Des Chroniques pas Anecdotiques [chronique Chroniques ^^ oubliées 2nde édition]

En 2014 sortait un des jeux de rôles les plus populaires de ce début de siècle. Avec son univers épique, ses règles accessibles et une édition particulièrement bien pensée, la gamme est rapidement devenue un incontournable du hobby et dire que tout ce travail a activement participé au renouvellement du JdR ne serait franchement pas exagéré.

Non, je ne parle pas de Donjons et Dragons 5, mais bien des Chroniques Oubliées. Le jeu de Laurent Bernasconi édité chez Black Book Editions continue sur sa lancée parallèle à D&D en sortant sa nouvelle édition la même année que WotC, avec pour mission de rendre le jeu de rôle toujours plus populaire, toujours plus accessible, mais jamais coupé de ses origines. Mission accomplie ? Peut-être.

Tout est dans le titre

Pour les rôlistes qui ont vécu dans une cave, les Chroniques Oubliées Fantasy seconde édition, ou COF2 pour les intimes, sont la nouvelle version d’un système et d’un univers de jeu tous droit sortis de l’imagination de Laurent Bernasconi, fortement inspiré par les premières versions de D&D, mais avec un twist moderne et accessible. Le succès a vite été au rendez-vous, et avec lui de multiples itérations du système à la sauce S-F, fantasy urbaine, ou même Lovecraft, jusqu’à la refonte faisant l’objet de notre chronique.

Pour les rôlistes qui ont vécu dans une cave mais ont acheté la précédente édition, COF2 cette nouveauté peut passer à priori pour une version annotée et augmentée de l’original. Le système est plus nuancé, les combats sont plus fluides, et on trouve dans l’ensemble une profondeur absente des pages de son grand frère.

Si vous vous demandez ce qui vous attend dans les pages de ce livre compact mais très bien conçu, il vous suffit de lire son titre. Après les Royaumes Oubliés de D&D et les Prédictions Perdues de Pathfinder, les Chroniques Oubliées affiche fièrement leur filiation en calquant les thèmes et la convention de nom de ses prédécesseurs. On est donc là pour du dépaysement, de l’épique, de la magie, et des trésors, mais en vachement plus simple.

Enfant du soleil, ton dessin est sans pareil

Mais avant d’aborder ça il faut qu’on parle dorure et mise en page, car bon sang de bon sang que cette édition est belle, et je ne parle pas que du livre de base ! Les couvertures dessinées par l’excellente Irina Fidler combinent magistralement un trait presque cartoonesque à même d’évoquer la légèreté d’une partie de JdR bon enfant, et une palette de couleurs injectant subtilement à la fois beauté et danger dans ses scènes. Elle, ainsi que les dix artistes responsables des illustrations intérieures me font regretter le format compact du livre, ou rêver d’un artbook dédié, et je vais éviter de parler de l’écran du MJ pour ne pas tacher mon clavier avec des larmes de joie. Bref c’est très sympa, et on a même pas encore parlé de la mise en page.

Non mais sérieux matez moi ça si c’est pas un appel à l’aventure à la fois merveilleux et menaçant alors je sais pas ce que c’est.

L’identité visuelle de COF2 se résume à un mot : dorures. Du cadre brillant des couvertures jusqu’aux nuances d’ocre et de jaune accentuant le texte, les gens de BBE veulent clairement donner de la noblesse à l’ouvrage, et on les en remercie. Le texte lui-même est efficace mais sans chichi. S’adresser aux débutants sans les infantiliser n’est pas chose facile, or le ton du livre affecte une neutralité bienveillante qui fait très bien le taf. On notera quelques familiarités enfantines par-ci par-là, mais rien de pendable.

La direction artistique et éditoriale de COF2 n’est évidemment pas là que pour le plaisir du beau, mais pour signifier d’emblée l’ambition de la gamme. COF était un bon JdR ayant reçu un succès mérité, COF2 sera un incontournable francophone, comme l’est L’Oeil Noir en Allemagne, ou D&D en Amérique. Ce n’est pas un jeu dont il est question ici, mais d’un potentiel maitre étalon des futures productions françaises.

 Choisir, c’est sacrifier

Créer, c’est toujours biaiser un peu notre création, y compris dans le JdR. Ici, le biais nous vient de la culture rôliste des auteurs. COF2 ne cherche pas tant à rendre le JdR accessible, qu’un certain type de JdR : les productions med-fan tactiques descendant directement de D&D.

De fait, le système se base sur un jet de d20 auquel on ajoute un chiffre spécifique. Cette base quasi-universelle et toutes les conventions plus ou moins explicite de la niche qu’elle représente sont bel et bien présentes dans les règles de jeu. Classe d’armure (ici appelée « défense »), initiative, tests opposés… Tout y est, excepté deux modifications notables : les actions très puissantes en combat (appelées actions limitées) prennent un tour entier, et le système de magie préfère une jauge points à la manière de Fabula Ultima plutôt que des emplacements. Les grandes lignes de COF2 sont donc suffisamment balisées pour mettre en confiance jusqu’aux rôlistes de la plus vieille école imaginable, et c’est plutôt cool de voir un jeu se voulant accessible autant aux débutants qu’aux vieux briscard de l’époque TSR. Tout classicisme mis à part, Bernasconi ouvre une généreuse fenêtre avec le supplément Atlas d’Osgild & règles optionnelles qui regorge de bons conseils pour plier les règles dans le sens de votre table. Si vous comptez jouer longtemps au jeu, l’Atlas est pour ainsi dire un immanquable.

Bref, COF2 se pose sur les épaules des géants du genre et s’en inspire pour créer des fondations solides mais génériques. Le jeu n’est pas pour autant impersonnel, et pour le voir il faut se tourner vers la création de personnage. Dans une volonté assumée d’émuler l’ambiance d’une création old school avec les migraines en moins, COF2 définit les PJ grâce à trois traits principaux :

  • Le peuple correspond à l’espèce de votre personnage. On y retrouve tous les classiques, et il n’est pas exclu que quelques options s’ajoutent au fil des suppléments. Petit clin d’œil aux vieilles éditions du JdR, « Mage » est ici un peuple plutôt qu’une classe. Outre la référence, c’est une façon intelligente de définir la magie dans l’univers du jeu. Elle est commune, mais suffisamment rare pour que ses utilisateurs soient considérés comme des êtres à part. Malheureusement, COF2 n’évite pas l’écueil du demi-orc jouable alors que l’orc simple est un ennemi, obligeant implicitement tous les joueurs à peau verte d’avoir une backstory tragique à base d’agression sexuelle. Laissez-nous jouer des orcs gentils nom dediou !
  • Le profil est l’équivalent d’une classe de personnage, et rien que le changement de nomenclature est bienvenu. Parler d’un profil ouvre immédiatement l’imagination, là où une classe sous-entends généralement un archétype beaucoup plus contraignant. On retrouve cependant tous les classiques D&D-esques, du guerrier à l’ensorceleur en passant par le roublard, même si certains noms sont modifiés.
  • Les voies, un excellent compromis entre leur volonté de simplicité et la profondeur des jeux dont COF2 s’inspire.

La voie et l’ordre

Les voies de COF2 sont des listes de compétences se débloquant au fil de votre évolution. La première vient de votre peuple, et vous en sélectionnez deux autres liées à votre profil. Voilà. Les compétences elles-mêmes sont bien pensées et rédigées de manière à tenir sur un petit carré de feuille et merci Torag pour ça ! Finis les sorts qui tiennent sur une page de D&D, ou les dons interminables de PFR2. Le système de voies fait partie de ces idées si bonnes qu’elles semblent évidentes, et on salue le soin apporté à leur rédaction qui rend chaque capacité unique, mais jamais complexe.

Surtout, le système des voies semble fait pour conforter les joueurs qui opteraient pour le même profil, voire ceux qui auraient une voie en commun, les différentes combinaisons ayant toutes leur propre saveur.

Si vous avez déjà eu des rôlistes débutants à votre table, il vous est sans doute arrivé de censurer certaines options de créations de peur de les noyer dans les menutiae du jeu (si votre premier personnage D&D5 était un druide, vous avez toute ma sympathie). Eh bien COF2 ne donne jamais ce sentiment. Peut-être aurez-vous besoin d’un carnet si vous êtes un lanceur de sort, mais à part ça, aucun profil ni aucune voie ne semble interdite aux joueurs vétérans comme débutants, et vu l’ambition tactique du jeu, c’est un accomplissement notable.

Le D&D français ?

Soyons très clairs, l’ambition n’est pas un défaut. Gravir les sommets d’un champ artistique ou technique n’est ni un rêve puéril, ni une désillusion de mégalomane, et si une licence peut prétendre à représenter le JdR français sur la scène internationale, si un jeu peut aspirer à devenir l’objet à l’aune duquel tous ses contemporains seront jugés, c’est bien les Chroniques Oubliées. Cependant, tous les efforts et le talent du monde ne rendent pas sa suprématie inévitable, notamment quand les concepteurs eux-mêmes ne réalisent pas la nature de leur création, et c’est exactement la situation dans laquelle se retrouve COF2.

Les Chroniques Oubliées 2 sont une excellente gamme doublée d’un objet d’art exquis à avoir dans sa bibliothèque. Sa conception prouve non seulement la maturité et le talent de Bernasconi, mais aussi son respect sincère de la communauté du jeu et de ses contributions… Mais dans le paysage rôlistique moderne, COF2 n’est pas un jeu « accessible ». Non pas que l’ouvrage en lui-même soit compliqué, au contraire, comparé à PFR2 ou D&D, l’œuvre de BBE est un jeu d’enfant à apprendre et masteriser, mais en multipliant les options de personnages et en rendant le jeu plus flexible, les auteurs choisissent clairement le camp des jeux tactiques. C’est certes l’un des jeux tactiques les plus accessible, mais quand on me demande de comparer la complexité d’un JdR, mon panel ne peut pas se limiter aux enfants spirituels de D&D, pas quand Monsterheart et City of Mist existent, sans compter l’arrivée prochaine en France de Shadowdark. Même en limitant nos choix aux jeux med-fan tactiques, Fabula Ultima est un très sérieux concurrent au titre de meilleure introduction au genre. Bref, COF2 n’est pas le jeu le plus accessible de tous. Non pas par sa complexité, mais à cause de la richesse dont jouit notre hobby.

Dissiper cette prétention peut paraître cruel, mais c’est au contraire une aubaine. Voir COF2 pour ce qu’il est nous permet d’apprécier pleinement ses nombreuses qualités à la fois esthétiques et conceptuelles, sa sincère générosité, et son amour des classiques. Je ne sais pas si COF2 est appelé à régner sur le JdR français, je ne sais même pas si notre culture a besoin de ce genre de symboles, mais je sais qu’une bande de mangeurs de baguette ont réussi l’exploit de créer une alternative accueillante, généreuse et dépourvue de cynisme aux mastodontes américains.

Chapeau bas les artistes.

j’en profite pour rappeler que les illustrations sont sublimes.

 

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4 pensées sur “Des Chroniques pas Anecdotiques [chronique Chroniques ^^ oubliées 2nde édition]”

  • 16 janvier 2025 à 09:10
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    Encore uen fois un super article du Fix, qui me donne envie de m’intéresser à COF2 !

  • 17 janvier 2025 à 11:34
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    L’écran est magnifique ! Limite je l’achète juste pour la face joueurs. <3

  • 17 janvier 2025 à 13:46
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    Très bon article,très bien écrit. Il donne vraiment envie d’aller feuilleter COF2.

    Malheureusement, j’ai eu du mal avec le système de progression que j’ai trouvé beaucoup trop léger. Donc autant je surveille et regarde très intéressé pour les références (scénarios, aides de jeux, etc.), autant j’ai du mal à l’utiliser pour une campagne.
    En tout cas j’irai jeter un coup d’oeil!

  • 19 janvier 2025 à 18:09
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    Merci pour cette critique très bien écrite, avec un très bon angle d’approche.

Commentaires fermés.