La leçon de Zombiology

Au Fix, nous avons toujours une curiosité pour les nouveaux projets de JdR, mais notre sujet d’aujourd’hui a attiré l’attention de votre serviteur d’une façon un peu particulière. Ce projet, c’est Zombiology, le jeu de rôle créé par Damien Coltice et qui est en financement depuis le début du mois de décembre (et ce jusqu’au 11 janvier 2026).

Ma curiosité pour cette nouvelle proposition ludique vient, en fait, majoritairement de son auteur. En effet Damien Coltice a été un membre très actif de l’éditeur Black Book Editions pendant de longues années, avant de devenir un Youtubeur populaire de la sphère rôliste avec sa chaîne Rôliskatonic (je vous invite à lire notre récente interview du bonhomme si vous voulez plus de détails). Ce qui est intéressant selon moi, c’est que nous sommes face à un personnage qui connaît très bien les rouages de la création et de l’édition de jeu de rôle et qui propose régulièrement des analyses sur la façon de structurer une offre ludique sur sa chaîne Youtube.

Bref, vous l’aurez sûrement compris, il y a un intérêt tout particulier à voir quelqu’un ayant cette expérience du milieu et ce goût pour la réflexion sur notre loisir se jeter dans l’arène en créant son propre jeu.

Allons donc voir ce qui nous est proposé dans ce financement Zombiology, et sans surprise, vous allez voir que le background de son auteur n’est pas sans influence sur la proposition présentée.

Contenu du financement : une socle complet pour une gamme en devenir

Vous trouverez bien-sûr toutes les informations détaillées sur ce que vous pouvez acheter sur ce projet Zombiology sur la page dédié à son financement, c’est pourquoi mon propos ici va plutôt être de mettre le doigt sur ce qui me semble être l’identité spécifique du jeu qui nous est proposé.

Zombiology se présente clairement comme un produit unique : la Boîte Contamination. Cette dernière va gagner en niveau de finition selon la contrepartie choisie, mais son contenu sera sensiblement toujours le même. De plus, les objectifs de paliers connus actuellement sont presque entièrement dédiés à la diffusion du jeu via internet (licence libre et wiki dédié) … il n’y a qu’un livret d’aides de jeu offrant les premiers secrets de l’univers Zombiologyqui vient faire exception (et là encore c’est un élément qui parle en fait du développement futur du jeu).

Nous sommes donc face à une proposition qui se veut totalement autonome et uniforme. Quel que soit votre niveau de pledge vous aurez le livre Contamination, l’écran avec son livret et le recueil d’aides de jeu (ce dernier n’est absent qu’au tout premier niveau de contreparties) … un ensemble qui permet de jouer les évènements de type outbreak zombie en y incarnant des gens normaux devant y faire face. Contamination contient un système de règles complet, et qui ambitionne de pouvoir être librement réutilisé et adapté y compris pour d’autres types de contextes contemporains. A côté de ça, si on compte le scénario du livret découverte, Zombiology propose immédiatement 4 scénarios prêts à jouer. C’est donc un jeu clé en main, mais ouvert à la réadaptation, qui nous est promis.

Mais attention, cette base contient aussi une évidente promesse de développement. En effet, je pense qu’il faut vraiment voir Contamination comme la 1ere saison d’une série en plusieurs volets. Car Damien Coltice indique clairement que la suite de la gamme va venir ouvrir la thématique vers du survivalisme et du post-apocalyptique, mais qu’elle va aussi nous inviter à explorer un univers de jeu dont nous aurons à percer les secrets (et qui nous offrira des versions très diversifiés de sa créature titre, le zombie).

D’ailleurs, il faut noter que 2 des 4 scénarios du livre Contamination sont voués à être des points d’entrée de deux campagnes à venir … une confirmation de cette ouverture vers un développement de l’offre du jeu. L’attachement de l’auteur aux réflexions de game design se voit d’ailleurs dans ces deux campagnes à venir nommées L’Année perdue et Astre mort … car l’une est un bac à sable et l’autre est de type “storyline”.

Le financement de Zombiology nous promet donc un jeu complet et autonome, mais qui est aussi pensé pour être un marchepied vers une gamme plus large promettant d’explorer plus profondément toutes les thématiques autour du zombie. Le point fort de cela à mes yeux est que cette extension se fera par quatre autres livres déjà clairement annoncés, mais qu’elle pourra aussi se faire par des propositions communautaires (via la licence libre et l’outil wiki)

La proposition ludique du jeu : la volonté évidente d’un “clé en main”

Maintenant que nous avons vu quelle structure éditoriale transpire de ce financement participatif, voyons maintenant ce que nous pouvons dire du jeu en lui-même.

Système de règles et personnages

Premier élément notable, Zombiology est motorisé par un système D100 “fait maison”, et cette mécanique prend la forme d’un roll under blackjack (il faut faire le plus haut possible sur le jet de dé, mais sans dépasser son score cible).

Je vais être franc avec vous, ce type de moteur D100 en blackjack, sachant en plus qu’il y a une échelle de modificateurs entre +60% et -60% et que le score cible est déterminé par une somme caractéristique + compétence, rappelle fortement à votre serviteur un système D100 qu’il porte fortement dans son cœur : Eclipse Phase 2nd Edition.

Je pars donc avec un a priori plutôt positif, mais au-delà de ces éléments de ressemblance le système de Zombiology porte sa propre identité avec une idée fixe : une fois le score cible connu, la lecture directe du D100 permet de connaître le résultat détaillé d’une action. Le chiffre des dizaines va ainsi indiquer la qualité d’une réussite, un zéro au chiffre des unités va indiquer un effet critique, et un système d’avantage / désavantage va venir incarner des mécaniques d’adrénaline et de stress.

Si vous avez l’habitude de me lire, vous savez que je prends énormément de précautions lorsqu’il s’agit d’analyser des mécaniques de jeu sans avoir le jeu complet entre les mains. Ce que nous savons actuellement de ce système nous vient du Livret de découverte disponible gratuitement en PDF (lien en fin d’article), et qui est d’ailleurs plutôt très bien fait.

Ce que ce livret nous apprend surtout, et cela va aussi raisonner avec les activités de l’auteur du jeu, c’est une volonté omniprésente de proposer un jeu clé en main pour les meneurs. Cela transparaît dans la présentation des scénarios proposés : des plans de lieux en 3D très clairs, des aides de jeu riches et visuelles (PNJs plans, indices), des indications d’ambiance (y compris musicale) et des guides très instinctifs pour jouer les scènes (gestion des jets de dé) ou interpréter les PNJ importants.

Côté joueurs, le jeu nous promet une création de personnage en 30 minutes maximum, et le fait que tout le jeu fonctionne sur le D100 est bien sûr un élément de simplification. Sur ce point je mettrais juste une nuance, qui transparaît assez nettement je trouve lorsqu’on regarde la feuille de personnages (voir ci-dessous). Cette feuille tient sur une seule page (donc très directe en apparence), mais on y voit tout de même pas mal de notions de jeu à prendre en compte (états, malus, localisation).

Cela veut dire que Zombiology s’autorise un système pouvant être détaillé, ce qui fait sens avec les notions de survie de son univers zombie (effets et localisation des blessures, effets des équipements), mais la note d’intention clairement annoncée par son auteur est aussi le fait de pouvoir oublier une mécanique détaillée et utiliser une résolution basique selon ce qui est souhaité à la table.

Mise en page et apparence globale

Je ne vais pas aller plus loin dans l’analyse des mécaniques, car il nous faudra attendre la version finale de Zombiology pour pouvoir jeter un œil à la création de personnages, aux informations et conseils destinés aux meneurs, et à ces fameux scénarios ouvrant parfois vers le développement à venir du jeu. Je peux par contre vous parler un peu de l’aspect visuel tel qu’il transparaît dans les éléments disponibles.

Le jeu se présente sur deux colonnes, avec un texte doté d’une police de caractère très lisible proposée sur un fond gris très clair. L’envie d’accompagner le lecteur est évidente dans la mise en page : des fonds de couleurs et des encadrés faciles à distinguer proposent une hiérarchie claire des textes, permettant de repérer assez facilement des informations complémentaires ou précises.

Il faudra voir la version finale du jeu pour avoir des certitudes, mais Zombiology semble aussi se présenter avec des illustrations de bonnes qualités. Une impression renforcée par la grande qualité des plans 3D proposés dans le scénario de découverte.

Ce que nous pouvons voir actuellement de Zombiology, c’est un jeu qui assume une proposition assez détaillée voulue pour répondre aux tropes du genre survival-horror. L’impact et le détail des dégâts physiques comme mentaux, la fragilité des personnages par un système de seuils de blessures, le détail des pièces d’équipement qui seront des outils majeurs de survie … autant de choses présentes pour nourrir le sujet central du jeu.

Mais Zombiology porte aussi clairement des idées de game design importantes aux yeux de son auteur. La plus évidente de ces idées fixes est l’accessibilité et l’accompagnement des utilisateurs du jeu par le texte, par l’image et même par la musique. Le jeu va vous prendre par la main, et vous laisser le choix du niveau de détail que vous voulez appliquer dans votre gestion de mécaniques.

Conclusion : une porte d’entrée au genre, mais aussi à une gamme en devenir

Lorsqu’on lit le Livret de découverte et la page de financement du jeu, ou lorsqu’on écoute les vidéos et interviews de Damien Coltice sur son jeu, il est vite évident que Zombiology est une déclaration d’amour à cette thématique si particulière du zombie. L’auteur a donc beaucoup de choses à proposer et pas mal d’expérience dans notre loisir pour développer une proposition riche et détaillée sur ce thème.

Ce premier financement pour Zombiology, centré sur le livre Contamination, doit pour moi être perçu comme une vaste lettre d’intention de son auteur… le premier épisode d’une série en 5 actes traçant un chemin sur lequel il se propose de nous guider. Contamination me semble donc être une porte d’entrée, proposant une structure de base autonome et complète, et permettant de mettre rapidement et facilement en jeu un premier thème zombie classique : le fameux outbreak frappant sans prévenir des gens ordinaires.

Mais Zombiology porte aussi dans sa proposition d’autres promesses, des promesses de campagnes à jouer et d’univers à secret à explorer. Vu le soin évident apporté à l’accompagnement dans l’expérience de jeu, je suis assez curieux de découvrir ce que Damien Coltice nous a concocté pour la suite des évènements.

En attendant, je ne peux que vous conseiller de récupérer le Livret de découverte gratuit et d’en tester le scénario, et si le virus zombie vous prend … et bien n’hésitez pas à participer à l’infection mondiale qui commence !

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