Vers l’Infinity et … au-delà du simple ludisme ? [chronique de la gamme Infinity,]
Votre serviteur est bien obligé d’admettre son goût évident pour les propositions riches et ambitieuses en jeu de rôle, un goût qui m’attire vers les productions potentiellement touffues de la même manière que la lumière attire le moustique vers son tragique destin.
A mon modeste niveau, je me donne d’ailleurs aussi pour mission d’aider les lecteurs de mes articles à la prise en main de ces jeux de rôles souvent intimidants par leur masse et leur générosité… d’accompagner l’ambition des meneurs qui veulent “aller chercher” cette masse de créativité et d’idées que certains auteurs nous posent sous les yeux, sans toujours bien savoir comment nous la partager de la façon la plus claire.
Notre sujet d’aujourd’hui incarne totalement toutes ces idées, je pense même que c’est un des cas les plus extrêmes que j’ai eu l’occasion de vous présenter à ce jour sur le Fix. Aujourd’hui nous allons parler de la gamme Infinity le jeu de rôle (proposée en VF par Légion Distribution) et il va y avoir beaucoup à dire sur ses défauts, ses qualités et tous les conseils pour vous aider à profiter au mieux de ce que ce jeu peut vous offrir.
Je vais donc ici vous partager l’origine assez spécifique de ce jeu, qui n’est pas sans impact sur certaines de ses caractéristiques, puis nous verrons comment il nous est amené et quelles qualités nous allons trouver dans sa proposition. Comme vous allez le voir c’est un jeu qui ne rend pas toujours les choses faciles, mais vous vous doutez bien que si je vous en parle aujourd’hui c’est que je perçois dans cette production des choses très intéressantes … assez intéressantes pour que votre serviteur parte acheter aussi quelques PDF de la vaste gamme VO pour voir un peu plus sous le capot de la bestiole … assez intéressantes aussi pour que je laisse mûrir l’écriture de cet article de longs mois avant de pouvoir vous en fournir une version satisfaisante !
Vu la bestiole, il va par contre falloir que je plonge dedans avec pas mal de profondeur … et vous allez voir qu’il a beaucoup à dire sur tout ça.
Histoire éditoriale : de la figurine au jeu de rôle
Avant d’être un jeu de rôle, Infinity est d’abord et avant tout un jeu de figurines permettant de mettre en scène des combats de type escarmouches dans un univers de science fiction. Lancé en 2005 par l’éditeur espagnol Corvus Belli, ce jeu de figurines est assez populaire et une 5ème édition a été lancée en 2024. A noter d’ailleurs que cette proposition ludique a été étendue à d’autres jeux de figurines comme Aristeia (qui propose de jouer des combats de type gladiateur qui sont un sport populaire dans l’univers d’Infinity) ou Code One qui est une version simplifiée.

Le point très notable avec ce jeu de figurines, c’est qu’il est doté depuis son origine d’un univers extrêmement riche et clairement mis en avant. La raison à cela est simple, les auteurs d’Infinity avaient d’abord imaginé cet univers comme un univers de jeu de rôle, avant de se rabattre sur le jeu de figurines.
C’est en 2015 que Corvus Belli franchit le pas et adapte Infinity en jeu de rôle. C’est l’éditeur Modiphius qui se charge de proposer cette VO en anglais du jeu, et sans surprise ils vont appliquer à cet univers leur système de règles maison : le 2D20 system.
Et finalement c’est en 2023 que Légion Distribution, qui gère déjà la VF du jeu d’origine, annonce le lancement de la VF du jeu de rôle Infinity. Le succès très timide du financement permet la mise en production du Livre de base, accompagné de deux bandes dessinées, d’un écran avec son livret, et de quelques cartes. A ce jour, pas de nouvelles officielles concernant la continuité de la gamme VF. Il existe par contre une gamme énorme en VO dont il va falloir aussi qu’on parle pour saisir réellement l’étendu de la proposition de ce jeu.

La gamme Infinity : structure et mise en forme
Il y a beaucoup à dire sur la richesse de contenu globale d’Infinity, mais avant de faire un court détour par la vaste proposition ludique d’Infinity proposée par Modiphius, nous allons d’abord regarder en détail ce qui nous est proposé actuellement dans la langue de Molière par Légion Distribution, et en particulier la porte d’entrée du jeu : le Livre de base.
Le livre de base d’Infinity : une accessibilité discutable malgré des vrais efforts
Je ne vais pas y aller par quatre chemins, le livre de base d’Infinity est sur plusieurs points un ouvrage qui complique la prise en main et la compréhension du jeu qu’il est censé nous présenter. Et cela est potentiellement problématique lorsque nous sommes face à cet énorme ouvrage de plus de 520 pages !
Cette taille peut s’expliquer par le cahier des charges par définition complexe de ce manuel, car il doit nous présenter l’imposant univers de science fiction militaire teinté de transhumanisme d’Infinity ainsi que toutes les mécaniques de ce 2D20 system crunchy. Et devant ce vrai défi d’édition, il y a des manques criant dans ce Livre de base que je peine à comprendre :
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Pas d’Index en fin d’ouvrage pour aider à retrouver des notions dans le livre
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Pas de version PDF disponible à l’achat (alors que les participants au financement y avaient accès)
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Pas de Glossaire pour expliquer la multitude de termes techniques et scientifiques utilisés de façon récurrente dans la description de cet univers de SF
L’absence de ces outils fondamentaux d’édition est malheureusement aggravée par un souci purement technique (en tout cas sur l’exemplaire qui m’a été fourni) : le livre saute soudainement de la page 232 à la page 265 car des pages ont été imprimées deux fois dans ce manuel (dont une fois pas du tout à leur place normale du coup).
A ce stade de ma présentation, cher lecteur, je te vois bien en train de te dire “courage fuyons” et hésiter à aller plus loin dans cet article. Croyez moi, cela serait une erreur, car au delà de ce premier contact un peu compliqué, le jeu qui nous occupe aujourd’hui a beaucoup de choses intéressantes à proposer … des choses qui ont assez passionné votre serviteur pour qu’il creuse le sujet et produise le modeste article que vous avez sous les yeux.
Maintenant que j’ai évacué les choses qui fâchent dans la présentation de ce Livre de base, il est temps de parler de choses bien plus satisfaisantes. Car cet ouvrage massif propose tout de même toute une série d’efforts pour rendre digeste son contenu gastronomique :
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Une utilisation très intelligente des marges, apportant des rappels de page pour les notions essentielles, ou des informations ciblées liées au texte principal.
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La mise en place d’une hiérarchie d’encadrés avec des mises en forme spécifiques qui, même si elle n’est pas expliquée, donne une vraie lisibilité à l’ensemble.
Mais le point positif que je souhaite particulièrement relever concernant ce Livre de base, et c’est un point majeur vous en conviendrez, c’est la grande qualité de la mise en forme globale de ce manuel. La mise en page sur deux colonnes (avec donc une large marge faisant presque office de troisième colonne) est très aérée, les textes sont proposés avec une police de caractère fonctionnelle noire sur fond blanc et qui se paie le luxe d’être de plutôt grande taille, et tout cela est rythmé par une hiérarchie de titres et d’en têtes de paragraphes particulièrement claire et agréable à l’œil. On peut noter aussi la présence d’un ruban marque page en tissus, comme quoi certains outils majeurs d’édition sont tout de même bien présents dans ce livre.

Du côté purement visuel, les illustrations proposées sont de très bonnes qualités. Je regrette juste personnellement qu’elles ne soient pas plus utilisées pour mettre pragmatiquement en image les équipements et véhicules spécifiques, pourtant bien connus et illustrés par le biais du jeu de figurines d’origine.
Il faut préciser que ces qualités de mise en page et de structure se retrouvent dans la totalité des ouvrages de la gamme (VO comme VF). Ce sont des livres (ou des PDF) que l’on explore avec un certain confort de lecture … un élément appréciable vu la densité de leurs contenus.

Bref, malgré des manquements qui rendent ce livre peu pratique et impressionnant au premier abord, le Livre de base d’Infinity se révèle finalement étonnamment agréable à parcourir à l’usage. Franchir la première impression et les premières difficultés pour aller chercher le remarquable contenu de cette offre ludique … retenez cette notion car c’est très clairement le fil rouge de la prise en main de ce jeu de rôle.
Les bandes dessinées : un apport pas si secondaire que çà
Proposer des bandes dessinées en soutien d’une gamme de jeu de rôle n’est déjà pas très fréquent, mais en plus dans le cas qui nous occupe aujourd’hui il y a de vrais bonnes raisons de prendre le temps d’en parler. En effet, les deux récits qui nous sont proposés et qui sont titrés Outrage et Betrayal, ont le bon goût de proposer dans leurs dernières pages deux choses que je trouvais manquantes dans le Livre de base : un glossaire des termes spécifiques de cet univers dans l’un, des illustrations identifiées de troupes / armures / véhicules dans l’autre.

A côté de cela, les deux récits proposés ont l’intérêt de présenter une bonne mise en scène d’éléments de cet univers de jeu : certaines menaces aliens, les idéologies de plusieurs cultures, et la place prise par des armements et des organisations dans une Sphère humaine en conflit.
Bref, au-delà de leur pur intérêt en tant que bandes dessinées qui ne déméritent pas par leur contenu, ces deux livrets sont aussi un apport non négligeable pour tous les novices qui découvrent l’univers massif d’Infinity directement par l’arrivée de ce jeu de rôle.
L’écran, livret et cartes : un complément classique mais appréciable
La gamme VF nous procure un écran 3 volets format paysage, qui sur ses faces intérieures propose tout l’arsenal des tableaux récapitulatifs de règles que l’on trouve habituellement sur ces outils. A noter cependant que, contrairement à ce que l’on peut voir parfois, toutes les informations techniques présentes sur ce support sont spécifiquement utiles en cours de partie. Je mettrais par contre un bémol sur l’illustration de cet écran, car le choix pour cette dernière s’est porté sur une scène peu claire avec un effet de flou… ce qui est dommage pour un univers dont les visuels forts méritent de la clarté.
Le livret qui accompagne l’écran est lui très intéressant. En 31 pages (couverture souple), il nous propose deux aventures : E Pluribus Unum (15 pages) et Le code de la mitose (11 pages). Ces scénarios sont plutôt bien pensés, permettant d’amener des éléments de l’univers de jeu sous le regard des joueurs, et comportant un véritable accompagnement des meneurs dans la gestion de leur déroulement. Le reste du livret est une aide de jeu qui concerne les Récréations, un point spécifique du riche background d’Infinity sur lequel nous reviendrons plus tard.
Enfin, tout cela est accompagné de cartes de type mappemonde de chacune des planètes composant la Sphère humaine. Outil qui serait totalement secondaire s’il ne permettait pas de voir en un coup d’œil comment ces territoires sont contrôlés par les différentes factions de l’univers du jeu.
Le Livret découverte (PDF)
Pour être complet il faut parler du Livret découverte de 41 pages qui est disponible gratuitement sur le site de Légion distribution. A noter que, comme le Livret de l’écran d’ailleurs, ce document ne comporte pas de table des matières … et ce PDF n’a pas de bookmark non plus (bruit de grognement maîtrisé …)
Ce supplément comporte une présentation de l’univers sur 6 pages, un résumé des règles principales en 15 pages, et pour finir un scénario nommé L’affaire de la circulaire qui occupe les 20 pages restantes.
Même si le scénario proposé ici est bien plus basique et générique que ceux du Livret de l’écran, ce Livret découverte n’est pas sans intérêt car les présentations résumées de l’univers et des règles sont de bons outils à partager avec des joueurs voulant se lancer avec vous dans la folle aventure Infinity. A noter aussi la présence de personnages créés, élément d’accessibilité très bien venu et dont le choix de présentation est loin d’être neutre (on y reviendra)
Une gamme VO aussi riche qu’imposante, et dont il faut parler
Je ne peux pas vous parler du jeu de rôle Infinty sans aborder le sujet de sa gamme complète, car le Livre de base que nous avons en VF n’est en rien différent de son équivalent VO, il est pensé comme une tête de pont vers une gamme foisonnante. Pour bien comprendre ce jeu, il faut donc savoir comment se structure son offre globale.
Pour vous donner une idée de la bête, sachez que cette gamme comporte une trentaine de produits différents, avec en ossature majeure les éléments suivants :
– 12 suppléments de contexte sur les différentes factions et la planète clé nommée Paradiso
– 5 suppléments thématiques approfondissant des points techniques (Ships of the Human Sphere, Technologies of the Human Sphere), mais aussi venant compléter le Livre de base (Player’s Guide et Gamemaster’s Guide)
– 5 campagnes prêtes à jouer (2 courtes et 3 plus massives), complétées par un recueil de 10 scénarios assez courts (Adventures in the Human Sphere)
– De nombreuses aides de jeu sous forme de jeux de cartes (Adversary Card Deck par exemple), de floor plans thématiques (Combined Army Geomorphic Tile Set par exemple) et bien sûr des dés spéciaux à la couleur du jeu.

Bref, vous l’aurez compris, Infinity est un jeu doté d’une réelle profondeur avec une offre très généreuse .. et c’est important d’en être conscient pour comprendre la masse incroyable de choses qui sont contenues dans son massif Livre de base disponible en VF.
Nous sommes face à un jeu qui a beaucoup de choses à dire et à partager. C’est une générosité qui, une fois les premiers soucis d’ergonomie franchis, risque de vous happer par sa jouabilité ressentie et la richesse de ses possibilités. Un jeu de rôle que l’on entrouvre au début en se demandant pourquoi on s’attaque à un truc pareil, mais qui peu à peu au gré de la lecture vous fait ressentir ce sentiment agréable d’être face à une proposition extrêmement ludique permettant d’explorer une multitude de facettes de la science fiction.
Je vous invite donc maintenant à me suivre dans le terrier du lapin blanc, il est temps de rentrer dans cette offre ludique si particulière qu’est le jeu de rôle Infinity.
L’univers d’Infinity : foisonnant, riche et très ludique
Le cadre de jeu d’Infinity est un point majeur du charme qui se dégage peu à peu à la lecture des ouvrages de cette gamme, et autant prévenir tout de suite … Il y a énormément à dire sur ce contexte qui déborde littéralement d’invitations à l’aventure. L’influence du jeu de figurines originel se fait sentir dans la facette très militaire et stratégique qui structure les grands traits de la Sphère Humaine, mais comme nous allons le voir cet univers possède bien plus de thèmes et de facettes à offrir … en se payant le luxe de faire ressentir des appels multiples à l’aventure à ses lecteurs.
Vu la richesse de ce contexte de jeu, je vous propose de l’aborder à travers les thèmes majeurs qui lui donnent son identité, car un inventaire de son histoire et de sa situation actuelle serait beaucoup trop long. Voyons donc, facette par facette, ce que nous propose la Sphère Humaine du 22ème siècle.
Le Space opera militaire : la conquête spatiale et le labyrinthe de miroirs
Quelque 150 ans dans notre futur, l’humanité est divisée en plusieurs blocs géopolitiques nouveaux qui ont pris l’ascendant sur les anciennes puissances occidentales. Grâce à la découverte de trous de ver dans le système solaire, et des technologies permettant de les stabiliser, les différentes puissances se sont lancées dans une vaste conquête spatiale permettant aujourd’hui à la bien nommée Sphère Humaine de s’étendre sur un total de 11 systèmes (y compris Sol, berceau de l’humanité).

Cette humanité lancée à la conquête des étoiles est donc profondément divisée, plusieurs factions porteuses de thématiques fortes se font concurrence dans cet univers sous tension, tout en cohabitant au sein d’un ONU futuriste appelé le G-5.
Voici un rapide aperçu de ces 5 factions majeures :
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La Panocéanie est l’hyper-puissance de la Sphère Humaine. Cette démocratie technophile a confié la gestion de sa société hyper-connectée via un réseau global nommé Maya à ALEPH, première et seule IA consciente connue à ce jour. Incarnation d’une société transhumaine hi-tech idéalisée de culture plutôt sud américaine et océanique, cette nation est aussi le cœur du Néo Vatican et de l’influence sociale et militaire de l’église (à travers l’existence d’ordres de chevalerie)
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Yu Jing est le principal adversaire et concurrent de la Panocéanie. Croisement entre un Japon technologique et une Chine du parti unique, cet État-Empire valorise la loyauté et la discipline et propose aussi une thématique de corporations portant leurs intérêts à travers la Sphère Humaine.
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L’Haqqislam est pour sa part le porte étendard d’une culture néo-musulmane se voulant plutôt éclairée et porteuse de la recherche de connaissance originelle des peuples arabes. Créateurs de la technologie de la Soie permettant la sauvegarde de la conscience humaine, ils restent encore aujourd’hui les seuls à maîtriser cette technologie transhumaine essentielle qu’ils fournissent à toute la Sphère Humaine.
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L’Ariadna est formée par les descendants d’un antique vaisseau de colonisation. Leur technologie est restée plus ancienne, puisqu’ils n’ont pas connu les évolutions récentes de l’humanité, et ils portent fièrement des versions idéalisées et même caricaturales de plusieurs cultures occidentales de la Terre (Europe de l’ouest, Russie, USA) qui sont devenues secondaires dans l’histoire globale. Leur retard technologique est parfois un avantage, entre talent pour l’improvisation et utilisation de systèmes non sensibles aux piratages complexes via les réseaux. Le Teseum, matériau très rare vital aux hautes technologies, est par contre abondant sur la planète Aube qui est le berceau de cette faction.
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Les Nomades forment la seule faction à ne pas avoir le contrôle d’une ou plusieurs planètes de la Sphère Humaine. Leur berceau est une flotte de trois gigantesques vaisseaux mères, et ils incarnent tout particulièrement une méfiance et une résistance à la vision idéalisée de la société transhumaniste de la Panocéanie. Ils ont créé le réseau Arachne, alternative au réseau Maya contrôlé par ALEPH.
Il est vite évident que ces 5 factions majeures portent des thèmes très faciles à identifier, et la jouabilité instinctive de l’univers d’Infinity vient en bonne partie de ces archétypes faciles à reconnaître … porteurs d’images et de références.
Infinity propose d’ailleurs d’utiliser pleinement les intrigues politiques, économiques et militaires multiples entre ces factions avec le principe du Labyrinthe de miroirs. Ce terme, repris dans les scénarios officiels de la gamme, indique les objectifs secrets pouvant être donnés à chaque personnage du groupe par sa faction. Cela rappelle le fait que, même si tous les personnages joueurs sont des membres de l’O-12 (une organisation trans-partisane cherchant à sécuriser la Sphère Humaine contre le risque d’un conflit global), le jeu laisse la porte ouverte à des intrigues pouvant amener à des frictions ou une concurrence entre les personnages (et leurs factions).
Ce mode de jeu est à réserver à une table assez mature pour jouer une sorte de PvP qui est devenu assez rare dans les jeux de rôles actuels, mais il montre la richesse potentielle proposée par Infinity .. surtout que les humains ont des problèmes autres à gérer que leurs conflits internes.
La pure science fiction : menaces extraterrestres et mystères de l’inconnu
La situation déjà complexe et conflictuelle entre les factions est devenue encore plus difficile avec l’arrivée de L‘Armée Combinée. Cette armée, regroupant plusieurs races extraterrestres technologiquement avancées et belliqueuses sous la bannière de l’énigmatique Intelligence évoluée, a lancé une vaste offensive. Cette attaque s’est concentrée jusqu’à présent autour d’une planète couverte de jungle, visiblement stratégique pour eux, nommée Paradiso. Plus récemment, une autre race alien nommée les Tohaa a débarqué dans ce système et porte assistance à l’humanité dans ce conflit mal engagé.
Face à toutes ces menaces, l’humanité a été contrainte de mettre ses dissensions en sourdine, mais les intrigues et les conflits localisés sont loin d’avoir pris fin, donnant un rôle encore plus vital à l’O-12 et ses actions de médiation et de coordination.
La planète Paradiso et ses forces extraterrestres puissantes et terrifiantes proposent un cadre pouvant rappeler un film comme Predator. Ce terrain de jeu ouvre toute une thématique de scénarios purement militaires, mais aussi des histoires de survie et d’horreur face à cette armée alien clairement plus puissante que les forces humaines. Chasse des unités extraterrestres d’infiltration capables de prendre forme humaine, évacuation ou exploration d’avant postes ne donnant plus de nouvelles, et enquête sur les raisons mystérieuses de l’intérêt spécifique de l’Armée combinée pour cette planète … voici quelques exemples de la grande richesse de cette thématique.
Le Transhumanisme et le thème d’un jeu à mission: l’O-12 et ALEPH
Infinity nous propose comme base générale un futur porté par plusieurs miracles technologiques. Au-delà des moteurs Minotaure permettant de franchir les trous de ver, l’humanité a découvert un néo-matériaux : le teseum. Les propriétés de ce dernier ont ouvert la voie à la révolution quantronique, qui permet le décuplement de la puissance informatique, la nano-fabrication et le lien permanent entre l’humain et le réseau.
La biotechnologie nommée la Soie, de son côté, permet la sauvegarde numérique des consciences et leur transfert dans de nouveaux corps nommés Lhost. Corps qui peuvent recevoir une multitude d’implants et d’améliorations de tout type.
Tous ces développements ont amené à la création de la première IA évolutive, nommée ALEPH, qui s’est avérée nécessaire pour gérer l’immensité des réseaux et services générés par les évolutions technologiques. Une IA restée unique à ce jour principalement grâce à de larges accords interdisant la conception d’une autre de ces intelligences surhumaines.
Ce contexte transhumaniste et cyberpunk n’a, vous l’avez compris, en rien effacé les dissensions et les querelles entre les différentes puissances. Les nations et forces d’influence se livrent à une concurrence farouche pour la mainmise sur les ressources et l’ascendant sur l’ensemble de la Sphère Humaine. En plus de 5 factions majeures déjà évoquées, la Sphère Humaine est le cadre des ambitions de multiples corporations, groupes de mercenaires et d’une entité souterraine nommée le Submondo qui regroupe l’ensemble du crime organisé.
C’est donc un univers très militarisé et rythmé par les conflits, avec pour arbitre une structure transnationale dotée d’importants moyens y compris militaires : l’O-12. Cette organisation, qui surveille ALEPH et contrôle les voies de transport permanentes à travers les trous de ver, déploie ses agents sur les théâtres de crise ou pour éviter le conflit total dont la désignation donne son nom à ce jeu de rôle : le code INFINITY. Les personnages joueurs auront bien évidemment pour tâche d’incarner les agents de cette vaste organisation, avec des missions potentielles d’une grande diversité étant donné la complexité et la richesse des forces en présence.
Infinity propose donc d’intégrer les personnages de vos joueurs dans cet univers d’une grande profondeur par le mode de jeu le plus confortable et sécurisant qui soit : le jeu à mission. La création d’agents de l’O-12 permet d’assurer l’implication des personnages dans les scénarios et de justifier leur capacité à coexister quelque soit leur faction d’origine. Vu tout ce que l’univers du jeu peut proposer, c’était en fait la seule façon de laisser aux joueurs l’option d’accéder à toutes les possibilités d’histoire disponibles dans ce jeu de rôle.
La culture Hiraeth : Le traditionalisme au cœur des cultures du futur
Avant de clôturer ce regard transversal sur l’identité massive de cet univers de jeu, il me faut vous mettre plus spécifiquement en lumière un élément important de sa jouabilité et de son accessibilité.
Vous l’aurez sûrement relevé à la lecture des paragraphes précédents, même si Infinity nous propose un cadre de pure SF fortement transhumaniste, l’univers de jeu est parsemé de références plus ou moins nettes à notre époque et à nos repères. La forte présence, dans la Sphère Humaine du 22ème siècle, des religions et des tropes presque caricaturaux de cultures de notre histoire réelle, donne cette couleur toute particulière à l’univers du jeu.
Vous pourrez croiser des agents impériaux et des intrigues de cour dignes de la grande époque de la Chine impériale chez Yu Jin, rencontrer des porteurs de Kilt se réclamant de Wallace l’écossais en Ariadna, ou assister des chevaliers de l’ordre des hospitaliers dans une mission humanitaire menée par la Panocéanie.
Cette survivance culturelle est justifiée dans l’univers de jeu par l’existence de ce qui est nommé la culture Hiraeth. C’est l’idée d’une vaste nostalgie des temps passés qui est prégnante dans toutes les factions, poussant les humains à maintenir des références fortes à leur histoire dans ce futur avancé. L’expression la plus forte de cette notion sont les Récréations d’ALEPH : ce sont des reconstitutions de personnages historiques, des IA intégrées dans des corps créés par bio-ingénierie, et qui possèdent les capacités supposées de leur version originale … mais boostées par les technologies récentes. Jeanne d’Arc et Sun Tze sont deux exemples de personnages historiques qu’il est possible de rencontrer au détour d’un scénario.
Infinity flirte donc avec une sorte de faux rétro-futurisme. La culture et les tropes de pure SF se voient brouillés par des références régulières à notre monde contemporain et à son histoire. C’est un formidable outil d’immersion pour les joueurs, qui se retrouveront bien plus en terrain connu que dans un pur univers de Hard SF transhumaniste, mais c’est aussi un élément majeur du fun ressenti en parcourant cet univers. Cela ajoute aussi des accroches de scénarios bien plus classiques et confortables au répertoire d’histoire déjà disponible. Il faut noter, d’ailleurs, que des clins d’œil plus spécifiquement de pop-culture sont aussi utilisés dans ce cadre. Sachez, par exemple, que vous pouvez tout à fait jouer une sorte de lycanthrope dans Infinity ! (on y reviendra)
Les règles d’Infinity : le système 2D20 version crunchy
Comme indiqué en introduction, le jeu de rôle Infinity a été doté par Modiphius de leur système de règles maison : le fameux 2D20 System. Mais attention, même si vous êtes un connaisseur de cette mécanique, je vous invite à bien prêter attention à ce qui va suivre. En effet, la version du système 2D20 que nous allons analyser ici est de loin la plus crunchy que j’ai eu l’occasion de lire… je pense d’ailleurs que c’est la version la plus dense de toutes celles proposées à ce jour par cet éditeur.
Et pourtant, Infinity garde la notion d’usage narratif de ses mécaniques qui est traditionnellement portée par le 2D20 system. Nous sommes donc face à un rendez-vous étonnant (détonnant ?) entre des mécaniques très ludistes et une invitation permanente à utiliser le système comme un outil de narration.
Il m’est vite apparu comme évident que cette créature narrativo-ludiste porte une promesse ludique d’immense souplesse possible dans son usage : la boîte à outils riche et détaillée de sa facette crunchy venant croiser la liberté d’interprétation de ses règles narratives.
Bref, une proposition qui risque de faire perdre leurs repères à pas mal de rôlistes, et qui en rend l’explication par votre serviteur dans cet article un poil compliqué…
Mais comme j’aime les défis, et que je compte bien vous indiquer des clés pour utiliser de la façon la plus confortable possible Infinity, je vous propose que nous regardions la bestiole d’une façon aussi synthétique que possible … juste de quoi vous donner une vision claire de ce qu’on peut tirer de ce jeu autour d’une table.
Le socle commun du système 2D20 : le moteur de résolution
Avant de regarder les fortes spécificités de sa version pour Infinity, regardons déjà la base de fonctionnement de ce système, qui reste très proche pour le coup des autres itérations de cette mécanique (mais avec quelques ajouts que les connaisseurs remarqueront assez vite)
Pour effectuer une action à Infinity, il faut d’abord déterminer son seuil de réussite . Ce dernier est égal à Caractéristique + Compétence (maîtrise)
Le jet de résolution consiste alors à jeter 2D20, et chaque D20 faisant inférieur ou égal au seuil de réussite donne un succès. À noter que les D20 donnant un résultat inférieur ou égal à la valeur de Spécialisation dans la Compétence donnent 2 succès au lieu d’un seul.
Chaque dé faisant 20 va provoquer par contre une Complication (et des circonstances, comme tenter un test d’une Compétence sans aucune maîtrise, peuvent augmenter le risque de Complication à 19/20 .. voire plus)
Le nombre de succès nécessaire pour réussir une action va dépendre de sa difficulté. 1 succès pour une difficulté « moyenne », 2 succès pour une difficulté « difficile » etc .. Il faut noter que la difficulté peut être « facile », ne nécessitant alors aucun succès. Le jet reste alors utile du fait d’un élément majeur de ce système : la notion d’Adrénaline
En effet, chaque succès obtenu en plus du nombre requis pour réussir l’action va donner 1 point d’Adrénaline au personnage. L’Adrénaline ainsi gagnée rejoint une réserve de groupe pouvant contenir 6 points au maximum. Tout membre du groupe de personnage peut décider de dépenser de l’Adrénaline pour l’aider sur un test. Chaque point dépensé donne + 1D20 à lancer sur le test (le bonus maximum sur un test étant de +3D20).
Note : Infinity propose une règle optionnelle où chaque personnage possède sa propre réserve d’Adrénaline plutôt qu’une réserve commune. Vu la notion de labyrinthe des miroirs déjà évoquée , je trouve personnellement cette règle optionnelle plutôt judicieuse.
La dernière notion à prendre en compte pour ce système de résolution est la Menace. Un personnage n’ayant pas d’Adrénaline peut tout de même en obtenir les effets en générant à la place des points de Menace. Ces points sont ensuite à la disposition du meneur pour créer des problèmes supplémentaires aux joueurs durant le scénario (déclencher des capacités de PNJ, ajouter des obstacles etc …)
L’Adrénaline et la Menace sont les outils majeurs de la facette narrative de ce système. L’Adrénaline va permettre par exemple aux joueurs de “créer un obstacle”, c’est-à-dire modifier une scène pour rendre les actions des PNJ plus difficiles. Le meneur de son côté pourra utiliser la Menace pour compliquer la vie des joueurs. Tout cela invite donc à une modification dynamique des scènes, mais ces jauges vont aussi être utiles pour les usages bien plus cadrés et ludistes du système de résolution .. facette à laquelle il est grand temps pour nous de jeter un œil.

Création de personnage par cheminement : un processus long et détaillé
Avant de vous parler de l’aspect très détaillé des règles d’Infinity, je suis obligé de vous parler d’abord d’une étape majeure pour tout jeu de rôle : la création de personnages.
Nous voilà face à la première grande spécificité qui donne son identité particulière à Infinity : une création de personnage par chemin de vie. Cela signifie que le joueur va créer son alter ego en validant une à une les étapes de la vie de ce dernier. Chaque étape va faire évoluer les valeurs techniques du personnage, mais aussi inscrire dans son historique un certain nombre d’événements notables. Soyons clairs, ce type de création est particulièrement adapté pour immerger les joueurs dans un univers riche et complexe comme celui d’Infinity, mais le prix à payer pour cela est un temps de création plus élevé que la moyenne.
Cette création de personnages fait en plus une proposition assez rare dans le jeu de rôle d’aujourd’hui : elle est largement aléatoire ! La quasi totalité des 9 étapes de création demandent un jet de dés pour en déterminer les conséquences, et le joueur dispose d’un budget de 5 « points de vie » lui permettant d’influencer le résultat des dés.
Note : le livre de base ouvre la possibilité d’une création sans aléatoire, par achats de points, ce qui revient à avoir un budget de 12 « points de vie ». À réserver selon moi à une création de personnage faite, en prenant son temps, en partenariat direct avec le meneur.
Je ne vais pas aller trop loin dans le détail de cette immense mécanique de création, qui occupe 38 pages à elle seule de l’imposant livre de base. Mais pour vous en donner une idée, voici une présentation synthétique de ses différentes étapes nommées Décisions :
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Décision 1 : Hôte de naissance. Détermination des valeurs de base des 7 Caractéristiques. Chacune démarre avec un score de 7 et des points de vie peuvent permettre de les augmenter. C’est à ce stade qu’un jet de dé peut ouvrir la possibilité de jouer un alien (seuls les Dogface, les lycanthropes que j’évoquais plus tôt dans l’article, sont disponibles comme race alien jouable dans le livre de base)
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Décision 2 : Faction et ascendance. Détermination aléatoire de la faction d’origine, et de possibles changements de faction (la faction d’origine étant l’ascendance). Cela va déterminer des gains de rang de maîtrise dans des Compétences
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Décision 3 : Monde / pays natal. Détermination aléatoire de l’origine géographique du personnage. Cela va déterminer des bonus de Caractéristiques, des gains de rang de maîtrise dans des Compétences et des langues connues
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Décision 4 : Statut. Détermination aléatoire de la classe sociale et du milieu familial du personnage. Des Caractéristiques et des Compétences sont encore augmentées, une valeur de Revenue est déterminée
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Décision 5 : Événement d’enfance. Détermination aléatoire d’un événement de l’enfance du personnage, qui va apporter un élément de pur historique
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Décision 6 : Éducation. Détermination aléatoire du type d’éducation, apportant des modifications de Caractéristiques, des gains de rang dans des Compétences et de l’équipement
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Décision 7 : Événement d’adolescence. Détermination aléatoire d’un événement de l’adolescence du personnage, qui va proposer l’ajout d’un Trait et d’un effet de jeu
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Décision 8 : Carrières. Permet de déterminer aléatoirement les carrières du personnage (il peut en cumuler jusqu’à 4). La première carrière impacte encore les Caractéristiques, toutes les carrières apportent des bonus sur les Compétences , des Revenus et de l’équipement
Note : le livre de base contient 39 carrières, qui sont autant d’immersion du personnage dans l’univers de jeu. Chacune est en effet largement décrite dans un paragraphe de présentation.

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Décision 9 : Personnalisation finale. Permet de faire des ajustements sur les Compétences , les Actifs, et les Caractéristiques. Calcul des valeurs secondaires, dépense des Actifs en équipements, création des relations et du Geist (IA personnelle)
Vous l’aurez peut-être déjà compris en voyant cette création de personnage, Infinity se base sur des personnages joueurs détaillés techniquement et chacun porteur d’éléments d’historiques riches et très personnels. Nous sommes face à cette catégorie de jeu de rôle qui fait de l’alter ego créé par le joueur un véhicule très spécifique pour parcourir la narration. Chaque agent de l’O-12 sera d’une grande profondeur et très différent de ses partenaires en termes de roleplay et de capacités d’action. Ce point étant donc central, nous allons devoir aller regarder comment ces personnages vont pouvoir être mis en jeu par les participants autour de la table.
Analyse d’un personnage-joueur d’Infinity : points de simplicité et de complexité
Je vous propose de prendre un exemple concret, l’un des personnages pré-créés du Livret découverte d’Infinity, pour voir comment se structure et se prend en main un personnage de ce jeu :

Première précision : ce que vous avez sous les yeux n’est pas la feuille de personnage officielle du jeu, mais un résumé de personnages fourni dans le Livret découverte. La feuille officielle est malheureusement, selon moi, un autre point faible de l’accessibilité du jeu. Elle se présente en format paysage et fait 3 pages, je vous partage juste la 1ere page pour vous montrer ce qui, en terme d’esthétique et de prise en main, me pose un peu question :

Je vous montre cette feuille aussi pour vous mettre le doigt sur un point essentiel qui va aller dans le sens de mon analyse globale concernant ce jeu de rôle, un point qui risque de vous surprendre à ce stade : vous n’avez pas besoin de cette feuille ultra détaillée pour jouer confortablement vos personnages d’Infinity. Vous verrez dans la suite de cet article comment jouer à ce jeu en toute simplicité avec un stat block résumé comme celui de notre Chevalier, en accompagnant juste ce dernier d’une simple feuille de notes.
Mais, chaque chose en son temps ! Voyons d’abord, à travers cet exemple, comment s’articule mon personnage d’Infinity et comment je vais pouvoir le prendre en main pour vivre les aventures promises.
Une base simple en lecture directe : le gain d’une création détaillée
La feuille du Chevalier nous présente d’abord les 7 Caractéristiques du personnage : Agilité / Vigilance / Robustesse / Coordination / Intelligence / Personnalité / Volonté. Leur valeur peut varier à la création de 6 à 12 (la moyenne humaine étant à 8). Notre Chevalier possède donc le maximum autorisé en Agilité et en Robustesse, mais pour autant avoir 12 en valeur pour un jet roll under avec un D20 ne semble pas bien glorieux : clairement la maîtrise de Compétences va être essentielle.
Les Compétences en disent déjà plus sur le Chevalier. Cette feuille résumée ne nous présente que les 12 Compétences (sur les 24 existantes) pour lesquelles ce personnage a acheté de la maîtrise, mais nous voyons bien que ce large éventail de Compétences développées va être le socle des capacités d’action du personnage. Cette section nous présente aussi les achats de Spécialisation : la colonne Spé indique quel score faire sur le D20 pour obtenir 2 succès au lieu d’un seul.
Il faut noter que le fameux seuil de réussite (SR) pour les tests de Compétences est invariable, quelles que soient les circonstances (c’est la difficulté qui pourra être modifiée). Il en va de même pour les scores de Défense, qui sont les SR d’actions de Réaction que le personnage peut faire pour contrer une attaque contre lui. Nous trouvons un score applicable pour les 4 types d’attaque du jeu : Corps à corps / Distance / Infoguerre / Guerre Psy. Même chose pour les bonus aux dégâts potentiels du personnage pour ces types d’attaque. Les scores d’Absorption, eux, sont des valeurs de réduction de dégâts selon ces mêmes catégories d’attaque (une armure par exemple).
Infinity s’appuie donc largement sur des scores fixes non modifiables. Une fois la feuille remplie, le joueur n’aura aucun calcul à faire pour savoir si ses jets de D20 font des succès (et combien). Pas de jet de défense en combat non plus. C’est la partie fluide et rapide du système, très importante car l’attention des joueurs et du meneur sera à mobiliser sur le nombre de succès à obtenir pour réussir (la difficulté), ainsi que sur la création d’Adrénaline et de Menace.
Les points détaillés à maîtriser dans son personnage : talents et équipement
Après ce socle simple totalement jouable avec un stat block basique et résumé, nous arrivons à présent aux règles plus spécifiques à gérer pour le joueur. Ce sont ces points qui devraient faire selon moi l’objet d’une feuille de note à part :
Le premier point qui va demander des précisions écrites par rapport à ce qui est noté dans le stat block résumé, ce sont les Talents. Les Talents sont des capacités spéciales que l’on peut acquérir dans un certain ordre selon une arborescence et des pré-requis propres à chaque Compétence. Notre Chevalier possède 6 Talents, autant de règles spécifiques que le joueur doit connaître. Par exemple, sous la Compétence Balistique, il possède les Talents Tireur d’élite et Tir dégagé. Le premier permet de relancer un nombre de dés de dégâts, le deuxième réduit le malus de portée. Ces Talents construisent donc une identité spécifique aux capacités du personnage.
Le deuxième point pour lequel des notes seront nécessaires, c’est l’équipement. En effet, tout le matériel à Infinity est en partie défini par des Attributs. Par exemple, l’épée de notre Chevalier possède les Attributs Déséquilibré / Non piratable / Parade 2 / Brutal 1. Parade 2, par exemple, signifie que l’épée augmente de 2 dés l’absorption de dégâts au Corps à Corps. Brutal 1, de son côté, indique que l’arme apporte un bonus d’un dé de dégâts.
Je reviendrai rapidement sur ces diverses notions plus loin, l’important ici est de saisir le fait que seuls les Talents et les Attributs de l’équipement vont amener des micro-règles à gérer pour le joueur. Tout le reste (test de Compétences, Défenses etc …) est invariable et donc relève d’une simple lecture directe.
Infinity nous propose donc une création de personnages détaillée, mais elle a selon moi le bon goût de remplir un objectif pertinent : immerger le joueur dans l’univers du jeu, et surtout lui donner de base des repères dans ce cadre SF très complexe par sa richesse.
Au final, cette création nous apporte donc un personnage structuré par un faible nombre de règles à gérer par le joueur. Seuls les Talents et les Attributs de l’équipement vont amener des micro-règles à gérer. Tout le reste (test de Compétences, Défenses etc …) est invariable et relève donc d’une simple lecture directe de la feuille de personnage
Côté joueur, donc, la prise en main d’un personnage d’Infinity est bien moins complexe que ce que l’on aurait pu croire. Mais, bien sûr, le côté crunchy de cette version du 2D20 system dont je parlais auparavant est bien réel. Il est donc temps de voir à quoi ressemble ce niveau de détail, quels objectifs ludiques il poursuit, et quelle difficulté pourra avoir un meneur à le prendre en main.
Le système d’affrontement : mélange de profondeur mécanique et narrative
Si vous connaissez le 2D20 system de Modiphius, vous savez certainement quel est son point de complexité connu : sa facette narrative impliquant la gestion des ressources dont je parlais plus tôt dans cet article. Cette complexité est bien présente aussi dans Infinity, l’utilisation de l’Adrénaline et de la Menace ouvrant de multiples options de modifications des scènes et des actions des protagonistes, mais la nature très détaillée d’Infinity amène un point positif sur ce sujet : Le jeu indique énormément de procédures pré-construites d’usage de ces jauges. Le Livre de base consacre aussi 15 de ses pages à des conseils de gestion pour les meneurs, y compris ces notions potentiellement fuyantes.
Et c’est la nature très particulière du jeu de rôle Infinity. C’est un système de résolution basé sur des règles narratives, par l’utilisation de l’Adrénaline et de la Menace donc, mais aussi par une notion de rounds sans durée fixe et d’initiative absolument pas mécanisée (les joueurs jouent en premier et choisissent l’ordre de leurs actions entre eux – le meneur pouvant dépenser de la Menace pour prendre l’initiative). Le jeu n’utilise pas non plus de mesures de distance précises, mais plutôt une gestion narrative de zones et d’environnement. Infinity reste donc profondément une expression du 2D20 system, mais il va venir mettre là-dessus une précision de règles de résolution à double tranchant : D’un côté cela permet un confortable accompagnement des utilisateurs du jeu dans la gestion de sa facette narrative, mais d’un autre côté cela ajoute des éléments techniques à gérer (le niveau de détail de l’équipement que nous avons déjà abordé est un bon exemple, mais nous allons voir comment cela s’exprime dans le système de combat de façon plus générale)
L’élément majeur de profondeur du système d’affrontement de ce jeu, c’est son ambition de traiter avec la même précision tous les types d’opposition : le combat bien sûr, l’infoguerre (piratage etc..) comme dans beaucoup de jeux de rôle futuristes, mais aussi les conflits sociaux (nommés Guerre Psy). Cela signifie donc que les personnages pourront infliger ou subir des blessures physiques, des failles de système ou des blessures morales.
Cette unification des modes de résolution apporte une promesse intéressante. En phase d’affrontement tout conflit pourra être mené sur les trois niveaux, rendant les possibilités de résolution plus riches et cohérentes avec ce type d’univers futuriste. Cet aspect permet aussi à Infinity de proposer une gestion efficace des véhicules, en particuliers les fameux TAG qui sont les mechas de cet univers de jeu.
La contrepartie à cela est une mécanisation détaillée d’actions qui sont habituellement réglées de façon moins précise que le combat, des règles qui occupent 42 pages de l’imposant Livre de base.
Si nous voulons nous faire une idée précise de la façon dont se passe les phases d’action autour d’une table à Infinity, je pense qu’il faut imaginer cela en deux temps :
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La première est très narrative et peu mécanisée : comme déjà indiqué, l’initiative et les mise en place de la scène (distances entre les protagonistes, décors) ne font appel à aucun jet et aucune valeur chiffrée.
Cette facette narrative va ensuite basculer vers une résolution détaillée, cette bascule est d’ailleurs clairement symbolisée par les points d’Adrénaline et de Menace qui deviennent soudain aussi des outils d’option tactique, alors que jusque-là c’était uniquement des outils de prise en main de la narration.
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La deuxième phase, plus mécanique, est celle de la gestion et de la résolution des actions. Chaque round un personnage peut faire une action mineure (comme le déplacement), une action standard (demandant un test) et une action gratuite. Il peut aussi faire autant de réactions qu’il le souhaite, mais à chaque fois cela donne des points de Menace au meneur.
La phase d’attaque est un test de Compétence d’arme classique, un seul succès suffisant en général à réussir en absence de défense de l’adversaire (la distance de la cible pourra augmenter cette difficulté par exemple). La gestion des dégâts va faire entrer en jeu un autre type de dé, incarnation de la profondeur de ces résolutions : les dés de combat (DC). Ce sont des D6 indiqués par le symbole Infini dans les règles qui incarnent une variabilité sur les conséquences d’une action. Les dés de combat sont des D6 (ou des dés spéciaux disponibles chez l’éditeur), dont seules les faces 1, 2 et 6 sont prises en compte. Les scores de 1 et 2 vont augmenter les dégâts de base de l’attaque, chaque 6 va permettre de déclencher un Effet (un Attribut particulier venant de l’arme en général)
Cette phase est donc soumise à un fort aléatoire, qui aura un poids pour déterminer si la cible va subir un Préjudice (un effet de blessure qui survient pour chaque 5 points de dégâts subis). Là encore la facette narrative du système vient s’inviter … un Préjudice en combat physique pourra être un handicap augmentant toutes les difficultés, une hémorragie, un KO etc … à déterminer selon la narration de la scène.
Je ne vais pas vous donner plus de détails sur ces phases d’affrontement, sachez juste que chaque type de combat est détaillé avec les exemples d’actions (gratuite, mineure, standard), les effets de Préjudice, les effets de zones de combat et les exemples d’utilisation de l’Adrénaline qui lui correspondent. L’infoguerre va donc détailler les actions d’intrusion dans un système, alors que côté Guerre Psy vous trouverez la notion de “zones sociales” permettant de traiter les actions psychologiques comme un intrusion dans un “réseau”.

Infinity est donc un jeu de rôle qui, partant à la base de la gestion très narrative bien connue du 2D20 system, va venir y placer un cadre de procédures précises et adaptées à chaque situation. L’autre grande différence est cette notion de dés de combat, qui vient apporter cet effet de variabilité des résultats (difficile de ne pas y voir le plaisir très ludiste de jeter un pool de dés pour les effets boostés de son action).
Bien sûr, le système de Compétences plutôt riche de ce jeu peut permettre de résoudre énormément de choses avec son moteur de résolution de base. Ce sera à chaque meneur de déterminer quand il veut passer dans le mode détaillé des phases d’affrontement (vous pourrez très bien garder les actions d’Infoguerre ou Guerre Psy dans un résolution simple via des tests de Compétences)
Dernier point concernant l’accompagnement des meneurs : le Livre de base contient un nombre énorme de profils de PNJ prêts à l’usage, qui seront plus au moins détaillés selon leur nature (allant de personnages uniques avec historique à des profils génériques). Le meneur devra se doter de notes pour les effets des Attributs d’équipement et des Talents, par contre toutes les capacités spéciales des PNJ (activables avec des points de Menace) sont décrites dans les stat blocks, et ces derniers sont plutôt synthétiques et faciles à lire. Il faut d’ailleurs relever que l’écran du meneur, pour le coup, propose toutes les informations vraiment utiles (détail des actions, des effets de Préjudice, de l’usage de l’Adrénaline etc ..). L’accompagnement pour gérer ce système est donc plutôt correct, malgré les défauts d’ergonomie générale du Livre de base dont j’ai parlé dans la première partie.

Conclusion : comment utiliser au mieux Infinity ?
J’espère que vous l’aurez compris à la lecture de cet article, Infinity est un jeu de rôle porteur de contradictions, ce qui rend difficile l’exercice consistant à en donner une vision claire et fidèle. J’espère que ma modeste contribution vous aura mis en lumière le fait que nous sommes face à un jeu ayant un prix d’entrée assez élevé, du fait de sa nature ambivalente à bien des égards, mais qui contient une proposition aussi généreuse que furieusement ludique qui peut mériter qu’on s’en donne la peine.
Mais du coup, comment peut-on aborder ce jeu de rôle si son univers de SF très fun et sa proposition de jeu très riche nous donnent envie ? Mon avis personnel est qu’Infinity proposera une expérience optimale aux meneurs qui peuvent aussi aller sur la gamme VO. En effet, la gamme VF va vous donner tous les éléments de base pour immerger vos joueurs dans cette proposition (le résumé des règles et de l’univers du Livret découverte, puis la création des personnages par chemin de vie du Livre de base feront largement le job pour ça), mais la gamme VO vous apportera de son côté énormément de ressources très utiles (les outils pour le meneur du Gamemaster’s Guide, ou la grande campagne de 200 pages Shadow Affairs, qui propose à des joueurs débutants de faire face directement à l’Armée combinée sur Paradiso).
Riche de tout ce matériel, il faudra aussi que chaque meneur s’empare de la dualité crunch/narration qui est très présente dans le fonctionnement de ce jeu. Il sera nécessaire d’utiliser toute la richesse des mécaniques de résolution et des possibilités d’action sur la narration à la hauteur de son propre confort. Personne n’est contraint d’utiliser le niveau le plus avancé de toutes les règles proposées, chacun peut venir en prendre la dose qui correspond à ses préférences.
Soyons clairs cependant, si Infinity nous propose un cadre de jeu qui transpire très souvent la jouabilité et parfois même un fun un peu régressif, l’ensemble de ses mécaniques ne pourra pas de son côté être réduit à un système de résolution ultra-léger. Vous pourrez alléger le poids des règles de façon notable si vous le souhaitez, mais Infinity restera tout de même un jeu de rôle doté d’un système détaillé.
Je dois à présent vous laisser … je dois monter dans mon TAG et partir avec mon équipe vers l’avant poste Libra 5 de Paradiso. Il ne donne plus de nouvelles, et mes informations indiquent qu’une technologie novatrice était utilisée sur place … je verrais plus tard si je parle de ça aux autres…

LIEN


Un sacré travail de titan que la rédaction de cette critique! Chapeau!
Je ne pense pas être le public cible mais je tenais à saluer le boulot qui aide à trouver (ou non) un prochain JDR.
Merci beaucoup pour vos encouragements.
C’est apprécié 🙂
Bonne fin de journée
Merci pour ce retour qui fait bien plaisir !
Ça a été un gros boulot mais je suis content de pouvoir proposer ce genre de contenu
Super article, pour avoir un peu essayé je suis plus mitigé sur le léger pvp entre joueurs qui avait tendance à ralentir le cours du jeu par des petites actions solo pour son objectif personnel.
Mais pour le reste c’est un super JDR.
Avec la livraison d’Achtung! Cthulhu qui arrive j’espère que l’éditeur nous sortira qqchose sur Infinity comme son dernier message sur la PP du ldb le laissait penser.
Merci beaucoup !
Jeu difficile d’accès mais avec un vrai charme, je n’exclu pas de m’y essayer mais j’aurais aimé une feuille de personnage adaptée à mon analyse du jeu 🙂