Barbare pour la vie [chronique Livre du Joueur 2 pour Pathfinder]

Chers lecteurs, chères lectrices,

C’est avec gravité que je voudrais ouvrir cette chronique du Livre du joueur 2 de PFR2, car pour chroniquer cet ouvrage je dois briser une promesse. J’avais juré sur tout ce que le d20 avait de sacré que ces critiques de la nouvelle mouture du jeu ne donneraient pas lieu à une comparaison avec l’itération précédente, mais la chair est faible, et j’ai menti.
Je vous demande simplement d’attendre la fin de cet article avant de me lapider à coups de dés en résine.

Comme toujours, la couv casse des têtes par rangées de douze


Pathfinder épisode 4 : un nouvel espoir

Le livre du joueur 2 est donc enfin là. Cette extension massive des options pour PFR2 n’est pas juste un gros bouquin pour alourdir vos bibliothèques et donner la bave aux lèvres des Powerplayers, mais aussi le remake implicite d’options issues de multiples suppléments de l’édition originale et ça, c’est pas anodin.

Comme l’indique le nom de la gamme, Pathfinder Remaster avait deux objectifs : d’abord éloigner la licence de D&D suite à la débâcle de l’OGL (cf l’article précédent pour un résumé succinct), mais surtout de mettre à jour un jeu au contenu déjà sacrément riche ayant désespérément besoin d’un erratum global.

Le premier livre du joueur et son équivalent pour les MJ contenaient déjà des nouveautés massives mais parcellaires (notamment pour les classes de la sorcière et du mage) qui de fait étaient sans grande importance ; cette sortie était un nouveau départ. Le livre du joueur 2 en revanche, en tant que quatrième livre adressé aux joueurs en moins de dix ans, se présente sans ambigüité comme une compilation de mécaniques et d’options mises à jour. Or qui dit mise à jour, dit comparatif, et c’est en grande partie ce qu’on va faire ici.

Pourquoi ? Excellente question ô voix dans ma tête qui ne me laisse pas dormir. Tout simplement parce qu’en plus de découvrir tout ce que l’ouvrage nous propose, le comparer à ses prédécesseurs offre une fenêtre passionnante sur la philosophie de design de Paizo, et sur l’adaptation de BBE. Enfin c’est ce que me dit l’autre voix dans ma tête.

Y en a beaucoup plus, je vous le mets quand même.

Seulement 319 pages. Alors oui, ça paraît beaucoup dit comme ça, mais c’est presque 130 pages de moins que le premier livre du joueur, et c’est particulièrement étonnant vu que le contenu de ce second opus adressé aux joueurs est presque équivalent à celui du grand frère.

Les huit nouveaux héritages (tous repris de la précédente version), sont très clairement à ranger dans la catégorie « jouer un humain ou un elfe m’emmerde ». Une fois passées les entrées relativement intuitives comme les races reptiliennes des kobolds et des hommes-lézards, les félides et les hommes rats pour nos amis furry (no kink shame, ici on aime tous les roleplay), et les hommes-corbeaux ou tengus pour les furries à plumes (…des Feathery… ? J’adorerai savoir), on tombe sur trois héritages franchement courageux, à savoir les hommes-hyènes, les hobgobelins, et les hommes-grenouille.

Courageux, parce que ces trois espèces sont assez impopulaires dans la communauté du jeu, et parce que c’est sans doute le seul univers de fantasy où elles ne sont pas invariablement de la chair à épées avec des sociétés au mieux décrites par la phrase « agrougrou, on est les méchants, mais aussi on est un peu cons et/ou intrinsèquement assoiffés de sang ». Donc même si comme beaucoup, les incarner ne vous passionne pas, bénéficier d’une description rationnelle de leurs coutumes, et donc des nombreuses raisons qui les rendent dangereuses ou incompréhensibles pour les autres est une inspiration fabuleuse pour vos futures campagnes, même si je peux vous jurer qu’elles sont géniales à jouer.

non vous ne rêvez pas: les hobgobelins (en haut à gauche) ressemblent pour une fois à des gobelins!

Les héritages versatiles sont les méthodes de métissage de PFR2, permettant ici de jouer un dhampir (ou demi-vampire), un crépusculaire, soit l’âme d’un mort revenu pour des raisons obscures, et surtout la vraie pure nouveauté du livre :  un sangdragon, ou un individu touché par la grâce d’un gros lézard volant. Un joueur de D&D y verrait une manière d’inclure les drakéides dans PFR2 et il n’aurait pas complètement tort, voire un peu raison, mais les héritages draconiques parmi lesquels on doit choisir sa lignée sont directement issus des merveilleux dragons originaux du livre des monstres dont je vous parlerai le moment venu.

Et boom! Femme-rat et sandragon! J’adore Pathfinder.

Les archétypes prennent presque autant de place que les classes, et pour causes. Cette spécificité introduite dans PF2 remplace le hasardeux système de multiclasses par une liste de profils permettant de mélanger les pouvoirs sans casser l’équilibrage maniaque du jeu. Le premier livre propose uniquement des archétypes issus des classes présentées, mais pas ici. En plus de ceux attachés aux nouvelles classes, c’est pas moins de 32 nouveaux profils totalement indépendants allant du médecin au pirate en passant par l’archer et le linguiste. Certains vous aident en combat, d’autres sont purement là pour le roleplay, tous multiplient les options de création et d’évolution au prix d’une énième couche de complexité. Paizo quoi.

J’avais le choix de vous parler de l’archétype du lutteur, ou de simplement vous montrer cette image. J’estime avoir pris la bonne décision.

A ce stade du livre, on a un mix de répétitions, de nouveautés et de mises à niveaux dont la valeur pour vous dépendra de votre opinion du Remaster, du jeu originel… et de vos opinions politiques. Parce que oui, Paizo revendique ouvertement son progressisme tant sur les questions de genre que d’ethnie. Ils s’efforcent d’inclure un maximum de diversité dans leurs PNJ et sollicitent régulièrement des auteurs et autrices de cultures spécifiques pour traiter de sujets spécifiques. De fait, plusieurs passages de ces chapitres en feront certainement hurler certains au wokisme. Certes, c’est plus leur problème que celui du livre (ou le nôtre d’ailleurs), mais au moins comme ça ils sont prévenus.

La lutte des classes (mais fun)

Si vous avez acheté le précédent livre du joueur et que vous avez déjà joué à quelques trucs similaires, plusieurs questions ont dû vous passer par la tête comme : « Y a pas de barbare dans ce jeu ? » ou encore « Peut-on parler au manager du manque d’ensorceleurs et de moines ? » Et évidemment « Comment vais-je forcer mon joueur à incarner un paladin si y en a pas dans le livre ? » Eh bien rassurez-vous, ils étaient là tout ce temps.

Les huit nouvelles classes du livre du joueur 2 sont sans aucun doute le plus gros morceau de l’ouvrage et son principal atout. Et j’insiste, même si toutes étaient disponibles avant le Remaster, elles sont nouvelles.

Comme je le disais plus haut, l’absence de l’alchimiste, du barbare, de l’ensorceleur et du moine dans le précédent ouvrage est pour le moins étonnante. Après tout, ces classes font partie des archétypes basiques du genre au même titre qu’un druide ou un roublard, et on les trouvait dans le livre de base de PF2. Mais vous savez quoi ? On a bien fait d’attendre, ou plutôt Paizo a compris qu’un coup de vernis n’allait pas suffire pour satisfaire les joueurs. Alors oui le résultat est tardif, mais il défonce sa putain de race oserais-je dire.

L’alchimiste passe d’un rôle complexe doté de capacités hautement situationnelles à une classe toujours aussi compliquée mais bien plus polyvalente et létale en combat. Les concepteurs du barbare et du moine ont visiblement regardé Spinal Tap parce que tout ce qui les rendait iconiques a été monté jusqu’à 11, exprimant véritablement le fantasme d’une brute inarrêtable ou d’un Jackie Chan période Shaw Brothers tout en les rendant plus accessibles (ce sont sans aucun doute les classes rêvées pour un débutant). L’ensorceleur reçoit quant à lui un traitement sobre et direct : son minuscule répertoire de sorts est désormais compensé par un bonus aux dégâts magiques. Simple, efficace.

Et le paladin alors ? Alors déjà ici on appelle ça un champion, et on voit tout de suite le casse-tête pour les concepteurs en raison d’un tout petit détail : le Remaster supprime définitivement l’alignement. Or, quand on veut jouer un guerrier sacré qui prête allégeance à une divinité, savoir s’il est bon, mauvais, chaotique ou loyal peut sembler important non ? Pauvres fous… Contemplez l’œuvre de Paizo et désespérez ! Car ils ont réussi l’exploit de séparer totalement la classe de ces notions morales aussi restrictives que simplistes. Les vœux des champions étaient normalement réservés à un alignement spécifique, mais ils ont été repensés pour que la seule limite réside dans la manière dont le fidèle interprète la volonté de son idole. Alors oui, il reste quelques trucs liés au fait que la déité en question soit considérée « bonne » ou « mauvaise », mais je sèche mes larmes à l’idée de voir un champion de Shelyn, déesse des arts faisant le vœu de profaner toute œuvre indigne de son culte tel un critique de Télérama en armure

« bon d’accord j’arrête de te taper »

Les quatre options suivantes sont toutes tirées des règles avancées et sortent résolument du moule posé par D&D. Le bretteur est personnage de jeu de combat capable de remplir sa jauge de coups spéciaux en faisant des pirouettes ou en balançant des vannes, parfait pour les joueurs avec une logique de jeu-vidéo, l’enquêteur demande quelques efforts de roleplay mais compense avec sa « frappe stratégique », sans doute le meilleur moyen d’émuler les scènes de prescience du Sherlock Holmes interprété par Robert Downey Jr.

L’oracle enfin est un cas particulier. Le concept est simple ; un lanceur de sorts aux prises avec une malédiction. Plus la malédiction est forte, plus ses sorts sont efficaces, obligeant le joueur à jongler entre bonus et malus. En théorie c’est plutôt cool, mais la classe est connue depuis la première édition pour l’absurde complexité de son fonctionnement. La priorité était visiblement de la simplifier et c’est très bien fait, mais la puissance de la classe en prend un sacré coup au passage si bien que j’aurais tendance à garder l’ancienne version pas loin au cas où un joueur très expérimenté voudrait s’y essayer.

L’enquêteur et l’oracle en pleine action.

Il m’en reste (encore) beaucoup, mais j’en garde pour plus tard.

Même avec tout ça, le livre du joueur 2 n’en a pour autant pas fini avec vous. Nouveaux historiques, nouveaux dons de compétence, nouveaux dons généraux, nouveaux sorts, nouveaux rituels… La somme totale d’informations est proprement vertigineuse, en bien comme en mal. Enfin, on trouve aussi tout un chapitre d’armes, armures, matériaux, pièges, concoctions alchimiques un peu redondantes si vous possédez le livre de maître, même si pour moi il s’agit de son plus grand avantage :  en combinant les deux livres du joueur, un joueur ou un MJ débutant n’a pas besoin du guide ! Tout est là, laissant aux plus passionnés l’option de se procurer l’ouvrage manquant si le besoin se fait ressentir. Pensez ce que vous voudrez, mais un bouquin en 2025 qui me dit explicitement « tu n’as pas besoin d’acheter plus que ça »  est un bouquin qui me comprend, et qui paradoxalement me donne envie de le recommander. Mais trêve d’angélisme, car plusieurs absences notables indiquent que l’éditeur n’a pas totalement rejoint la Cinquième Internationale.

Ursulin Cornu parcourant le sommaire du livre : allégorie.

Avant la sortie du Remaster, PF2 comptait non pas seize, mais vingt-trois classes et près d’une centaine d’archétypes en tout. Même en éliminant quelques nouveautés dont la sortie était trop proche du livre, ça faisait une sacrée somme de données qui auraient facilement trouvé leur place dans ce livre, économisant pas mal de papier aux forêts et un petit paquet de thunes aux joueurs, mais Paizo a préféré sortir des Remaster de ces suppléments. Avec des changements certes, mais minimes comparés à ceux observés ici. L’idée n’est pas de faire un procès d’intentions. Peut-être que cette décision était avant tout éditoriale, les nouvelles options jugées inséparables de leurs suppléments respectifs, mais ça reste frustrant, et c’est une question qu’on peut aussi légitimement poser à BBE. En prévision de la sortie française du Remaster, nos débrouillards franchouillards avaient eu l’excellente idée de remanier le supplément l’étendue Mwangi, purgeant des pages ce qui était prévu pour la nouvelle version en échange d’un apport massif d’éléments narratifs. C’était super, alors pourquoi ne pas avoir réitéré l’exercice en ajoutant par exemple la classe du kinésiste, déjà adaptée au remaster, ou des options normalement publiées dans des campagnes autrement inadaptées au marché français?

J’insiste sur la sincérité naïve de ma question, notamment en voyant les efforts fournis pour cette version française. La qualité de l’objet est au poil, la traduction globalement très bonne (bien qu’un cran en dessous du premier livre) et la patte graphique charmante de l’original parfaitement respectée. Une très bonne came prouvant qu’ils ont le talent suffisant pour s’approprier le contenu et le remanier pour un lectorat baguettophile nombreux et très fidèle.

Le dernier chapitre (avant le prochain supplément)

Le livre du joueur 2 est beau, bourré d’infos utiles, et je suis quasi certains que celles et ceux qui sont déjà conquis par le précédent n’auront pas besoin de cet article pour s’en emparer à la première occasion, mais ils ne devraient pas être les seuls. Les fidèles du « Demaster » y trouveront également de quoi pimenter leurs parties, et des remaniements salvateurs pour leurs personnages. Enfin cette sortie constitue la meilleure excuse pour se mettre à Pathfinder. Les deux livres du joueur offrent sans aucun doute le meilleur rapport quantité-prix, tant pour les curieux que pour les aspirants MJ, libres d’y ajouter le guide du maître dans un futur hypothétique.

Aussi qualitatif que soit ce nouveau livre de règles, c’est franchement étrange qu’il ne soit que le troisième meilleur ouvrage issu de cette nouvelle vague de sortie, et j’ai vraiment hâte de vous parler des deux autres.

2 pensées sur “Barbare pour la vie [chronique Livre du Joueur 2 pour Pathfinder]”

  • 18 février 2025 à 13:27
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    Dragon, l’alternative à D&D5 canal historique propose une vision culturelle des orcs et gobelinoides bien plus intéressante encore que celle de Pathfinder. Il est donc factuellement faux d’indiquer que Pathfinder est sur ce point en avance sur les jeux de la sphère donjonnesque.
    Ils sont très bien sinon ces articles sur PF2, j’attends la suite avec impatience.

  • 26 février 2025 à 10:31
    Permalink

    Bonjour,

    Je suis ravi de voir Pathfinder 2e mis en avant ! C’est un jeu de rôle que j’ai découvert ces dernières années et qui me passionne. Comme toujours, je ne suis pas entièrement d’accord avec l’article, mais c’est dans la discussion que la lumière se fait !

    Pour donner un peu de contexte, Paizo a abordé son remaster comme un projet global. Dès le début, ils ont envisagé de remasteriser les quatre livres de base : le livre de règles, le guide du maître, le bestiaire 1 et le livre des joueurs avancé. Leur approche était la suivante :

    Se libérer de l’OGL (ne plus publier de livres sous cette licence) et adopter la licence ORC.
    Réorganiser les ouvrages en trois catégories : le Player Core (livre du joueur), le GM Core (livre du maître) et le Monster Core (le bestiaire), une structure rappelant la trilogie classique de D&D.
    Réduire la taille des livres pour les rendre plus digestes. Par exemple, les objets magiques ont été déplacés dans le livre du maître.
    Proposer une expérience de lecture progressive, avec le Player Core comprenant les classes les plus accessibles et le Player Core 2 traitant des classes plus sophistiquées.
    Revoir certains éléments de jargon, comme séparer les niveaux de personnages et de sorts en utilisant le terme « rang » pour les sorts.
    Paizo publie et intègre des errata dans ses PDF tous les six mois, mais certaines classes, comme l’alchimiste, nécessitaient des modifications fondamentales de leur structure, allant au-delà des simples errata. La suite pour Paizo est de remasteriser progressivement d’autres livres de règles au fil des réimpressions, avec pour objectif de ne plus vendre de produits sous licence OGL à terme. Un remaster d’une AP (Gatewalker) a même été annoncé.

    J’espère que vous continuerez à nous offrir ces articles intéressants sur les jeux de rôle (et les jeux de rôle en général) qui méritent qu’on leur consacre du temps !

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