Issaries Express [chronique Armes & Équipements pour RQ]

Même si ce supplément édité en VF par les Deadcrows arrive précédé d’une assez bonne réputation, on ne m’enlèvera pas l’idée de la tête : un catalogue de matos pour Runequest Glorantha, cela reste quand même une drôle d’idée ! Alors, bien sûr, malgré son titre racoleur, ce supplément de quand même 128 pages ne contient pas que des dessins d’armes, des tables de caractéristiques prix/poids d’objets ou des listes d’objets magiques. Certes. Il aborde aussi la question de l’économie gloranthienne en général, des contraintes matérielles du voyage, des animaux vivants parmi les humains, etc.

Oui, c’est vrai. Il n’en reste pas moins que cela ne semble pas a priori le thème le plus important à aborder pour découvrir les merveilles de Glorantha et, surtout, il n’était pas a priori nécessaire d’en faire un supplément spécifique.

En voulant singer les pires dérives des catalogues à rallonge de certaines gammes pléthoriques, Chaosium n’a pas pu éviter tous les écueils de pareilles pratiques. Le premier est le copié/collé. De fait, une partie non-négligeable du contenu de ce supplément (toutes les listes, notamment les armes et armures) se trouve déjà (et c’est bien normal en ce sens) dans le copieux livre de base de la gamme. On entend les explications sur l’aspect pratique d’un tel tiré-à-part mais on nous a déjà fait le coup avec les sorts de magie. Au bout d’un moment, cela pose surtout la question de l’ergonomie du livre de base : s’il est gros et dense au point que l’on ait besoin d’avoir la même chose dans de plus petits livres… et bien sans doute fallait-il concevoir dès le début de plus petits livres. CQFD.

L’autre écueil habituel des suppléments consacrés au matos est le remplissage. On n’échappe donc pas aux longues listes d’objets accompagnés inévitablement d’un petit commentaire qui apporte tellement mais tellement d’informations. On est ainsi bien heureux d’apprendre que la tente pour 5 personnes est, je cite, « une tente assez grande pour accueillir cinq personnes ». De ce fait, on est soulagés de comprendre grâce à ce supplément, quelques lignes plus bas, que, la tente pour 3 personnes est, elle, je cite encore, « comme ci-dessus, mais pour 3 personnes ». Ouf. A cela vous pouvez ajouter les indispensables explications sur ce que recouvrent les termes mystérieux de bottes, corde, sac de billes, marteau, etc.

Bon, OK, OK, on se moque un peu facilement (on aime bien ça chez le Fix…) mais il y a aussi des passages équivalents qui savent être intéressants. On pense par exemple aux instruments de musique ou aux parures et bijoux qui, elles, nous apportent vraiment des éléments de background gloranthien en plus de leur prix ou de leur disponibilité sur les marchés. Là, ça passe. Il n’en reste pas moins que c’est un peu noyé dans la masse et qu’on se surprend à tourner les pages en se demandant ce que l’on va bien pouvoir faire de ce catalogue. En vrai.

Le pire, c’est que Armes & Équipement passe sans doute à côté de son sujet qui, lui, était en effet vaste et passionnant : comment doit-on considérer la propriété et l’échange de biens matériels et de service dans un monde, Glorantha donc, si différent du nôtre au XXIe siècle ? Parfois, cette vaste question est effleurée. Ainsi, page 9, un encadré plein de promesses consacré à la question du partage du butin met le doigt sur ce que devrait être le livre : la plupart des aventuriers gloranthiens auront de tout autres réflexes de partage que les nôtres, pétris d’esprit capitaliste depuis plusieurs siècles. Le butin devra ainsi être remis à un chef ou, par exemple, sacrifié aux Dieux en grande quantité si ce n’est en totalité, l’aventurier pouvant, ensuite et seulement ensuite, espérer en recevoir une part. Dons, contre-don, sacrifices, munificence des puissants… voilà ce qui aurait du être le vaste sujet de ce supplément.

Or, peut-être engoncé dans son ancien passé de JdR générique med-fan (RQ n’a pas toujours été si étroitement lié à Glorantha), ce n’est pas du tout de cela dont nous parle Armes & Équipement. En dehors de cet encadré et de trop rares passages, tout n’est au contraire que marché, loi de l’offre et de la demande, prix, monnaies, fluctuations en pourcentage, propriété privée, etc. C’est tout de même bien décevant et, il faut le dire à nouveau, rarement très intéressant.

Heureusement, il y a la fin du supplément. Passées les dizaines de pages de listes de matos plus ou moins pertinentes, il reste deux chapitres : ce sont ceux qui peuvent – à la rigueur – sauver l’ouvrage.

On citera d’abord l’assez copieux chapitre sur la propriété foncière. Dans un jeu où, en particulier depuis cette présente édition dite Aventures dans Glorantha, le lien familial avec l’Histoire locale est si valorisé, cela fait sens d’imaginer nos aventuriers non pas comme des mercenaires sans attaches mais comme des acteurs locaux possédant, au moins pour certains d’entre eux, un petit domaine, sans doute hérités de leurs ancêtres (dont – rappelons-le, on peut tirer au hasard lors de la création de PJ les éventuels faits d’armes). Par conséquent, ce chapitre d’environ 15 pages propose aux PJ d’acquérir des terres, de les mettre en valeur, d’y construire des bâtiments et autres infrastructures, le tout étant ensuite intégré dans la phase de gestion du temps (durant les Temps Sacré) déjà présentée de façon plus succincte dans le livre de base de RQ. Un ajout bienvenu.

On notera aussi le dernier chapitre, étonnamment, donc, relégué à la fin de l’ouvrage et réduit à la portion congrue (8 pages !). Pourtant, il porte sur les objets magiques, reliques et autres matériels enchantés sur lesquels, assurément, on aurait aimé autrement plus de détails que sur la capacité des tentes de 5 ou 3 places. On imagine aisément que les auteurs n’ont pas voulu faire accroire que ces objets mythologiques pouvaient avoir le même statut que de simples items achetés sur l’étal du marché mais, pourtant, dans le reste du livre, cela ne les gêne pas du tout de traiter de la question des objets en métaux rares (eux aussi liés aux dieux dans Glorantha) qui doivent tout autant être enchantés pour être transformés en artefacts (plomb, or, fer, etc.). Ou, parmi les « services », la possibilité d’obtenir de quelqu’un qu’il lance des sorts de magie spirituelle ou même divine pour votre compte. Jusqu’à la résurrection. Alors, oui, on comprend mal cette prévention pour parler des cristaux magiques ou des objets enchantés. Bref, un chapitre final intéressant… mais qui réussit quand même à nous laisser sur notre faim !

Vous l’aurez compris : à nos yeux, ce supplément pour Runequest est, pour le moment, le moins utile de toute la gamme. Déjà anecdotique par son sujet, il ne brille pas non plus par sa réalisation assez plan-plan. A part la forme exacte des casques orlanthi ou de la cithare lunar, vous n’apprendrez pas grand chose de typiquement gloranthien dans ce livre. Quant à l’aspect aide de jeu, il est plutôt contre-productif, alourdissant passablement toutes les phases d’équipement ou de crafting plutôt que de consacrer plus de temps de jeu à la réalisation de quêtes héroïques et autres grands faits d’armes.

A réserver aux collectionneurs complétistes.

Une pensée sur “Issaries Express [chronique Armes & Équipements pour RQ]”

  • 22 novembre 2024 à 20:29
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    Je peux mettre honteusement à profit cet article pour parler d’un supplément de mon jeu « Kosmos », « Thesauros » ? Il parle d’économie et d’équipement, et il est gratuit en pdf comme le reste du jeu. Et comme « Kosmos » propose de jouer dans la mythologie grecque, avec une bonne louche puisée aux époques minoennes et mycéniennes, dont Glorantha s’inspire aussi notablement, ça donne un supplément qui peut former une inspi intéressante pour « Runequest », enfin, j’espère. Je vous ai dit aussi qu’il y a un chapitre sur l’économie du don et du contre-don et un autre sur la répartition du butin ? Je suis machiavélique, oui…

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