Aux States, les aventures dévient croquettes [chronique Shutdown pour Cats!]
Rappelons d’abord ces faits stupéfiants. Oui, Cats!, le bon petit jeu de chez nous qui a poncé les conventions de France avant de se voir édité à plusieurs reprises jusqu’à l’édition grand luxe actuelle de Black Book Editions est désormais un jeu qui s’exporte avec une version en langue anglaise. Cocorico ! (…) enfin, miaou-miaou, quoi.
Bon, cela dit, on est chez le Fix, là, et on ne va donc pas vous parler de cette VA qui n’a d’ailleurs guère de différence avec notre VOF à nous qu’on a depuis seulement quatre ans maintenant mais largement soutenue par ailleurs par BBE qui a fourni un suivi très dense sur cette gamme.
Non, en revanche, pour soutenir la sortie en VA, les auteurs – Vincent Mathieu and friends, donc – ont fourni un ensemble de scénarios inédits qui, je vous le donne en mille, se déroulent aux USA. Vous pensiez vraiment que nos collègues américains allaient se contenter de jouer des histoires de chats à mémé à Gif-sur-Yvette ? Pffff.

La production délocalisée tient en deux livres, un gros, Shutdown, qui comprend une campagne américaine complète en huit épisodes et quelques annexes, et un deuxième ouvrage beaucoup plus petit, un livret intitulé Panique au Miaousée et qui, lui, comporte un scénario one shot tout aussi US-friendly. Et donc, bien entendu, tout ceci a aussi été produit en langue française pour les rôlistes locaux qui aimeraient un peu exporter leurs minous en dehors des terres trop pas ignorées de France.
Un petit mot quand même sur quelques autres accessoires produits lors de ce foulancement dont, essentiellement, le nouvel écran, toujours aussi mignon avec ses trois volets rigides au format paysage. Mais, bon, bah, voilà, quoi : un nouvel écran.


Non, concentrons-nous sur l’essentiel : la campagne.
Elle est présentée donc avec un grand luxe de détails dans un solide ouvrage de 236 pages aux standards de présentation du reste de la gamme : compact mais mignon, comme un chaton, quoi.

La VF de cette campagne comporte une mise en contexte destinée à la rendre exploitable par des amateurs francophones de Cats!. Au programme, quelques pages sur l’histoire des chats aux USA et, surtout, un long exposé sur les différents conseils locaux avec tous les PNJ majeurs qui animent ces instances de décision des chats intelligents. Bon, sur ce point, sans surprise, les chats américains ne s’appellent pas Davy Croquette ou Pâtée Smith. Leur vrai nom (celui ignoré des humains) est forcément dérivé de choses genre M’raou ou Rawr ou… Bref, c’est toujours une FBI (fausse bonne idée, bien sûr !). C’était rigolo quand Cats! avait 2/3 scénarios au compteur et qu’on pensait que cette édition en resterait là mais maintenant qu’il y a supplément sur supplément avec pléthore de PNJ, on a l’impression d’être coincés dans un piège idiot. Tous les PNJ ont quasiment le même nom et c’est l’enfer pour le MJ comme pour les joueurs de savoir qui est qui. Grrrrr. (…) Non, attendez ça, c’était une onomatopée, pas un nouveau PNJ !

Niveau crunch, le supplément propose de nouvelles races de chats typiquement américaines (cinq, quand même) et quelques précisions de règles, essentiellement, et ça fait bizarre à écrire, sur la conduite automobile. La campagne étant une sorte de road trip et se déroulant, donc, aux USA, les distances à parcourir vont être importantes et les chats risquent de ne pas avoir toujours de chauffeur simiesque à leur service. Le jeu se propose donc de faire conduire une voiture par un groupe de chats, l’un au volant, l’autre sur les pédales, un troisième au levier de vitesse, etc. Une idée fun mais qui peut vite tourner à la grosse farce. Si, au contraire, vous vous plaisez, quand vous surprenez votre propre chat en train de vous regarder en coin avec un petit air supérieur, à trouver le contexte de Cats! pas si irréaliste que cela, ce dispositif cartoonesque risque de vous décevoir.


La campagne elle-même ne cherche même pas à faire semblant : présentée comme un road trip à travers les USA, y compris avec un plan déjà numéroté avec les étapes dans l’ordre et tout, elle est donc complètement linéaire, enchaînant ses huit épisodes dans un ordre imposé et sans véritable enjeu pour passer de l’un à l’autre. Chaque épisode s’accompagne d’ailleurs d’un petit encart « one shot » pour spécifier la façon d’adapter le scénario de cet épisode afin de le jouer entièrement en dehors du cadre de la campagne elle-même. C’est une intention louable mais aussi le révélateur du fait que ce n’est pas vraiment une campagne puisque tout peut se jouer indépendamment. Plutôt une sorte de fresque.

Fresque car il s’agit d’américaniser l’ambiance de Cats! et, pour ce faire, outre la Géographie (chaque épisode se déroule dans une ville différente), les auteurs n’ont pas peur d’invoquer l’histoire mouvementée des USA. Selon un principe déjà largement éprouvé dans la campagne précédente, on n’hésite donc pas à envoyer les PJ à d’autres époques.

J’ai parfois trouvé le positionnement des scénarios, en particulier les tout premiers, un peu surprenants. On sent qu’ils ont été conçus pour la découverte du jeu par les joueurs US. Ils manquent parfois un peu d’ampleur dans leurs ambitions (réunir les ingrédients d’un hamburger, sérieusement ?). Ils sont aussi rédigés pour des joueurs débutants ; ainsi, on recommande de faire deviner aux joueurs l’environnement simiesque avec des périphrases du genre « l’armoire froide dans laquelle les humains rangent la nourriture » quand bien même les PJ, eux, sont supposés être suffisamment expérimentés au point de devoir sauver la mise de la Mascarade américaine. Un peu étrange.
Cela dit, avec une moyenne de 25 pages par scénario, il y a largement de quoi développer des intrigues intéressantes, même jouées en one shot. L’ouvrage est émaillé de nombreux plans, encadrés de conseils, de « et si ? », etc. : bref, du bon travail.
A noter le fait que l’ouvrage se termine avec tout un ensemble de prétirés afin de pouvoir utiliser des chats américains sans problème. Il semble en effet peu cohérent d’utiliser les chats européens habituels pour cette campagne-là.
Ajoutons un petit mot sur le scénario one shot Panique au Miaousée, débloqué en palier durant le CF. Venant dans un livret de 40 pages sou couverture souple, il se déroule lui-aussi aux USA. C’est un vrai one shot celui-là mais on s’étonne un peu de ne pas voir de conseils pour le lier d’une façon ou d’une autre aux aventures de la campagne. De même, le livret se termine par des prétirés quand il semblait que ceux de la campagne pouvaient servir pour toutes sortes d’aventures aux States.
Cela dit, le scénario a largement de la place pour développer son intrigue et fait une agréable solution supplémentaire si vous avez décidé de vous lancer dans votre propre sélection de one shot en décortiquant la campagne Shutdown au gré de vos envies.


Malgré ses évidentes qualités, j’ai un peu de peine à être séduit par l’ensemble de cette proposition américaine. En fait, pour moi, Cats! fonctionne mieux quand tout ce fantastique porté par les chats intelligents, complotistes et télépathes se confronte à l’ordinaire de nos banlieues pavillonnaires et de nos EHPAD. Il y a bien 2/3 scénarios qui attirent mon intérêt mais je ne peux m’empêcher de me demander si je ne pourrais pas plutôt les relocaliser dans un cadre plus franchouillard. La vraie question est d’ailleurs : avait-on vraiment besoin, nous autres amateurs francophones de Cats!, de ce nouveau contexte US ? Chacun y répondra en adhérant ou non à la proposition de cette campagne.
J’irai même plus loin : est-on si sûr que cela qu’il était indispensable d’américaniser le contexte de Cats!, à la façon d’un vulgaire remake de comédie populaire franchouillarde, pour attirer l’attention des rôlistes américains ? Un Cats! in Paris façon Emily in Paris mais avec des poils aurait peut-être pu encore plus typer la proposition de jeu et la rendre doublement séduisante aux yeux des joueuses et des joueurs US. Mais, ça, évidemment, on ne le saura jamais.


Merci d’avoir clarifié qu’il s’agit plus d’une collection de one-shots que d’une vraie campagne ! Ayant un groupe qui ne jouequ’en one shots, ça a avivé mon intérêt pour le bouquin là où je n’en avais pas avant
Merci le FIX pour l’article !
Vous nous faites bientôt un papier similaire pour la sortie de Dungeon Inc, qui est la traduction de notre Donjon & Cie ?
Sans doute pas : on fait très rarement des chroniques VA. Après, si on recrutait u chroniqueur motivé, ce serait autre chose, forcément. En somme, le Fix, c’est participatif.