Arcana vous demande l’asile

On les connaissait auteurs indé produisant leurs propres jeux (Héros d’argile, Damnés, etc.), voici que Simon et Manon de Angeldust JDR se lancent dans l’édition des jeux des autres. En l’occurrence, les deux muses se sont penchées sur le berceau de Arcana, un jeu de… Néon-Fantasy surprenant à plus d’un titre, à commencer peut-être par sa direction artistique. Étonnant aussi de voir qu’il s’agit d’un gros début de gamme avec dés spéciaux, écran, BO, goodies, etc. Il ne s’agit pourtant pas à proprement parler d’un foulancement mais d’une précommande simple à laquelle vous avez encore quelques jours pour participer sur le site de l’éditeur. Pour en savoir plus, le plus simple était de révéler quelques-uns des arcanes avec l’aide de Simon et de son autrice, Ambre.

 

1. La Néon-Fantasy, on ne me l’avait pas encore faite, celle là ! C’est quoi ? Des elfes mais avec des couleurs criardes ?

Ambre : Complètement, c’est des elfes qui font du tuning en mode Med-punk!

Non, plus sérieusement, ce petit sobriquet “Néon” nous vient d’un playtesteur au détour d’un festival. Il répond à une esthétique particulière de l’univers: la lumière a été sacrifiée, Arcana est plongé dans une nuit éternelle. Mais, les créatures de ce monde ont appris à créer leur propres lumières! La nuit est entrecoupée de phosphorescences colorées. D’où les photos FX, faites avec des spots lumières noires et du maquillage qui réagit. La Néon Fantasy reprend les thématiques du lunarpunk, et son esthétique, on aborde la question de la survie et de la résilience: comment survivre dans un monde où un élément vital, la lumière, n’est plus?

Mais, oui, les chevaux sont tunés avec des néons magiques pour frimer !

2. Moi, vous savez, je lis toujours les dossiers de presse en diagonale. Là, par exemple, j’ai cru retenir que l’on jouait des Enfants. C’est pas ça, du tout, hein ?

Simon : Ah bah c’est bien la peine que je m’embête à faire des kits de presse alors ! C’est malin, Ambre va devoir tout expliquer depuis le départ…

Bah c’est à dire que techniquement, on est tous les enfants de quelqu’un. Mais pour ce Livre 1, on vous propose de jouer les enfants de personne. Enfin, vous jouez des Renaissants, des âmes rachetés à la Mort qu’on met dans des corps et qu’on élève dans une sorte d’Académie. Vous découvrez l’univers d’Arcana, pas à pas, à travers les yeux du personnage qui n’en sait pas plus.

Pour ce qui est des Enfants, avec un grand E, il s’agit des 9 grandes entités d’Arcana, les Enfants de L’Ombre-Lumière. Ils ont façonné le monde, et insufflé une partie d’eux dans toutes les créatures d’Arcana. Y compris les protagonistes que les joueurs et joueuses vont incarner! Ou la magie qui est partout! Ou les croyances. Ou les contes pour enfants.

3. Un jeu à secrets, hmmmm. Rassurez-moi : on aura bien tous les secrets dès le livre de base sans devoir attendre l’hypothétique supplément du même nom ?

Simon : Bah non, comment veux-tu que je me fasse de la thune en tant qu’éditeur moi ? Après, on appelle ça du “suivi de gamme” et ça sonne bien mieux non ? Mais si ça peut rassurer, le Livre I est autoportant, c’est-à-dire qu’il y a tout le contenu nécessaire (et même bien plus) pour jouer à la campagne officielle. Il y a deux bacs à sable qui permettent de jouer en longueur avec pleins d’intrigues secondaires. Bref, le Livre I devrait vous tenir assez longtemps.

Ensuite, comme Ambre l’a expliqué, il y a 9 Enfants dans l’univers d’Arcana. Le Livre I se concentre sur une en particulier et les secrets développés sont relatifs à cette Enfant. Le Livre II (car oui il y aura un Livre II) contiendra les secrets relatifs aux autres Enfants.

Et quand on parle de “Secrets”, il ne s’agit pas de petits trucs à découvrir mais bien de la manière dont le monde fonctionne et comment il est impacté par l’Enfant en question. Je me suis même fendu d’un article pour en parler : https://angeldust-jdr.com/jeux-de-role-a-secret-comprendre-lunivers/ J’invite toutes les personnes intéressées à lire ce qui se cache derrière le fait qu’Arcana se veut un “JdR à Secrets”. Pour faire bref, un des plaisirs de jeu dans Arcana est de découvrir comment l’univers fonctionne et l’impact des Enfants sur celui-ci. Donc de ce point de vue, aucune inquiétude non plus : le Livre I couvre tout ce dont vous aurez besoin.

Ambre : J’ajoute que dans le Livre 1, on propose un cadre de jeu bien précis. Dans le Livre 2, c’est un autre cadre qu’on proposera. Le but, c’est de rendre complémentaire la gamme, mais qu’il y ait assez de choses pour que les livres puissent être indépendants.

4. Le système de jeu aussi il est secret ? Parce que là, je n’en connais pas grand chose après avoir lu la page de la précommande.

Simon : TOUT est secret dans Arcana (EVERYTHING comme dirait le meme). Mais quand même, je nous trouve généreux en contenu pour des gens secrets. Il faudrait que la prévente soit moins secrète d’ailleurs mais je digresse…

Plus sérieusement, le système en soi peut sembler classique (1d10 + des bonus). Les règles de résolution tiennent sur assez peu de pages finalement. Mais Arcana est singulier sur plusieurs points précis. On peut citer le système de Magie libre (mais on en parle dans la question suivante…) ou le système de bonus narratif (sans liste de compétences, particularités ou autre, mais on revient sur la philosophie du design dans la question suivante… décidément, ces questions seraient-elles imbriquées ?). Mais je voudrais mettre l’accent sur la construction de la campagne et des deux bacs à sable. Finalement, une bonne partie du “système” dans le sens “truc qui construit l’expérience de jeu” est concentrée dedans. La manière dont les personnages sont écrits, les thèmes, les dilemmes moraux que ça induit et les secrets : tout cela n’est souvent pas mis dans la catégorie “système” mais pourtant ce sont des éléments essentiels du jeu. Après pour les détails techniques, on a la question suivante :

5. Il y aura donc un système de magie free form. Aha, cramés, c’est surtout que ça vous ennuie de dresser des listes de sorts, avouez !

Simon : Oui clairement. Les listes de compétences, d’équipements ou de sorts longues comme le bras, c’est chiant comme la mort, on va pas se mentir. Par contre, les tables aléatoires d’éléments narratifs, comme des amorces d’intrigues ou de RP, ça c’est bien ! Mais je m’égare…

Ambre : Ou les générateurs de PNJ aussi ! Il y a ! Mais par contre les listes de sorts… Dans un jeu qui s’appelle Arcana, s’il y a pas de la magie dans tous les sens, c’est vraiment que je vous arnaque non? Comme pour tout dans Arcana, ça marche avec les 9 Enfants. Chacun a offert un domaine arcanique auquel on peut s’éveiller. Un fois éveillé à ce, ou ces domaines, c’est parti! Donc non, pas de grimoires poussiéreux! Dans Arcana, la magie est sauvage, elle sort des tripes, elle répond aux émotions, à la situation, est alimentée par les flux éthériques alentour et par l’arcaniste au centre de ce tourbillon d’énergie qui prend la forme… de ce que la narration dicte.

6. Chose rare, encore plus pour un jeu de fantasy : une direction artistique basée sur des photos. (…) Vous ne savez pas dessiner, c’est ça ?

Ambre : Je suis tellement cramée… Zut.

Il se trouve qu’en fait je dessine, mal, pour les croquis de pré-shoot! Dans l’équipe Arcana, on a la chance d’avoir Luc, un co-auteur bi-classé photographe, qui a proposé de tenter avec de la photo au début de l’aventure. On a fait des tests, on a tâtonné un peu, puis on a décidé de partir sur cette esthétique-là, parce que ça nous plaisait vraiment beaucoup. Ça servait notre propos, c’était atypique, c’était fun à réaliser. Même si ça demande énormément de travail! On n’utilise pas d’IA générative pour réaliser nos visuels photos. C’est un long travail, de recherche, de casting, de test matière, costume, accessoire, décors, de prise de vue le jour du shooting, et de post-prod. Le plus long shooting réalisé a nécessité 9h de pose de prothèse sur le modèle, par exemple! Ça nous aurait carrément demandé moins d’effort d’apprendre à dessiner depuis le temps je crois… J’ai dis apprendre hein, j’ai pas dis qu’on dessinerait bien.

Du coup, je précise que, quand même, pour les 9 Enfants, on voulait un truc qui claque, et j’avais pas de dragon sous la main pour un petit shooting. On a fait appel à Kelpie, une super illustratrice pour réaliser en plus de notre DA photo, les 9 entités du jeu !

7. Des dés bizarres, une bande originale, divers autres goodies… c’est une stratégie marketing chiadée ou juste l’occasion de vous faire plaisir ?

Simon : Nous, une stratégie marketing ? Tu as vu à qui tu t’adresses ? Franchement, si on avait voulu faire un pur truc marketing, on se serait bien moins cassé la tête parce que là, les dés sont des créations d’un artisan spécialement faites pour le jeu, les bourses à dés et les pistes à dés sont cousues main, les bouquins sont imprimés en France (à côté de chez moi), bref… Vous voyez l’idée. Je crois qu’on reconnait bien là notre patte DIY de galérien mais le plus qualitatif possible. Et surtout, on fait tout ça avec des gens formidables dont l’impact sur la création est grand ! Les “goodies” ne sont pas là pour faire “accessoires” : ils sont le reflet des rencontres qu’on a fait au fur et à mesure du projet. Ils ont un impact sur nous et donc sur le jeu in fine.

Ambre : Le DIY de galérien, ça aurait pu être le nom de la team ça, non? Bon, je vais pas mentir, c’est clair qu’on a voulu se faire plaisir. Arcana, c’est dès le départ un projet transmédias, dont la clef de voûte est le JdR. Mais pour rendre un peu grâce à tout ce qui l’entoure, on y est allé à fond. De quoi faire une expo photo, avec des modèles mais aussi des paysages pour promouvoir un peu nos beaux coins, des musiques originales pour donner une ambiance à la campagne, avec un CD pour le goût de la collection, mais vous pouvez retrouver les musiques gratuitement via les QR code dans le livre, des dés artisanaux collector fait main par Simon (un autre Simon, faut suivre un peu!) au pays des chocolatines, de la couture avec des matières végétales et de l’encre respectueuse de l’environnement, le choix du circuit local… On a voulu se faire plaisir pour porter un projet artistique, avec une intention, mais en respectant au maximum nos convictions. Cocorico?

8. C’est marqué « Accompagnement éditorial par angeldust JDR » et pas « Edité par angeldust JDR ». Éditeur, c’est un métier un peu sale pour vous ou bien ?

Simon : Je pense que vous avez pu le sentir dans la réponse précédente. Avec Manon, on ne se considère pas comme des “éditeurs” au sens noble du terme. C’est pas la relation qu’on a avec les auteurices et toutes les personnes qui travaillent sur les projets. Nous, on est plus des petites mains qui aidons à ce que le jeu voit le jour. On effectue certes le travail éditorial mais pas que. Il y en a un peu plus dans bien des aspects. Et beaucoup moins sur d’autres, typiquement le côté “attentes du public” ou “analyse du marché”, on ne le fait pas trop ! Pour le coup, le mot “accompagnement” nous correspond plus car on est là pour que les artistes s’expriment avant tout. Mais oui, si vous voulez nous appeler “éditeurs” j’imagine que ça se défend.

Si on était une classe de perso, on serait Support (Healer en tant normal, Tank en période de prévente comme actuellement). Ça existe Support dans la liste des métiers du livre ?

Ambre : C’est marrant, moi j’aurais dit que Simon était le Healer, et que Manon était le Tank :p Mais c’est clair que c’est des supers bons supports!