Tandem quaestiones [Interview Ultima Verba]
Dans la jungle des actual play francophones, il y a les institutions bien connues comme Game of Roles, Role’n Play et La Bonne Auberge, et des noms peut-être plus discrets, mais tout aussi dynamiques et qui montent vite ! C’est justement à cette seconde catégorie qu’appartient la chaîne Vltima Verba et son créateur Olivier, qui a accepté de répondre à nos questions alors qu’il fête les deux ans de sa chaîne (c’est dire s’il est sympa).

Le Fix : Bonjour, nous c’est le Fix ! Et vous, vous êtes qui ?
Olivier : Olivier. Je suis relecteur et auteur dans l’édition de jeux de rôle, enseignant en littérature et en éloquence dans le supérieur, et animateur de la chaîne VLTIMA VERBA, la chaîne du jeu de rôle et de l’éloquence.
Le Fix : Commençons par le commencement, c’est quoi l’origin story d’VLTIMA VERBA ? Est-elle moins tragique que celle de Batman ? Pourquoi le latinisme ?
Olivier : Peut-être que, comme Batman, elle s’est un peu faite dans un esprit de vengeance. Mais, c’est un sombre secret que je garde à l’abri de ma batcave intérieure. Ha ha ! Plus sérieusement, il y avait un moment que j’avais envie de montrer ce que le jeu de rôle a dans le ventre au-delà des dragons et des donjons… Le latinisme, c’est mon côté prof de français, c’est la référence à Victor Hugo, c’est plein de choses encore ! Mais comme j’aime le dire souvent, l’éloquence, c’est un peu l’art d’avoir le dernier mot, et je n’ai jamais su me contenter d’un seul, d’où le pluriel.
Le Fix : La première chose qu’on remarque sur ta chaîne, c’est la diversité de jeux et des systèmes mis en avant. C’est contre-intuitif quand on voit à quel point les algorithmes favorisent la stabilité en général, et D&D en particulier. C’est une décision consciente de ta part, ou une conséquence de ta passion ?
Olivier : Le jeu que tu cites. Tout le monde en parle. Il n’y en a que pour lui. Et lui, qu’est-ce qu’il fait pour nous ? Rien. Il n’y a pas un acteur du JDR francophone qui travaille sur cette licence. C’est un complet mépris, mais, comme on n’a pas beaucoup de dignité, on courbe l’échine. C’est objectivement un bon jeu, et je suis loin de me l’interdire, mais j’aimerais sincèrement que ses ayants droit aient un peu de respect pour les artisans du JDR francophone. Pour l’instant, on en est très loin. Mon objectif personnel, c’est de démocratiser le JDR, de montrer que celui-ci ne se cantonne pas aux souterrains peuplés de monstres et de trésors à looter. Si on veut rendre le jeu de rôle mainstream, il faut en présenter toute la variété. Il n’y a que comme ça que chacun trouvera chaussure à son pied.
Aujourd’hui, tout le monde regarde des séries ou des films, mais les gens apprécient des choses très différentes. Pour le JDR, je souhaite que ça devienne la même chose. Que tout le monde s’y mette grâce à sa très large diversité. Ma place se situe dans ce créneau, rendre visible cette belle diversité.
Le Fix : Tu es aussi connu pour un style de JDR assez particulier : le vis-à-vis (un joueur, un MJ), que ce soit dans Légende des cinq anneaux ou Mage avec le fameux Projet canevas. Pourquoi cette passion pour le format ? Quelle différence entre cette expérience et celle plus conventionnelle des sessions avec la Team SWAG ?
Olivier : Au-delà du Projet canevas autour de Mage l’Ascension et de la campagne de Légende des cinq anneaux avec Ze Bruno (qui est aussi un concept en soi puisqu’on part d’une vulgarisation du lore, qu’on crée un perso en live pour le voir vivre ensuite dans sa campagne personnelle), le vis-à-vis, c’est vraiment mon identité. Ce format va d’ailleurs un peu au-delà de l’aspect un PJ et un MJ ; il repose uniquement sur la parole en s’affranchissant des images, des battle maps et des VTT, c’est un format qui se présente comme une discussion et qui fait ainsi nécessairement appel à l’éloquence.
La quasi-totalité des parties que j’ai proposée sur la chaîne était dans ce format. Pour de multiples raisons. On s’entend mieux, c’est plus fluide, le joueur a le temps de faire plus de choses, c’est plus rythmé, bref en distanciel, c’est l’idéal. Qui plus est, je peux vraiment chercher à me mettre à l’écoute de mon invité, je dirais même au service de sa joie pour le temps d’une soirée. Avec le temps, ce cadre intimiste m’est apparu comme une excellente formule. Désormais, c’est vraiment l’identité de la chaîne, même si, avec l’arrivée de la campagne Mutants & Masterminds avec la Team Swag et celle de The Walking Dead Universe avec le Club 31 (collab’ avec les Super Geekettes et Mademoiselle JDR), je propose un peu plus de parties hors du cadre des vis-à-vis.
Je précise toutefois que, lorsque je n’envisage pas le JDR comme un spectacle, je préfère très largement le jeu de rôle autour d’une vraie table et avec trois ou quatre joueurs.

Le Fix : Parlons plus spécifiquement du Projet canevas : quatre parties, quatre joueurs pour créer une seule et même campagne unique. C’est ambitieux, surtout quand on connaît la profondeur mécanique et thématique de Mage. Que peux-tu nous dire de la genèse du concept ?
Olivier : Je vais essayer de présenter ce projet de façon claire, parce que je me rends compte que c’est flou pour tout un tas de personnes. Je fais jouer plusieurs personnes à Mage l’Ascension. Chacun des PJ évolue de son côté, sans savoir ce que font les autres. Ils ne se connaissent même pas. Mais comme tout cela se déroule dans le même univers, ils finiront bien évidemment par se croiser. La première rencontre vient d’ailleurs d’avoir lieu, puisque deux des quatre protagonistes jouent désormais ensemble. Au milieu de cela, il y a en plus des guests (Fred de Ind100 Podcast, Croc, Damien Coltice, Niko Takian…) qui ont joué des choses en lien avec la campagne.
C’est l’idée du canevas, de la trame si on préfère. Il faut se reculer pour observer l’ensemble et découvrir la tapisserie que l’assemblage de fils finit par produire. Pour les prochaines parties, je peux vous promettre une rencontre de tous les PJ et un final apocalyptique joué en studio dans les locaux de la Bonne Auberge (si tout se passe bien). Pour moi, c’est l’occasion de boucler en apothéose un lore personnel de Mage que je développe depuis plus de vingt ans.
Le Fix : Ta chaîne a beau être petite, elle monte vite ! On compte des collaborations assez classes avec La Bonne Auberge, un scénario d’Avatar légendes avec JDG, MV, Antoine Daniel et Angle Droit, on parle même d’une apparition d’Alain Damasio parmi tes joueurs ! Ça fait quoi d’avoir le meilleur carnet d’adresses du game ?
Olivier : Alors, déjà, je suis loin d’avoir le carnet d’adresses que les gens s’imaginent. Je ne connaissais personne avant de me lancer. J’ai ouvert quelques portes grâce à de bonnes idées et les relations ne sont venues qu’au fur et à mesure. De mon point de vue, je suis microscopique. Personne ne m’arrête dans la rue pour me demander un autographe et on ne m’a reconnu que de façon exceptionnelle. Je cherche à progresser, toujours, devenir meilleur, je voudrais évidemment que cette chaîne se professionnalise, mais ce n’est pas entre mes mains. C’est le public qui décidera.
Tout ce que je peux faire à mon échelle, c’est continuer à me défoncer et à supporter l’édition de JDR française de toutes mes forces pour contribuer à sa bonne santé et à la diffusion d’un loisir dont je n’ai de cesse de constater les vertus. Pour faire plus concis, mon credo ce serait : « Le JDR, c’est bon, mangez-en. »

Le Fix : En plus de tes streams, tu travailles aussi à l’édition et à l’écriture, notamment sur Fabula rasa, et l’Arlésienne qu’est Métro 2033. Que peux-tu nous dire sur ces titres ou peut-être même sur de futurs projets ?
Olivier : Les Arlésiennes, c’est mon dada. Ce doit être mon côté provençal. Mais j’ai été sur tous les projets maudits, Mage, GODS, Métro. Je n’ai qu’une chose à dire. J’ai une confiance aveugle en Mathieu Saintout, Fabien Marteau, Raphaël Crouzat, Sabrina Beaufils et toute l’équipe d’Arkhane. Si un jeu a du retard, c’est toujours pour de véritables raisons et le produit finira toujours par être livré. Je comprends l’agacement, mais les gens ne se doutent pas une seconde des tempêtes que la team Arkhane doit traverser sur certains projets. Et elle reçoit les paquets de mer dans la tronche sans broncher. Métro finira par arriver et ce sera un produit dont je serai fier, je ne peux que présenter mes plus plates excuses pour le retard et garantir aux backers que, bien que tout se soit acharné contre nous sur ce projet, à la fin, ils seront livrés et heureux de l’être.
Fabula rasa, c’est un jeu de rôle campagne de ma création. Il est écrit et entre les mains de l’éditeur. Je n’ai pas encore de date précise pour sa parution, mais j’espère une parution au début de l’été ou à la rentrée 2025. Parce que, derrière, j’ai deux autres jeux à faire sortir (dont Felicity Online auquel j’ai justement fait jouer Alain Damasio)… Pour finir sur le chapitre de l’écriture, je rédige actuellement une campagne pour Cyberpunk RED.
Le Fix : Tu te montres également très présent dans les festivals via ta conférence La rhétorique ludique inaugurée en septembre à Senlis, et que tu as présenté à nouveau au festival Octogônes, sans compter les nombreuses tables rondes auxquelles tu as participé. Qu’est-ce que la rhétorique ludique, et où est-ce qu’on va pouvoir te croiser après Octogônes ?
Olivier : La rhétorique ludique, c’est une façon de mettre l’éloquence au service du jeu de rôle. Durant la conférence, je présente ma façon de travailler lors de mes cours et de mes coachings et je montre comment on peut transposer au jeu de rôle tous les outils liés à l’éloquence. Pour résumer en une phrase, préparer et animer une partie de JDR, c’est très semblable à préparer et donner un discours.
Je ne sais pas trop où je serai après Octogônes, mais on peut imaginer au FIJ à Cannes, en février. Enfin, il y aura un IRL VLTIMA VERBA au Nid de la Linotte en Normandie, certainement au mois de juillet.
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