[Rôle over the World : elfe noir et acrylique moche

Halloween se termine à peine que nous entrons dans la période la plus terrifiante de l’année : les deux mois de célébrations de Noël où les guirlandes font de toute promenade nocturne un cauchemar d’épileptique et où les parents sont étrangement cools à l’idée de laisser un gros barbu câliner leurs enfants. Mais même dans l’enfer gelé qui commence, les équipes du Fix se tiennent fiers et continuent leur sacro-sainte mission d’information.

Au menu cette semaine : Drivethru se met aux filtres, Drizzt revient en famille, et un supplément Pathfinder s’avère trompeur trompeur.

Enjoy.

Les news

Drivethru RPG a un nouveau filtre

Drivethru est une plateforme de vente absolument indissociable de la renaissance du JdR. En concentrant ses efforts sur la vente de PDF et d’impression à la demande, la plateforme joue un rôle majeur dans la diffusion de productions indépendantes tout en proposant une alternative légale et abordable aux gros bouquins cartonnés.

Depuis 2023, le site autorise pour les ouvrages payants un usage limité de l’IA tant qu’aucun élément (textuel ou visuel) n’est entièrement créé par la machine, et désormais les acheteurs potentiels bénéficient d’un filtre permettant d’occulter tous les produits (payants ou non) co-écrits par Dall-E.

La fonctionnalité peut sembler anecdotique puisque le site demande aux auteurs de spécifier si l’ordi leur a tenu la main pendant l’écriture, mais c’est surtout une manière de supprimer la visibilité de ces produits sans aliéner la communauté grandissante de créateurs un peu flemmards.

Drizzt fait (presque) son grand retour

Le seul rôdeur apprécié par les joueurs de D&D est enfin de retour ! Enfin pas vraiment, mais si vous vous rongez les sangs en attendant un nouveau tome mettant en scène l’elfe noir et sa panthère de compagnie, on a de quoi vous faire patienter.

Drizzt Do’Urden est sans aucun doute le personnage le plus populaire de la licence (oui, plus que Karlach). C’est notamment dû aux 39 romans écrits par son créateur R.A Salvatore. Le dernier, sorti en 2023 est considéré comme le chapitre final, mais ça n’est visiblement pas une raison pour arrêter de traire la vache à lait. D’abord c’est Audible (la plateforme d’audiolivre d’Amazon) qui sort une courte aventure dédiée à Breezy Do’Uden, la fille de Drizzt, écrit par Salvatore en personne et déjà disponible, même si aucune annonce n’a été faite quant à une éventuelle sortie en librairie. Ensuite, l’elfe noir et sa panthère vont bénéficier d’un honneur généralement réservé aux personnages secondaires de Rick & Morty : des figurines Funko Pop.

Rappeler l’existence de Drizzt ou introduire sa fille au monde est évidemment à voir au travers du prisme de la stratégie commerciale de WotC, maintenant entièrement centrée autour de leur plateforme virtuelle Sigil et ses microtransactions. Rien de mieux qu’un petit rappel aux fans pour booster l’achat d’objets virtuels dès l’ouverture de la bêta ouverte.

La sortie de la semaine : War of Immortals pour Pathfinder

Fidèles à leur rythme de publication effréné, Paizo nous a gracié cette semaine de War of Immortals, un nouveau supplément largement teasé ces derniers mois. En plus de deux nouvelles classes et quatre archétypes, Paizo met surtout en lumière un évènement massif dans le lore du jeu, ainsi que leur tout nouveau Système Mythique : un ensemble de règles optionnelles sensées accentuer le côté « fantasme de surpuissance » des parties. Le truc, c’est que la réception des fans est assez tiède.

Une des règles tacites du calendrier de Paizo assure à son lectorat au moins un supplément riche en nouvelles mécaniques par an, ce qui n’a rien d’étonnant quand 90% des fans sont des dingues d’options. War of Immortals était donc largement compris comme tel, et la com’ de l’éditeur n’a pas aidé à défaire cette incompréhension. Toute une bande de nerds qui attendait calculette en main pour faire leurs nouveaux builds se retrouvent ainsi avec beaucoup de texte sur le lore, et un système explicitement créé pour casser l’équilibre du jeu en faveur d’une narration épique, les options attendues ne tenant que sur une soixantaine des 220 pages vendues.

Si vous voulez mon avis de fanzouz de Pathfinder, le supplément est effectivement décevant. Les deux nouvelles classes sont horriblement complexes même pour PF2, et le système mythique emprunte son esprit au journal intime d’un adolescent fan de Warcraft, et ses mécaniques à un doctorant en physique théorique. Les seules bonne idées résident dans les nouvelles options de classe proposant des concepts narratifs très intéressants (un rôdeur des villes, un roublard fanatique religieux, un barbare buveur de sang et une sorcière sans bienfaiteur) doublés de mécaniques simples et bien pensées. Mais vu que tout ça sera disponible gratuitement en ligne dans quelques mois, impossible de recommander le bouquin.

Le foulancement de la semaine : Paint the Town Red

Et si en fait, être mort c’était pas ouf ? C’est la question que pose Paint the Town Red dont le foulancement sur Backerkit connait un succès très honorable. Vous y jouez des vampires usant de tous les artifices imaginables pour oublier le sentiment de vide et d’absurde qui domine leur non-vie. En proposant des campagnes centrées autour de bacchanales dantesques plutôt que le sauvetage du monde, Paint the Town Red nous invite à examiner des thèmes durs comme la fuite en avant, la dépression, la solitude et l’appât du vice avec un système inspiré de Best Left Buried mais modifié pour mettre l’introspection émotionnelle à l’honneur.

C’est toujours rafraîchissant de voir des créateurs capables de replacer le vampirisme dans son contexte. Non pas comme un costume émo, mais une véritable malédiction détruisant petit à petit son porteur jusqu’à laisser une coquille vide et affamée.