Blade Running gag ? [chronique Les Anges en Feu]

La gamme VF de Arkhane Asylum pour Blade Runner s’est enrichie depuis peu d’une seconde boîte, Les anges en feu, donc. Rappelons en effet que, à l’image de son prédécesseur Alien, la gamme se partage entre livres classiques, à l’instar du gros livre de base publié il y a quelques mois maintenant, et scénarios grand luxe présentés en boîte. L’intérêt étant qu’il est tout à fait envisageable de ne jouer qu’avec les boîtes, sans jamais passer à la version complète, celle du gros livre et de ses futurs suppléments.

C’est le premier cap à franchir pour apprécier cette boîte : luxueuse et pas spécialement donnée, elle ne contient en effet qu’un seul scénario. Et pas spécialement long en plus. Il faut donc d’emblée voir si cela colle avec l’image que vous vous faîtes du marché du JdR. Si vous êtes du genre à être fier que votre hobby puisse vous permettre potentiellement de jouer pendant des années avec un bouquin noir et blanc tout corné, des dés et des feuilles de papier recyclé, vus risquez de ne jamais adhérer au principe de cette boîte one shot qui vous occupera seulement quelques heures. Si, en revanche, vous avez ruiné votre jeunesse en dépenses intempestives en figurines Warhammer ou en cartes Magic ou les deux, cela ne devrait pas trop vous poser problème.

Précision importante : cette boîte fait pleinement suite à la précédente qui correspondait au kit de découverte du jeu sur les chasseurs d’androïdes. D’une part, son scénario fait suite à celui du kit. Mais peut aussi être joué indépendamment. D’autre part, cette deuxième boîte ne contient PAS les règles allégées du kit. Ni les prétirés. Il faut donc cette première boîte pour les avoir. Ou les règles complètes si vous préférez. Cette dernière option semble bien alambiquée et ne correspondra pas aux usages de grand monde : le plus sage est bien sûr de faire jouer la mini-campagne en deux volets (il y aura un troisième volet final) avec les prétirés, les règles du kit puis peut-être en allant piocher quelques infos ou matériel supplémentaires dans le livre de base. Ensuite, vous pourrez, si tout le monde a accroché, continuer avec celui-ci. D’autant plus que, vu les enjeux élevés de la campagne, il semble difficile d’envisager de continuer à utiliser les prétirés après trois épisodes aussi épuisants (et potentiellement mortels).

Comme pour la première boîte, ce qui marque, c’est l’incroyable confort de maîtrise qui se dégage de ce Les anges en feu. D’une part, le livret à couverture souple de 60 pages dispose de suffisamment de place pour prendre son temps de tout bien vous expliquer : chaque PNJ a une fiche détaillée et illustrée, chaque lieu d’enquête, chaque piste est largement détaillée tout en restant facile à lire, souvent grâce à des listes d’informations à obtenir ou d’indices à recouper. Sans aller jusqu’à être jouable sur le pouce (l’intrigue est assez complexe et une bonne vue d’ensemble de celle-ci reste nécessaire pour le MJ), on peut quand même penser que la maîtrise de ce scénario s’avèrera très confortable pour le MJ.

D’autre part, le format boîte est là pour vous fournir toutes les aides de jeu possibles et imaginables à distribuer aux joueurs : des portraits de tous les PNJ importants, des documents à distribuer, des prises de vue de scènes de crimes (ou autres), des articles de presse, des plans… il y a là de quoi rendre la partie spectaculaire pour les joueurs. On voit bien la volonté de rendre l’effet « cinéma » avec tous ces props (comme disent les jeunes) et ce gros effort éditorial en matière d’indices matériels fonctionnera assurément sur 95 % des rôlistes, expérimentés et, surtout débutants. Au final, c’est d’ailleurs à noter : ce genre de confort matériel se retrouve volontiers pour les grosses campagnes toutes options mais reste assez rare pour un simple scénario one shot.

Ajoutons que ces props ne sont jamais très longs à lire ou analyser et cela ne devrait donc pas nuire au rythme du jeu, d’autant que, comme d’habitude dans ce Blade Runner de Free League, les joueurs y sont incités à scinder le groupe aussi souvent que possible en jouant sur le décompte des Quarts (un quart de journée correspond à une action, y compris dormir ou socialiser par exemple). Pendant que l’on suit d’un œil vague les péripéties des collègues, on peut relire rapidement un dossier ou un article de presse pour revenir en jeu avec de nouvelles idées de pistes à explorer.

Derrière cette importance accordée aux photos scrutées sur l’ordinateur ou sur les numéros de série de tel ou tel objet technologique révélés au microscope, il y a, bien entendu, la volonté de coller au plus près à l’ambiance du film original. Cette volonté d’orthodoxie est d’ailleurs flagrante dans ce scénario. Difficile d’en dire plus sans dévoiler l’intrigue mais on rencontre des PNJ, lieux, animaux artificiels, scènes mêmes qui sont tous directement tirés du film de Ridley Scott. Quant à l’histoire, elle ne s’éloigne guère du thème « chasse aux androïdes excentriques ».

Alors la question – toujours la même quand on s’attaque à un jeu qui prétend adapter un court roman et le film qui en a été tiré – est : pouvait-il en être autrement ? Oui, dans Blade Runner, on fait passer des tests d’humanité, on se déplace en voitures volantes, il pleut à Los Angeles, on fait des agrandissements XXL de micro-détails sur des photos floues, on fréquente des lieux interlopes tenus par des asiatiques, etc. Et tout ça, c’est aussi dans ce scénario, donc. On peut tout à la fois s’en réjouir tant on peut supposer que l’on choisit de jouer à Blade Runner, le jeu de rôle officiel, pour retrouver tout ça. On peut aussi le regretter en estimant que le défi d’élargir le champ des possibles avec ce jeu de rôle reste encore à relever. Peut-être cela viendra-t-il avec les suppléments de la gamme « gros livres », en particulier Replicant Rebellion (foulancé mais pas encore livré donc…).

Au bilan, si vous cherchez un argument pour vous faire abandonner votre jeu cyberpunk ou d’anticipation favori pour Blade Runner, vous pouvez passer votre chemin : vous n’y trouverez rien pour vous. Si, en revanche, plus simplement, vous avez envie d’un outil simple et luxueux pour faire revivre pendant quelques heures l’ambiance de Blade Runner à vos ami(e)s autour d’une table, c’est un achat plus que recommandé.