Role over the World : La Nemesis de Kickstarter

C’est armé de mon fidèle mug à thé vert et d’une violente gueule de bois que j’ai cette semaine parcouru les recoins du net pour vous dire ce qu’il se passe dans le monde du JdR, et franchement j’aimerais un peu de constance de leur part. Un coup y a rien, et tout à coup j’ai de quoi remplir trois rubriques.

Bref au programme de ce soir : le choc des titans du foulancement, Daggerheart annonce sa sortie, Mike Mearls est salé mais pas idiot et la galère mais fun sur Backerkit.

Enjoy!

Gamefound sort les crocs, Kickstarter baisse les yeux.

On vous parle rarement de la plateforme de financement Gamefound, et visiblement c’était une erreur. Le site de crowdfunding dédié aux jeux de plateau a pourtant fait une remontée spectaculaire en 2024 avec 49% de projets financés de plus que l’année précédente pour un total de 85 millions de dollars. De son côté, Kickstarter le géant du foulancement galère pas mal sur ce front, affichant une baisse de financements pour la troisième année consécutive.

Ces chiffres ne pouvant être ignorés par aucune des parties, le PDG de Gamefound Marcin Swierkot annonce au site BoardgameWire vouloir atteindre l’objectif « extrêmement ambitieux mais parfaitement réalisable » de surpasser Kickstarter d’ici la fin 2025, devenant de facto le leader du foulancement de jeux de plateau. Mais même en combinant les 85 millions de financements réussis aux programmes de late pledge du site, le total certes impressionnant de 156 millions est encore très loin des 220 millions de Kickstarter qui, pour rappel, est une baisse de leur point de vue, donc calmos, Marcin.

A peine une semaine plus tard et toujours via BoardgameWire, on apprend que Kickstarter dévoile ses « outils que les créateurs veulent » : une série de nouvelles fonctionnalités sensées rendre le site plus attractif, ou du moins limiter la fuite de projets vers Gamefound et Backerkit. Dans leur articles, les collègues de BgW analysent judicieusement cette annonce comme une réponse directe à l’interview de Marcin Swierkot, mais tiennent absolument à cadrer l’évènement comme un duel entre les deux entreprises, dont le vainqueur propulsera à nouveau l’économie du secteur. Cette position éditoriale me semble aussi optimiste qu’étrange d’une part parce qu’elle ignore sciemment la tendance à la fragmentation du marché voyant un essor de plateforme locales (bonjour GameOn), et aussi parce qu’elle imagine un retour à des chiffres obtenu lors de la très particulière et pas spécialement enviable période des confinements.

Daggerheart dévoile sa date de sortie


Darrington Press, le bras éditorial de l’émission Critical Role a annoncé sur son site la date de sortie officielle de son jeu Daggerheart. Le jeu sortira donc le 20 mai dans les magasins spécialisés avant de se rendre disponible chez les libraires généralistes au alentours du 3 juin.

Pour rappel, Daggerheart est annoncé depuis plusieurs années comme un des nombreux rivaux potentiels de D&D. Proposant un univers similaire et porté par une institution médiatique ayant directement participé au renouveau populaire du jeu, Daggerheart se démarque par un système maison utilisant deux dés à 12 faces représentant l’influence de la peur et de l’espoir sur l’action des personnages et une présentation prenant pleinement avantages de divers accessoires dont des cartes décrivant les différents aspects et pouvoirs des joueurs.

Le playtest du jeu étendu sur une grosse moitié de l’année dernière semble avoir conquis un bon nombre de joueurs et de commentateurs, séduits par une claire emphase sur la dramaturgie et les actions impressionnantes tout en  maintenant un cadre tactique hérité de D&D, même si certains craignent que l’utilisation systématique d’accessoires pour la création de personnage donne lieu à certaines dérives qu’on retrouve dans les suppléments de jeu de plateau. De toute manière, on a peu de chances de voir le jeu traduit par chez nous. De fait l’élan dont bénéficie le jeu est jusqu’ici cantonné au public américain, et une niche comme la notre ne satisfera probablement pas les ambitions économique de Matt Mercer et ses potes.

Pour Mike Mearls, D&D est redevenu ringard

Mike Mearls fait partie de ces personnes qui ont sans doute eu un impact notable sur le hobby mais dont vous n’avez jamais entendu parler. Co-créateur de la cinquième édition du jeu à donjons et à dragons, il a récemment quitté l’entreprise (apparemment renvoyé, mais lui soutient mordicus qu’il a démissionné, c’est compliqué et c’est pas le sujet) et profite d’une interview sur le podcast d’ENworld pour se lâcher. En particulier, Mearls revient sur les conséquences du scandale de l’OGL, qui d’après lui ont définitivement détruit l’image de marque du jeu. La licence qui d’après lui bénéficiait jusque là d’une aura comparable à un « mandat divin » s’est vu démystifier par les évènements de 2020, et on en voit les effets alors qu’ils tentent d’écouler la nouvelle édition du jeu. Il cite notamment l’article dithyrambique de Charlie Hall pour Polygon qui, tout en célébrant l’opus comme le meilleur jamais publié par WotC, en profite pour dire qu’il existe aujourd’hui et plus que jamais de nombreuses alternatives à D&D. Effectivement, citer la compétition de D&D dans un article dédié à ce dernier, qui plus est avec le plus grand des calmes était inconcevable il y a cinq ans, pour ne rien dire de 2014.

Si son analyse est chargée d’un ressentiment clair envers son ancien employeur, il pointe malgré tout plusieurs arguments pertinents au sujet du semi-échec de ces nouvelles sorties, et donne une description incertaine et chaotique du futur d’une industrie qui, en s’éloignant de son maitre étalon va devoir embrasser un inévitable éclatement du public en micro-niches. Ce processus peut, toujours selon lui, s’avérer extrêmement bénéfique pour la visibilité et la diversité des jeux, mais aussi accroître les difficultés déjà massives des créateurs cherchant à vivre de leur production.

Le foulancement de la semaine : Going for Broke

Avery Alder est une autrice indépendante qui a fait ses preuves dans le microcosme des JdR bizarres et touchants, avec une volonté toujours aussi forte de nous éloigner des poncifs du genre. Son nouveau projet Going for Broke un jeu qui vous met dans la peau de colocataires traversant des péripéties dignes d’une sitcom pour payer leur loyer donne le sentiment d’être un concentré de ce qui rend le travail d’Alder unique : un système ultra simple, un accent sur la narration et les relations interpersonnelles et une légèreté apparente calibrée pour mener à des moments d’émotion qui feront sangloter tout le monde à la table. Le foulancement est en cours sur Backerkit et on croise tous les doigts pour que le résultat final fasse partie des pépites indés auxquelles elle nous a habitué jusqu’ici, même ça semble franchement bien parti.

2 pensées sur “Role over the World : La Nemesis de Kickstarter”

  • 17 février 2025 à 09:05
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    Bonjour. Avery Alder est une autrice, et non un auteur.
    Cordialement.

    • 17 février 2025 à 11:57
      Permalink

      C’est modifié, merci pour la correction!

Commentaires fermés.