Pour ces éditeurs, le JdR, c’est dans la boîte !

Le JdR en boîte, cela a longtemps été comme une évidence. En 1974, encore mal distingué de son cousin le wargame, le premier de tous les JdR sort forcément en boîte… alors qu’il ne comporte que des livrets ! Pour toute une génération de rôlistes (ou même deux), le réflexe était acquis : le « vrai » JdR, c’était en boîte. Ces tristes jeux sous forme de livres seuls, pfffff, c’était évidemment de la faute de ces scrogneugneus d’éditeurs qui voulaient faire des économies.

De fait, que ce soit pour des raisons de TVA (plus élevée si boîte), de coûts de production ou de logique pure (on se souvient du Runequest de Oriflam dont le gros livre sous couverture souple peinait à entrer dans une boîte qui ne pouvait, au mieux, que le contenir, lui seul ^^), le JdR s’est prioritairement incarné dans des livres pendant les décennies suivantes.

Il a fallu essentiellement la mode durable des kits de découverte physiques ces 10 ou 15 dernières années pour que l’on redécouvre les vertus de la boîte, cette fois-ci dédiée aux nombreux accessoires et feuilles volantes et non plus aux seuls livres. Cela dit, dans l’immense majorité des cas, ce format n’était dédié qu’à ces seules versions light. Non, pour le « vrai » jeu, il fallait attendre la sortie du livre.

Pourtant, outre le côté coffre à jouet qui fait wahou à l’ouverture, ces boîtes ont dévoilé de nouveaux atouts. D’une part, pratique et édition du JdR ont bien évolué de (boîte de, uh, uh) conserve durant toutes ces années et on a fini par admettre que les gros livres de 300 pages n’étaient pas forcément la panacée pour l’accessibilité du loisir. De plus petits livrets, des feuilles volante,s des aides de jeu, des cartes à jouer ou des dés spéciaux ont été de plus en plus intégrés aux dispositifs prévus par les auteurs. Et ça, en boîte, c’est plus pratique.

D’autre part, et ça c’est plus étonnant, on a aussi pu remarquer que le prix de ces boîtes n’était pas si élevé que cela et parfois même inférieur à celui des gros livres sous couverture rigide. Sans revenir sur ce véritable hapax qu’était L’essentiel pour D&D (à moins de 20 euros…), le prix grandissant du papier d’un côté, la délocalisation de la fabrication des accessoires en Asie de l’autre et d’autres secrets bien gardés des éditeurs les plus madré permettent d’abaisser le prix de ces boîtes à des niveaux raisonnables pendant que le prix des gros livres connaît inévitablement l’inflation.

Et si c’était le bon moment pour retourner en boîtes ? C’est visiblement ce que se disent également quelques éditeurs francophones pour leurs dernières créations.

On a ainsi déjà parlé de JDR Editions lorsque l’éditeur a lancé son projet ambitieux de Collection Aventurii, une série de boîtes pensées pour proposer chacune un jeu autonome et très accessible. La première boîte s’était logiquement inscrite dans le sillage du succès des scénarios par correspondance de cet éditeur, les Chroniques des Terres-Dragons. Un medfan tradi, pour se lancer, c’est rassurant.

Après la sortie de cette première boîte, c’est au tour de celle sur le thème des pirates (bon, eux aussi fantastiques, ‘faut pas pousser non plus ^^) de se faire foulancer (bien qu’elle ait déjà été proposée en option lors du premier CF). Ce Blackjack n’a pas encore cassé les Intenets mais, bon, bon an mal an, c’est financé et il reste beaucoup de temps pour vous y joindre ici : https://www.gameontabletop.com/cf6154/blackjack.html

C’est exactement la même formule que son prédécesseur au gros dragon rouge : des règles simples, de nombreux accessoires (plans, pions, etc.), des scénarios calibrés pour durer 45 mn douche comprise (il y en a 8 dans la boîte : faîtes vos comptes). A cela s’ajoute un jeu de 110 cartes d’inspiration (dont les principes, il faut bien l’admettre, semblent largement inspirés de Muses & Oracles) prévues pour le jeu solo ou sans MJ mais qui permet aussi d’improviser des parties courtes sans préparation.

On notera toutefois que JDR Editions ne va pas tout à fait au bout du principe puisque le jeu est aussi proposé au format livre, ans les accessoires, donc. Un peu curieux compte tenu du concept. Le prix de la boîte est assez largement supérieur à celui du livre seul. Pourtant, en attendant des engagements clairs de l’éditeur sur ce point, il ne nous étonnerait pas que le poste des illustrations fasse l’objet de sérieuses économies… Hum.

En tout cas, une troisième boîte, sur un thème SF, devrait sortir par la suite.

Plus nouveau, c’est désormais Elder Craft qui semble vouloir suivre ce sillage. Et il le fait, comme souvent avec cet éditeur, avec une ambition affirmée. Trois boîtes, pour eux, ça fait un peu Mickey. Alors, ils en annoncent… huit.

Le projet se nomme Elder Quest et a donc plus ou moins le même horizon que le précédent : fournir un JdR complet, parfois dans un univers original, permettant de faire jouer sans difficultés un gros scénario officiel puis de pouvoir prolonger l’expérience en créant ses propres scénarios. Le tout avec l’ensemble du matériel nécessaire (y compris l’écran du MJ) et pour un prix d’environ 40 euros.

La promesse de l’accessibilité repose sur l’emploi d’un système commun, apparemment directement dérivé du Basic system. Bon, pas vraiment révolutionnaire, du coup.

Le gros scénario fourni a fait apparemment l’objet de l’essentiel des efforts de l’éditeur avec un découpage réfléchi, un codage avec des icônes, l’inclusion de mini-jeux ou de passages plus « escape game » afin de rassembler toutes sortes de joueurs autour d’une bonne partie de JdR sur table. Autant d’intentions louables.

Au final, chaque coffret (plutôt que boîte m’enfin…) contient :

  • le livret de jeu comprenant les règles (y compris création de PJ) et un (seul) scénario détaillé
  • un écran de jeu en quatre volets
  • des dés
  • des fiches de personnages prétirés
  • des aides de jeu physiques : plans, cartes, énigmes à résoudre, etc.

On reste quand même un peu interdit devant la communication un peu agressive de l’éditeur qui, sans rire, prétend réinventer le JdR avec cette gamme. Au final, cela ne semble pourtant pas très différent, ni dans les objectifs poursuivis (jouer un unique gros scénario facile à prendre en main), ni dans le prix, ni dans le matériel fourni, de boîtes de jeux récentes comme, par exemple, les scénarios Alien ou Blade Runner sortis en VF chez Arkhane Asylum. Quant à tenter de rendre le JdR aussi accessible qu’une simple partie de jeu de plateau, cela a déjà été maintes fois tenté, dernièrement avec un certain succès par la gamme Critical, beaucoup plus innovante sur ses principes et dont les belles boîtes pleines de matos sont vendues moins cher au final.

Si on met de côté cette esbroufe en matière de communication, on soulignera en revanche la volonté de brasser large en multipliant les boîtes qui, pour la plupart, font référence à des univers connus, soit déjà explorés en JdR chez cet éditeur, issus de romans ou encore d’actual play. A défaut de révolutionner le JdR, Elder Quest peut au moins attirer vers notre loisir pas mal de curieux et ça, c’est le bien. D’ailleurs, le foulancement en cours semble témoigner de la réussite de cette stratégie : en s’adressant à des communautés bien fournies, Elder Craft a su convaincre un millier de souscripteurs qui, visiblement, ont pris plusieurs boîtes chacun pour un beau succès en cours : https://fr.ulule.com/elder-quest/

Les 8 boîtes (d’autres semblent devoir suivre derrière) abordent les sujets suivants :

  • ARIA – Le Canon de Kniga : une intrigue mêlant enquêtes et complots dans la cité-machine de Kniga (utilisable aussi avec le jeu complet)
  • LES LAMES DU CARDINAL – La Trentième Pièce (idem pour l’utilisation avec le jeu principal)
  • CELESTIAL – Le Dernier Émissaire : un univers de dark fantasy crépusculaire où l’humanité tente de survivre dans un monde en ruine.
  • ACADÉMIE DE MAGIE SALAROC – La Chasse aux Cartes : Une aventure légère inspirée d’univers comme Harry Potter, où il faut infiltrer le bureau d’un professeur.
  • MISSION LUNE – Game of Rôles : Une expédition de science-fiction réaliste envoyée sur la station lunaire Aurora qui ne répond plus.
  • CTHULHU – Shellshock Asylum : De l’horreur lovecraftienne se déroulant dans un asile durant la Première Guerre mondiale.
  • BLACKWOOD SOCIETY – Culte du Secret & Le Camp du Chien (donc là deux scénarios au lieu d’un)
    BLACKWOOD SOCIETY – La Némésis de Feu & Max Hensig : idem, pas une mais deux enquêtes occultes au début du XXe siècle traitant de rituels anciens et de crimes impossibles.

Si utiliser des univers déjà connus des habitués de chez Elder Craft peut sembler une bonne idée en matière de communication, nous ne sommes pas pour autant sûrs que les amateurs de Aria et de Les lames du Cardinal soient ravis, ravis. Le suivi qu’ils attendaient pour leur jeu préféré prend donc la forme de coffrets contenant des choses inutiles par ailleurs (écran, dés, règles d’un autre jeu, etc.) : ça finit par faire cher pour un seul scénario ! Étonnant aussi de voir deux boîtes pour le même univers de jeu (Blackwood Society, donc) alors que le concept semblait justement de favoriser les one shot rapidement accessibles dans des univers le plus varié possible.

En tout cas, porté par la variété de l’offre et une très belle remise sur le prix final pour les souscripteurs, le succès initial est prometteur et on suivra avec intérêt le devenir de ce nouvel essai pour rendre le JdR toujours plus accessible.

3 pensées sur “Pour ces éditeurs, le JdR, c’est dans la boîte !”

  • 11 mai 2026 à 10:04
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    Je suis très dubitatif pour les Elder Quest. En fait cela revient cher pour un scénario d’une soirée si j’ai bien compris le concept. Même si j’ai toujours été pour les aides de jeu physiques comme la boite d’allumettes des Masques de Nyarlathotep version Descartes, je trouve qu’on tombe maintenant dans la forme qui domine le fonds. Le jeu de rôle reste avant tout une question d’imagination avec un meneur metteur en scène de son monde et les joueurs les acteurs dans celui-ci et le tout par la simple parole. J’espère au moins que les scénarios seront intéressants et que l’enrobage ne domine pas le contenu.

  • 12 mai 2026 à 12:13
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    Merci pour ce bel article !
    Pour préciser les choses, les illustrations de toute la collection Aventurii et de Blackjack, donc, sont 100% humaines, elles ont été financées tout au cours du développement du jeu. Ainsi, à la plume on trouve : Mathieu Coudray pour les personnages, Josselin Grange et Christophe Bastin (Lunart) pour les couv et intérieurs.
    les illustrations des plans, pions et autre tuiles de bateau sont de l’auteur, Frédéric Dorne, graphiste dans une autre vie.

    • 12 mai 2026 à 16:29
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      Alors au temps pour nous. Cela va mieux en le disant et nous constatez que, logo à l’appui, vous prenez donc l’engagement ferme comme d’autres éditeurs avant vous de n’avoir pas recours aux outils IA dans vos jeux. Tant mieux.

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