie.

Ils sont trop choux ces galapiats

Les anges, démons et autres diables mériteraient leur propre article mais restons sobres en mentionnant qu’on a enfin des archons aussi graphiquement flippants que dans les récits bibliques, et que les démons sont tous liés à une façon de mourir. C’est franchement métal et autrement plus inspirant qu’un énième agent du chaos. Laissons aussi aux lecteurs le soins de découvrir les merveilleusement immondes aberrations comme le Quelaunt qui, si elles étaient imprimées en plus grand hanteraient leurs cauchemars.

Mais je vous montre quand même celle là

Mais puisque rien dans ce monde n’est parfait, on se tarte aussi les sempiternels monstres « pokémon », dont la principale distinction réside dans le type élémentaire ou géographique. Entrez donc génies de tous les éléments, linnorms et dragonnets caractérisés par votre lieu de naissance et bien sûr les élémentaires qui se résument tous à un gros visage ou une silhouette humaine. C’est barbant, peu imaginatif, mais apparemment obligatoire. Dans le même ordre d’idée mais un chouïa plus utile citons le nombre dantesques de profils dédiés aux espèces intelligentes (la plupart jouables). En plus de constituer un véritable buffet pour vos besoins de combats à bas niveau ou de PNJ à créer sur le pouce, tous sont décrits comme des représentants archétypaux de leurs cultures, approfondissant ainsi les informations présentes dans le reste de la gamme. Vous pouvez même vous en servir pour créer rapidement des personnages de niveau équivalent, ça marche très bien.

Les nouveaux classiques

Les plus grosses pertes suites à l’OGL se résument surtout à deux familles de monstre iconiques : les dragons (chromatique et métalliques), et les guenaudes. Catastrophe ? Aubaine vous voulez dire. Comme les génies ou les élémentaires, ces deux méchants incontournables étaient dans une certaine mesure affligés de la malédiction du Pokémon, leur attribuant un « type » et une personnalité dédiée à chaque fois (d’ailleurs, j’ai toujours trouvé contre-intuitif de considérer les lézards aux couleurs de l’arc-en-ciel comme méchants).

Ici vous trouverez huit nouveaux dragons caractérisés non pas par leur couleur ou le minéral qui leur ressemble le plus, mais par leurs liens à une source magique spécifique, et ça ouvre tout de suite les possibilités. Du dragon de Fortune qui agit comme un aimant à trésors au dragon Adamantin et sa carapace de roche, tous ont un design et des pouvoirs uniques et rafraichissants. Surtout, là où l’usage de la magie n’était pas toujours une évidence pour Smaug et ses potes, l’idée de les lier à une tradition spécifique intègre parfaitement ce concept, ça donne même des capacités très situationnelles mais pleines de saveur comme le dragon Conspirateur qui cause des dégâts de zone en quittant son déguisement humanoïde, ou les ailes du dragon Prophétique qui peuvent être utilisées pour lancer des sorts divinatoires. Vous en révéler plus serait une absolue injustice envers le plaisir de lecture, mais mentionnons les deux dragons les plus évidents et cool du monde auxquels presque personne n’avait pensé avant : le dragon empyréen ceint d’un halo angélique, et le dragon diabolique issu des profondeurs infernales. On ne peut qu’espérer avoir de futurs équivalents pour les démons, les archons et autres azatas pour parfaire l’idée.

Si votre dragon n’utilise pas des épées magiques comme piercing, est-ce vraiment une campagne digne de ce nom?

Les guenaudes de Pathfinder sont, évidemment des comploteuses féériques cruelles qui se délectent du désespoir des mortels, mais ici elles ne sont pas juste « des vieilles femmes pas gentilles », mais des fées qui choisissent explicitement de se présenter sous la forme de femmes vieilles, laides et puissantes car c’est apparemment ce qui met mal à l’aise le plus de monde. C’est un détail aussi superflu que merveilleux et il me fallait le mentionner. Mais donc, puisqu’on a plus de guenaude verte, ou anis, ou couleur de la nuit, qu’est-ce qu’on a ? Bah un retour aux contes de fées. Les guenaudes du LdM sont explicitement inspirées des mégères de contes célèbres, tant dans leur apparence que leur comportement. La guenaude de fer aime isoler de belles jeunes femmes comme dans Raiponce, les doucereuses engraissent leurs proies avant de les passer au four, et sa cousine marine propose un twist flippant à mi-chemin entre le contrat diabolique et la prémisse de la petite sirène. Le livre en propose deux fois moins que de dragons, mais c’est largement compensé par l’imagination qu’elles attisent.

Sous l’océaaaaaan

La barrière de la langue

En lecteurs intuitifs vous aurez compris que l’atout majeur de ce bestiaire réside dans le texte, et la manière dont il contextualise ses sujets, qu’il s’agisse de petits détails amusants ou de longues tirades passionnantes sur leurs habitudes ou leurs cultures si bien que feuilleter le bouquin au pif suffirait à faire germer l’idée d’une campagne. Et évidemment c’est aussi là que le bât blesse.

Je suis généralement partisan d’un certain minimalisme pour les versions, comprenez moins il y a de traducteurs, plus l’ensemble sera cohérent, et PFR2 me donne jusqu’ici tort car si la traduction du Livre du joueur 2 est globalement très bonne comme je le disais dans sa critique, elle reste un bon cran en dessous de son prédécesseur qui avait pourtant une traductrice supplémentaire. Pour ce LdM je ne sais pas ce qui s’est passé, mais on est sur un ensemble médiocre et extrêmement inégal. Un quart du bouquin est parfaitement lisible avec quelques intentions de style, un autre est banal sans être désagréable, et le reste se lit comme une putain de liste de course.

Sachant que les quatre traducteurs crédités s’occupent de la gamme depuis ses débuts on peut avoir confiance dans leur professionnalisme, donc la question se pose : fatigue de fin de projet ? Mauvaise communication due au rush ? Quelqu’un a mangé la bible de traduction entre deux suppléments ? Le mystère reste entier, et ne passe pas franchement plus facilement quand on sait que l’équipe de traduction et éditoriale est capable de bien mieux. Heureusement pour eux (et surtout pour nous) toutes les bonnes idées de la version originale sont bien présentes, mais certaines vous demanderons plus d’efforts d’appréciation que d’autres. Quel que soit le problème, espérons qu’il sera réglé d’ici la livraison du prochain foulancement car soyons honnêtes, la traduction et la relecture devraient être la priorité absolue de ce type de gammes. Devant le papier glacé, devant la couverture cartonnée, et même devant l’inclusion d’un signet en tissu.


On ferme l’enclos

Ce Livre des Monstres est à la fois le meilleur de cette salve de sortie Pathfinder et celui qui a visiblement bénéficié du minimum syndical de la part de BBE. Heureusement, aucun défaut de version ou d’édition ne pourrait me dissuader de vous le conseiller. Pour vos besoin rôlistiques bien sûr, mais aussi simplement pour la tonne métrique d’inspiration et d’originalité qui parcoure ses pages une fois qu’on a mis de côté les écueils chiants du genre (sérieux Paizo, je suis sûr que vous pouvez trouver un moyen de rendre les élémentaires intéressants). Si comme moi vous avez été ce genre de gamins qu’on peut laisser seul pendant deux semaines avec un peu de bouffe et des piles de bouquins sur les mythes et les monstres, vous n’avez même pas besoin de jouer à PFR2 pour y trouver votre bonheur.

Vieeeens petit petit!

Une pensée sur “New Dragon has dropped ! [chronique Livre des monstres pour Pathfinder]”

  • 27 février 2025 à 20:30
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    Bon, je suis ce genre de gamin 😏

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