Visiblement, tous les kobolds ne sont pas érudits…

Allez, je vais vous la refaire une fois de plus mais : vous avez remarqué à quel point les jeux qui ont le bon goût d’esquiver la case du foulancement pour sortir directement en boutiques bénéficient de moins de buzz que les autres ? Annonce du CF, preview des paliers, mises à jour durant le foulancement et, bien sûr !, annonces de retard et de report après : il y a mille façons pour un foulancement d’occuper le terrain de l’actu rôliste. Et nous, pauvres fous d’amour, esclaves de ces jeux, on ne cherche qu’à contenter leurs désirs de visibilité en relayant tout ça dans nos articles et dans notre planning.

Alors, en guise de bonne résolution de l’année 2026, n’oublions pas les jeux qui sortent directement en boutiques comme, par exemple, l’audacieux Kobolds ate my baby!, dont le Studio Deadcrows nous offrent une étonnante VF au titre bien trouvé de Les kobolds ont mangé mon bébé ! (il fallait y  penser) qui, donc, étale d’ores et déjà sa couverture orange dans les étals de vos boutiques préférées.

Le jeu est à l’origine une création américaine de l’éditeur indépendant 9th Level Games, plutôt spécialisé dans les jeux humoristiques et parodiques. C’est clairement le cas ici de ces kobolds puisque les PJ y jouent ces petites créatures méchantes mais insignifiantes qui vont tenter de faire un maximum de bêtises avant, fatalement, d’être réduits en miettes par l’opposition ou le hasard.

Le jeu date déjà de 1999 alors… pourquoi une VF maintenant seulement ? En fait, en 2024, 9th Level Games a publié en VO la version The Orange Book qui est celle traduite en VF par les Deadcrows. Cette nouvelle édition utilise une version du système polymorph™ de l’éditeur VO, un système très simple à base de D6. (…) Enfin, à base d’un D6, en fait. Tu le lances et tu regardes ton « résoudreur » sur ta fiche : si le score obtenu correspond à l’action  entreprise, c’est réussi. Sinon, bah, non. Voilà.

Enfin, on l’aura vite compris : l’essentiel n’est pas là. Le jeu se revendique clairement, jusque sur sa couvrante, comme un jeu apéro, un petit jeu facile à mettre en œuvre, sur des parties courtes, OK, mais aussi un jeu qui favorise la bonne grosse rigolade. Or, il faut l’avouer, ce n’est plus si courant sur nos tables de jeu qui ont, peut-être bien, pris un petit coup de sérieux ces dernières années.

Là, le cadre de jeu dépasse largement des règles elles-mêmes pour s’imposer aussi sur ce qui est habituellement laisser dans le champ du « méta » : la manière de se comporter avec le MJ, le fait d’oublier de crier « gloire au grand roi Torg !  » quand le jeu le nécessite, le nombre (très limité !) de mots humains que le joueur peut employer quand son personnage communique avec les non-kobolds , tout cela fait pleinement partie du concept du jeu.

Comme on le voit, en dehors d’un système de jeu ultra-simple, de quelques règles plus ou moins méta et de conseils pour organiser une partie dans ce ton « bière et bretzels », on ne voit pas a priori ce qu’il peut y avoir dans ce livret petit format, certes, mais finalement assez épais de 152 pages. Pourtant, fruit d’une évidente expérience accumulée au fur et à mesure des itérations du jeu apéro, les auteurs ont bel et bien trouvé matière à dire pour faire de ce livre l’outil ultime pour faire jouer des aventures de kobolds stupides qui essayent d’enlever un bébé pour leur roi Torg (« gloire au grand roi Torg !  » ).

D’abord, on sera surpris de voir une telle section de création de PJ. Celle-ci se passe pourtant de façon simplissime, essentiellement par choix d’un archétype : il ne faut pas oublier que les kobolds vont mourir vite et même pour une partie apéro les joueurs risquent d’en user plusieurs ! Cela dit, pour éviter l’effet de répétition et la lassitude,  cette version du jeu propose rien moins qu’une grosse quarantaine d’archétypes jouables (avec chacun leur table d’équipement qui va bien) allant de poulet-garou à… comptable-fiscaliste.

Le jeu possède un scénario-type facile à résumer : aller chercher un truc pour le roi Torg (« gloire au grand roi Torg ! « ). Mais ce présupposé de base est ici largement développé. Pas de « scénarios » prêts à jouer mais un système de tables aléatoires détaillé sur dix pages afin de générer les détails de la mission des kobolds ou encore de quoi imaginer sur douze pages des morts brutales de kobolds permettant aux joueurs de générer fissa un nouveau personnage.

Comme pour tout jeu humoristique, le ton potache de Les kobolds ont mangé mon bébé ! ne plaira pas à toutes les tables. En même temps, le jeu est court et fun à lire : au moins, cela peut faire une vivifiante parodie de JdR pour vous marrer, vous, tout seul, comme une ba… disons, comme un kobolds en tout cas.